HONNEURS RENDUS A S. RAYMOND. — IL QUITTE LA COUR ROMAINE
Au sein de la cour pontificale, Raymond donnait un grand spectacle. Qu'il fût un des ornements principaux de cette cour, le monde ne pouvait plus l'ignorer. Le cœur de notre Saint n'en était que plus humble, son attitude plus religieuse. « Il se conduisait si saintement, écrit le bienheureux Humbert, il mettait tant de prudence et de tact à ne pas se départir des humbles allures de son Ordre et à édifier en toutes choses, que c'est à peine si, parmi les membres de la cour romaine ou parmi les allants et venants qui la fréquentaient, vous auriez rencontré une personne qui n'eût pas chanté les louanges de Frère Raymond et ne l'eût pas tenu pour un saint. »
Ainsi grandissait sa pieuse renommée : elle rayonnait dans son Ordre de mille manières, elle préparait son élévation à la charge de Maître Général ; elle rayonnait dans le monde, où l'on s'habituait à ne pas séparer l'intègre, le parfait religieux, de l'homme en crédit et en vue,
et où son nom, surtout depuis la publication des Décrétâtes, résonnait sur toutes les lèvres, comme synonyme de science .. ie vertu.
Serait-ce qu'en parlant de la sorte, nous obéissons au besoin de grandir notre héros? Qu'on en juge. Citons de cette religieuse et universelle estime un témoignage non douteux. Comment la gloire de Raymond n'auraitelle pas franchi les espaces et traversé les mers? Voici que, da fond de l'Angleterre, une lettre pleine des marques d'une déférence singulière lui est adressée par un personnage éminentqui jusqu'ici ne leconnaîtque sur sa réputation. Ce personnage, homme de cœur et de doctrine, s'appelle Robert Grosse-Tête : c'est le célèbre évêque de Lincoln, le grand protecteur des Frères Mineurs et Prêcheurs. Egalement honorable pour celui qui écrit et pour le destinataire, cette lettre mérite d'être reproduite dans son entier.
« Je n'ai jamais contemplé vos traits, et cependant, en toute vérité, je puis dire que vous m'êtes connu. Votre âme m'est connue; je la vois avec sa physionomie particulière. Cette connaissance m'est venue d'informations certaines sur vos vertus, sur vos œuvres, sur la sagesse éminente qui les inspire. Je viens à vous commeon vient à une personne qu'on a pratiquée, qu'on apprécie et qu'on aime; que dis-je, comme à une personne présente, car il y a une présence des âmes qui s'aiment dans le Christ, laquelle l'emporte de beaucoup sur la présence corporelle. Donc je m'adresse à vous, que j'étreins dans le Christ avec les embrassements de la charité ; à vous qui n'avez pas besoin d'être favorablement influencé par les mérites de qui quece soit, maisqui, libéral envers tous, prodiguez gratuitement vos assistances ;à vous dontles sollicitudes, soutenues, d'un infatigable zèle s étendent à toutes les églises, je vous demande une parcelle de votre attention