L EXODE
Les habitants romains des villes et des bourgs chargèrent sur des chariots tont ce qu'ils poa^ vaient emporter. Les préparatifs des moines si bien dépouillés quelques années auparavant par Frédéric, ne durent pas demander grand travail. Mais leur richesse ne consistait pas en meubles, en étoffes et -en vases précieux. Autre était leur trésor.
Depuis six ans le corps de saint Séverin reposait dans la sépulture provisoire où Tavaient déposé ses frères. Quand le jour du départ fut proche, toute la communauté se réuoit un soir autour du sépulcre. L*abbé Lucillus, qui vivait toujours, entonna un psaume. Puis, lorsque le citant fut terminé, il donna l'ordre d'ouvrir le tombeau. Dès qu'il le fut, une odeur si suave se répandit que le cœur des assistants fut pénétré de joie, et plusieurs, incapables de maîtriser leur émotion, se prosternèrent le front contre terre. Puis l'on découvrit le corps, et, à la grande »irpiîse des assistants (car on ne l'avait pas embaumé), il se trouva conservé comme au jour de la déposition. La barbe, les cheveux étaient intacts.
qu'il faut placer cette mort. L'exode des Romains du Norique fut considéré comme un ëvënement important, car il est relaté par plusieurs chroniqueurs, entre autres par Paul Diacre, Histor. Longob., I, 19..
192 SAINT SE VERIN.
Pieusement, on changea les linges qui Tentouraient, puis Ton referma le cercueil. On le plaça dans une sorte de chapelle portative ou d'oratoire, depuis longtemps préparé à cet effet^ et le tout fut disposé sur un chariot trainé par plusieurs chevaux.
Alors on vit un des spectacles les plus extraordinaires que rhistoire ait enregistré et que volontiers on attribuerait à la légende si nous ne possédions le souvenir écrit des témoins oculaires : tout un peuple émigrant derrière les os de celui qui avait été non pas un roi, non pas même son chel temporel, mais uniquement son père spirituel et son bienfaiteur*. La population romaine tout entière, en effet, se mit en marche à la suite du char qui portait la dépouille de Séverin, comme si elle eût demandé au saint personnage de lui servir de guide dans son exode comme il Tavait fait dans les tribulations. Autour du char marchaient les moines, et jour et nuit, dans l'oratoire comme en une chapelle ardente, quelquesuns priaient et chantaient.
Le cortège, escorté par les soldats d'Onulphe
I. £ug^.i XLIII, 9. Dèf après la mort du saint :... locelium Ugneum paraverunt ut,., prmdictoru imperata complerent.
a. Eug,^ XLIV, 7, Cunctis noSiscum provincialibus idem iter agentibus.,:.
l'exode. 193
s'engagea dans les Alpes et le franchit sans rencontrer d'obstacles, puis il redescendit vers les côtes plus hospitalières de FÂdriatique. Moines, peuple, soldats, tous allaient d'un même pas comme d'un même cœur, selon la parole même de Séverin, et faisaient au bienfaiteur du Norique comme de triomphales funérailles. Pas un ne se sépara des autres avant que, tous ensemble, on n'eût foulé le sol de Tltalie.
Partout où Ton s'arrêtait, la foule accourait pour vénérer les saintes reliques. Sur tout le parcours, les malades attendaient et beaucoup étaient gliéris*.
Enfin on toucha le sol de l'Italie. On s'arrêta dans une place nommée Monte Feltre. Ici, la dispersion s'opéra. Chacun prit sa route du côté où l'appelaient ses relations, ses intérêts, et surtout les terres qu'Odoacre n'avait pas manqué de mettre à la disposition des arrivants*.
Les reliques de saint Séverin demeurèrent à Monte Feltre', mais sans y être inhumées, et les moines eux mêmes y restèrent, mais sans y avoir