‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 68 sur 81 · ly., XLII · texte numérisé non relu

ly., XLII

bares. Tous émigreront, avec tous leurs biens, de ces villes, pour une province voisine de Rome, et vous ne laisserez captif aucun des vôtres derrière vous. Mais n'oubliez pas le précepte du saint patriarche Joseph, dont moi, indigne et infime, j'usurpe la parole pour vous dire : « Vous recevrez la visite du Seigneur, emportez-moi avec vous^ » Et ce n'est pas dans mon intérêt, mais dans le vôtre que je vous le conseille. En effet, ces lieux, aujourd'hui peuplés et couverts de riches moissons seront transformés en une vaste solitude, si bien que vos ennemis pour y trouver de l'or, en seront réduits à fouiller les tombeaux des morts. »

Souvent il insistait sur ce devoir qu'il léguait à ses fils d'emporter avec eux les os de leur père. Quand la migration générale se produirait, leur expliquait-il, groupée autour de son corps, toute la communauté marcherait d'une seule âme et d'un même pas. Plus tard encore son tombeau resterait le centre qui maintiendrait indissolublement unis ses fils et leurs successeurs*. Ainsi, dans sa pénétrante vue de l'avenir, il apercevait

a. Eug., XL, 6. Pietatîs proçidus argument o prmcepît ut^ dum generalis populi transmigratio provenisset, indivisa fratrum^ quos adquisierat^ congregatio proficiscens optentu memori» ejus in uno societatis sanctm vinculo permaneret.

du même coup le danger de dispersion qui menacerait son fidèle troupeau, et le moyen qui conjurerait ce danger. Touchante confiance aussi, qui comptait sur Tamour que lui portaient ses enfants pour être le lien qui devait les maintenir unis!

Le jour des nones de janvier, il commença à ressentir une légère douleur au côté. Il ne douta pas que ce ne fût un signe précurseur. Pendant les trois jours qui précédèrent sa mort, il prescrivit a ses moines de se tenir une partie de la nuit à côté de son lit. Il leur parlait de l'avenir qui les attendait, il leur rappelait ses recommandations au sujet de son corps. Mais surtout il n'oubliait pas leurs besoins spirituels, et il ne cessait de les exhorter. Parmi ceux qui entouraient le lit du vieillard était Eugippius, et avec une fidélité touchante, il nous a rapporté les derniers entretiens de saint Séverin, sinon dans leur lettre, assurément du moins dans leur substance et dans leur allure. Document précieux entre tous, car à lire ces paroles que lui prête un pieux disciple, on croirait entendre la voix du saint luimême. On aime aussi à y voir au jour lumineux 'de la suprême sincérité, cette bonté qui n'avait plus besoin de se cacher sous des dehors un peu rudes, on y surprend un accent tout vibrant

d^amour qui explique Tardeur passionnée qu'apportait le saint en toutes ses entreprises, enfin Taflection et Testime qu'il ne craint pas de témoigner hautement à ses moines nous montre qu'il pensait avoir réussi dans cette partie de sa tâche et qu'il avait confiance dans Tavenir de sa fondation. Les ayant vus nous-mêmes à l'œuvre, nous n'en serons pas surpris.

Nous ne saurions clore plus dignement la vie de notre saint qu'en reproduisant textuellement ses paroles, telles qu'elles nous ont été transmises par son biographe et disciple : c Mes bien chers firères en Notre-Seigneur, vous savez que le patriarche Jacob, sur le point de quitter ce monde, fit venir ses fils, les bénit chacun à leur tour et découvrit à leurs yeux les mystères, de l'avenir*. Pour nous, si petit en comparaison dé cet illustre patriarche, si loin de ses vertus, nous n'aurons pas la témérité de l'imiter en ce dernier point. Il y aune chose pourtant que je veux vous dire, en vous renvoyant à l'exemple de vos ancêtres dans la foi, afin que vous vous régliez sur leur conduite et que vous imitiez leur fidélité. Abraham, appelé par le Seigneur, reçut l'ordre de partir pour un lieu dont la possession lui serait attribuée. Le

lis SAINT SÉVERIN.

Seigneur ne lui disait pas quel était ce lieu, et cependant, il partit. Imitez donc la foi du saine Patriarche, imitez sa docilité, méprisez tout ce qui touche à la terre, n^ayez de souci que pour la patrie céleste. Pour moi, j*ai confiance dans le Seigneur, car je sais que, par vos mérites, j'obtiendrai beaucoup dans le ciel. Je vous vois, et c'est une grande joie pour moi, remplis de ferveur spirituelle; vous aimez la justice, vous chérissez les liens de la fraternelle charité qui vous unit, vous gardez la chasteté, vous êtes fidèles à la règle de Thumilité. Tout cela, je le constate, autant du moins que les yeux d'un homme peuvent le distinguer, je le loue, je l'approuve. Mais priez, mes fils, afin que tous ces mérites dignes d'éloges au regard des hommes, le soient aussi au regard de l'étemelle Vérité, car il arrive que les hommes croient voir, mais Dieu voit. Selon une parole vénérable : a II scrute le fond des cœurs et prévient les plus secrètes pensées*. » Priez donc assidûment et mettez votre espoir dans les prières, priez Dieu qu'il illumine les yeux de votre cœur, qu'il les ouvre, comme demandait le bienheureux Elisée*, afin que vous puissiez voir quelle aide vous devez espérer des saints, combien de se-

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