I. Eag., XIII, I
Crois-tu que j'aie oublié de quels secours lui furent tes mérites et ta sainteté? » Mais Séverin, peu convaincu par ces protestations, reprit d*une voix sévère : « Si jamais tu oses porter la main sur ma cellule, sache^le bien, tu seras aussitôt puni en ce monde, et tu auras à rendre compte dans l'autre. Pense à ne pas t'attirer ce châtiment que je ne te souhaite pas. » Frédéric renouvela ses assurances et promit au saint de ne pas oublier ses avis.
Ayant ainsi pourvu, autant qu'il était en lui, ^ la sécurité de ses fils spirituels et du peuple qu'il avait servi si longtemps et avec tant d'amour, Séverin tourna toutes ses pensées sur sa mort prochaine. Depuis plus de deux ans il la sentait venir, et même il en avait annoncé le temps au saint prêtre Lucillus. Celui-ci était venu lui faire part, le jour de TËpiphanie, que le lendemain, comme chaque année, il célébrerait l'anniversaire de son ancien évèque, Valentin, qui avait exercé l'épiscopat en Rhétie. Lucillus était alors très âgé. < Si le saint évéque Valentin, lui dit Séverin, t'a désigné pour célébrer cette solennité, je te délègue à mon tour pour me rendre aussi les derniers devoirs, ce qui arrivera
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au même jour. » Lucillus demeura tout saisi : <c Eh quoi! disait-il, ne suis-je pas moi-même un vieillard décrépit et n'est-ce pas à moi de partir le premier? » — c II en sera comme je te le dis, lui répondit Séverin, et nos désirs humains sont comme un néant devant les décrets de la divine Providence*. »
Depuis lors, il ne cessait de s'entretenir avec les siens de sa fin prochaine. Il leur parlait avec une douce sérénité du passage de cette vie dans l'autre*. Mais cette pensée ne l'absorbait pas au point qu'il oubliât de les consoler en leur prédisant un avenir meilleur : « J'ai confiance, leur disait-il parfois, en la grâce de Jésus-Christ, mon Sauveur. Vous resterez unis pour son service, tous ensemble vous connaîtrez le calme dans une société pacifiée. A ma tombe il accordera les grâces qui conduisent à la vie éternelle, sans lui refuser celles qui consolent dans la vie présente'. »
« Sachez, leur disait-il encore, sachez-le, mes frères, comme l'Ëcriture nous apprend que les fils d'Israël furent tirés de la terre d'Egypte, vous serez arrachés à l'injuste domination des Bar-