‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 43 sur 81 · Math.j VI · texte numérisé non relu

Math.j VI

d'une source! » Et au même instant le miracle cessa. Alors le saint homme s'écria tristement : « Oh! mon frère, qu'as-tu fait? Voici que par ton indiscrétion tu as enlevé leur bien à beaucoup. Puisse Notre-Seigneur Jésus-Christ te pardonner ! » Est-il possible d'exprimer avec plus de grâce cette double vérité que la charité fait des miracles, car elle crée des ressources où l'indifférence est impuissante à en trouver aucune, et aussi qu'elle cesse de plaire à Dieu dés qu'elle cherche à se montrer'?

Nous aurions à parler encore d'une forme de la charité qui ne cessa d'occuper Séverin^ nous voulons dire le rachat des captifs. Mais comme cette

I. Des miracles de ce genre sont fréquents dans les vies de saints. Diaprés le diacre Johannès (x* siècle), Translatio S, Sev,^ il se serait renouvelé au x" siècle. Un jour que Pabbé du monastère de Saint-Séverinf à* Naples, et ses frères chantaient TofBce, la lampe qui les éclairait tomba sur le pavé et se brisa. Ils furent plongés dans Fobscurité. L*abbé ne put s'empêcher de rire et s'écria avec une familiarité toute méridionale : « Où est ton pouvoir, bienheureux Séverin? » et il continua par ces vers :

Talia, sancte, tibi famulanti commoda praestas, Hoc lumen prœbes, cui munia sancta facessunt?

Et enfin : « Jadis tu as fait, tel Elisée, -verser sans relâche un vase semblable à celui-ci, une autre fois, pour illuminer Tesprit des incrédules, tu as allumé des cierges

question est intimement jointe à celle des relations entre saint Séverin et les Barbares, nous préférons la réserver pour le chapitre suivant, où les épisodes qui s'y rattachent trouveront naturellement leur place.

Il nous reste donc seulement à nous demander quels résultats obtint saint Séverin par le moyen de cette charité réglée. En fait de charité, il faut toujours considérer ceux qui la font et ceux qui la reçoivent. On a même prétendu que la charité n'est utile qu'à ceux qui la font, et que, en thèse générale, elle est plutôt nuisible à ceux qui en profitent. C'est là une opinion paradoxale. Il suffirait pour la réfuter d'interroger les veuves, les orphelins, les vieillards, les malades et les infirmes pauvres.

En ce qui concerne saint Séverin, les résultats, nous pouvons l'affirmer, furent également avantageux aux uns et aux autres. Les faits que nous avons cités et ceux que nous citerons encore ne nous contrediront pas. Sans doute, la misère ne

éteints, et voici que nous, tes serviteurs, tu nous laisses sans lumière ! » Après avoir prononcé ces paroles un peu libres, il donna Tordre de ramasser les fragments du vase. Or, non seulement la lampe fut trouvée intacte, mais remplie d'huile jusqu'au bord. Convaincus par ce miracle de la puissance du saint, Jes moines rendirent grâce et décidèrent d'employer cette huile au soulagement des malades.

fat pas supprimée. Elle ne Test jamais, et là moins qu*aiUeurs elle pouvait Têtre, puisque des causes exceptionnelles la renouvelaient sans cesse. Mais assurément, Séverin atténua le mal en soulageant une foule de souffrances soit individuelles, soit, qui mieux est, collectives. Eugippius en témoigne, et les faits variés qu*il rapporte confirment qu*il ne s^agit pas ici d'un argument de panégyrique. Il n'est pas de ville, de bourg ou de village qui n'aient reçu des secours par son intermédiaire, et en tous ces lieux presque pas de pauvre qui n'ait reçu sa part des largesses communes ^ Mais, nous l'avons dit et répété, l'amélioration morale avait aux yeux du saint plus de prix encore que l'amélioration matérielle, et, selon son plan, la seconde ne devait être que la compagne et la servante de la première. Eh bien! le sacrifice de la dîme, si lourd en des temps calamiteux, nous savons qu'il fut consenti par toute une population, nous savons qu'il devint une coutume à laquelle à peine quelque résistance momentanée, plus exactement quelque hésitation, osait çà et là s'opposer, résistance ou hésitation rendues en une

I. Eug,^ XVII, i » Talibus igitur beatus Severinus per Cliristi gratiam muneribus opulentus captivorum etiam egenorumque tantam curam ingenita sibi pietate susceperat^ ut ptene omnes per universa oppida vel castella pauperes ipsius industrie pas^ citrentur.

large mesure excusables par la dureté des temps. Nous savons aussi que le sacrifice fut accepté non seulement par raison pratique et pour faire face à de pressantes nécessités, mais par amour de Dieu et du prochain. Nous savons enfin que parmi tant d*obscures et régulières bonnes volon< tés, d*admirables vocations se révélèrent, que le zèle du clergé fut ranimé par Texemple et les exhortations de Séverin, qu'il y eut parmi les laïques des modèles de persévérance et, à l'occasion, d'héroïsme. Ce sont là des fruits de charité, non pas rares dans l'histoire du christianisme, mais toujours et partout également précieux. Nous pouvons affirmer qu'après avoir semé dans la lutte et dans la douleur, Séverin eut la joie de récolter. N'eût-îl obtenu que ce résultat, sa mission n'aurait pas été vaine. Il a en outre appris au monde, une fois de plus, qu'il n'est société si démoralisée et si corrompue qu'un zèle vraiment apostolique ne soit capable de réveiller et de purifier, et c'est une leçon dont la portée dépasse les limites étroites des lieux et des temps.

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