‹ Saint Séverin, apôtre du Norique (453-482): (453-482)Chapitre 71 sur 81 · I. Eug^., XLIV · texte numérisé non relu

I. Eug^., XLIV

prit! L*or et Targent, faciles à dissimuler comme à transporter, exerçaient sur les Barbares une attirance invincible. Un calice d'argent excitait surtout la convoitise de Frédéric. S'en emparer était un sacrilège ? Qu'importe ? Il donna l'ordre qu'on le lui apportât avec tous les autres objets consacrés au culte. On les avait pLicés sur l'autel, comme si la sainteté du lieu eût du les protéger contre la rapine. Et en effet, l'intendant que le Ruge avait chargé de cette besogne n'eut pas le courage de l'accomplir. Il s^y refusa même obstinément. Furieux, Frédéric fit alors venir un soldat, Âvitianus, sans doute, comme son nom semble l'indiquer, un Romain entré au service des Ruges. Il lui intima l'ordre de saisir les objets désignés. Ce soldat, par habitude de la discipline, n'osa se soustraire à un ordre formel. AVec répugnance, il obéit. Mais telle était son émotion qu'il fut pris d'un tremblement qui ne le quitta plus, si bien qu'on le crut possédé du démon. Il ne l'était que de la douleur d'avoir été assodé, bien malgré lui, à une action révoltante pour sa conscience de chrétien. Bientôt après, en effet, afin d'expier une violence à laquelle son cœur n'avait pas pris de part, il renonça au monde, se retira dans un ilôt désert de la Méditerranée et y vécut désormais en ermite.

Là ne s'arrêtèrent pas les excès de Frédéric. Enhardi par un succès facile, de plus en plus oublieux des avertissements de Séverin, non seulement il pilla le monastère, mais faisant charger sur des barques jusqu'au pauvre mobilier des moines, il transporta le tout au delà du Danube, ne laissant du monastère de Favianes que les murs, parce que, suivant l'énergique expression d'Eugippius, il ne pouvait les emporter*.

Ainsi réduits au plus extrême dénuement, les moines ne se découragèrent pas. Indissolublement unis autour du cercueil de leur maître, ils élurent pour supérieur le prêtre Lucillus, que -^on âge et l'affection de Séverin désignaient à leurs suffrages'. Mais Lucillus était vieux et sans force. Ce fut en vain qu'ils tentèrent de continuer avec lui l'œuvre de Séverin. Sa mort, plus encore que sa vie, laissait voir la force immense qui était en lui et uniquement en lui. Séverin, seul, était capable de tenir les Ruges en respect. Seul aussi il savait aller chercher au fond de leur conscience obscure et faire vibrer ce qui s'y pouvait trouver de bon. Dès qu'il fut mort, leurs pires instincts

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