‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 4 sur 81 · I. Pasch. jid Eugip., 3, 3 sq · texte numérisé non relu

I. Pasch. jid Eugip., 3, 3 sq

trions pas d'autres dates, et encore, approximatives, que celle des débuts de l'action du saint, celle de sa mort, et celle de son transfert en Italie. Pour tout le reste il faudrait nous contenter d'indications vagues telles que « vers le même temps, » o en même temps », « un peu après ces événements ». En quelle mesure ce grave inconvénient est-il compensé par l'avantage que signale justement Paschasius? Les traits que tious rapporte Eugippius tirent une valeur toute particulière de l'autorité qui s'attache au témoin intelligent qui a vu et entendu ce qu'il raconte, du moins en grande partie. De plus, n'étant pas entraîné à lier son récit à l'histoire générale dont le moine des bords du Danube n'eût été peut-être informé que médiocrement, il se limite volontairement aux mœurs, aux sentiments, aux épreuves d'une société dont luimême partagea le sort. Il s'y confine un peu trop étroitement à notre gré, mais du moins il ne parle que de ce qu'il sait bien. Ajoutons que, grâce à son intimité avec Se vérin, qui fut l'âme et la volonté de ce monde restreint, il dut le connaître parfaitement.

Certes, Eugippius ne vise pas à l'effet. Mais telle est la sincérité d'accent de ces souvenirs que la vie s'en dégage spontanément, comme de

ces carnets de route écrits au jour le jour par le soldat ou le voyageur, et qui, sans nulle préoccupation littéraire, mieux qu'un récit apprêté, donnent au lecteur l'impression de la chose vécue. Un historien de profession eût voulu tracer pour la postérité la triste image d'un coin perdu de l'Empire romain au cours des années qui suivirent la mort d'Attila, il n'eût certes pas réussi mieux que le moine sans prétention dont on nous dît qu'il n'était pas « grand clerc en lettres profanes ». Quant à Séverin lui-même il nous le montre en toutes ses attitudes, croqué d'une plume naïve et familière dont la sincérité éclate aux yeux.

Tout cela, Paschasius l'a bien vu, et doit atténuer nos regrets. Que de détails néanmoins nous serions avides de connaître ! Comment se conciliait, avec le peu d'autorités civiles qui restaient dans la province, l'extraordinaire influence de saint Séverin ? Comment évêques et prêtres pouvaient-ils admettre cette autorité sanâ titre, plus forte que la leur? Comment était organisé ce véritable ministère de la charité qui frappait villes et fidèles de contributions fixes et presque obligatoii*es ? Autant de problèmes dont nous ne pourrons qu'entrevoir la solution. Du moins la physionomie du saint apparait-elle en pleine

16 SAINT SE VERIN.

lumière dans Topuscule d'Eugippius. Si les regrets de rhistorien sont légitimes, Thagiographe a-t-ii 1<; droit d'exiger davantage?

Nous n'ajouterons qu'un mot : ce biographe laïque que redoutait Eugippius, nous avons été amené à Tétre. Averti par le souci du sage et pieux écrivain, nous éviterons le reproche de mêler une rhétorique futile à un sujet grave. Nous n'oublierons pas toutefois qu'aujourd'hui la vie des saints n'a pas exclusivement pour objet l'édification du peuple, comme on l'entendait autrefois. De l'histoire même, aussi vraie que possible, et comme par surcroît, doit se dégager l'édification. C'est à l'histoire, simple et sincère, qu'il appartient de remettre en lumière ou de maintenir les titres de l'église catholique à la reconnaissance humaine. Or, nous aimons à le répéter, c'est de sa foi ardente, de ses vertus toutes chrétiennes, surtout de son inassouvible charité, que saint Séverin tira un ascendant que n'eussent pas suffi à lui assurer ni la fermeté de sa volonté, ni sa profonde expérience du monde barbare, ni la finesse de son jugement, ni la pénétration de son esprit. La suite de notre récit en fera la preuve.

Page 1