I. Eug,, XLIV
186 SAINT SE VERIN.
rattachaient par ses débuts, au Norique et à saint Séverin. De plus, le Norique était la seule province danubienne qu^il considérât comme faisant partie de rhéritage de l'empire d'Occident. En 487, il se résolut à intervenir, pour rétablir Tordre, d'une part, et de l'autre pour affirmer son autorité sur la province de Norique. Il rassembla donc une armée considérable, dont il prit en personne le commandera eut*. Ainsi Torphelin qui avait vu sa tribu détruite par les Goths, le chef de brigands vêtu de peaux de bètes qui avait franchi en courbant la tète la porte du moine Séverin, reparaissait en conquérant, en arbitre, en chef d'une armée disciplinée et aguerrie, oii le légionnaire coudoyait le Barbare, en héritier des empereurs enfin, aux lieux mêmes d'où il était parti n'ayant pour tout bien que son épée. Ainsi se trouvait deux fois réalisée la prédiction de Séverin.
Notons cette particularité que parmi les auxiliaires barbares qui venaient délivrer le Norique et rendre la paix aux Romains, était un corps de Ruges*.
I. Eug,, XLIV, 4. Chron, min., VI, 3ia, 3i3, 3i4 (éd. Mommsen), sub., an. 487. — Cassiod, Chron. min,^ F", a, p. 159.
a. Paul. diac. Hist. Longobard. I, 19.
Féletliée n'osa point attendre Tennemi. Repassant en hâte le Danube, il laissa la province vide de défenseurs. Les villes romaines accueillirent Odoacre comme un libérateur. Le patrice passa le fleuve et commença contre les Barbares une guerre acharnée. Enfin le camp royal tomba entre ses mains. Féletfaée et Giso furent faits prisonniers. Les Buges firent leur soumission.
Âpres quelque temps employé à pacifier et à organiser le pays, en apparence délivré de ses oppresseurs, Odoacre revint à Rome, mais il n'y voulut rentrer qu'au milieu de l'appareil triomphal des Scipions et des Césars. Comme les vieux généraux de la Bépublique, comme les empereurs, il monta au Capitole, entouré de la pompé des anciens jours* Suivant la cruelle coutume des vieux Romains, Félethée et Giso chargés dé . chaînes et tendant vers le peuple des mains suppliantes, marchaient dans le cortège et fixaient les regards de tous. Quand la fête fut terminée, Félethée eut la tête tranchée, Giso, s'en alla languir tristement dans les fers^ On a justement reproché à Odoacre cet excès d'orgueil. Félethée n'avait rien d'un Yercingétorix, et la guerre qui
1. Eug.^ XLIV, 4» Chron, min,^ loc. cit.... Cassiod.^ loc. cit.
Tavait livré à Odoacre était presque une guerre fratricide'.
Cette victoire, en outre, ne fut pas définitive. Il manquait une victime à la hache du triomphateur et ce fut un vengeur qui parut. Le farouche Frédéric, en effet, avait échapppé au désastre des siens. Errant dans les forêts, il s'y était tenu caché tant que les troupes d'Odoacre avaient occupé le pays. Quand le dernier soldat eut repassé les Alpes, il sortit de son repaire, rallia à lui les Ruges déconcertés et sans chefs et se jeta sur les villes romaines. Ce furent d'horribles représailles.
Alors Odoacre mobilisa de nouveau son armée et mit à la tête de Texpédition son frère Onulphe*. Mais ses projets avaient changé. Des soucis plus graves que la soumission d'une peuplade barbare retenaient ses préoccupations II avait donc renoncé à la possession du Norique. Mais par un juste sentiment de ses devoirs envers les Romains, ses sujets, il voulut du moins les soustraire aux cruautés de leurs ennemis. En même temps qu'Onulphe, chargé de châtier les Ruges, le comte des domestiques, Pierius, quittait Rome
I. Outre les Ruges, et indépendamment des Italiens, il y avait dans Tarmée d 'Odoacre des Turcilinges et des Hérules.
a. Eug,, XLIV, 4. Probablement en 488.
pour organiser le retour de toute la population romaine dans son ancienne patrie. Ainsi se réalisait ce qu'avait annoncé Séverin.
L'homme de guerre accomplit son œuvre le premier. Le Rugiland mis à feu et à sang ne fut bientôt plus qu'un désert. Cela, aussi, Séverin l'avait prédit*. Frédéric, cependant, réussit à s'échapper. Il se réfugia auprès du roi des Ostrogoths, Théodoric, qui était pour lors en Mésie. Mais ce n'est pas l'histoire d'Odoacre que nous racontons ici ; qu'il nous suffise de rappeler qu'en Théodoric le Ruge Frédéric devait trouver un vengeur de sa triste querelle, Odoacre un meurtrier, l'Italie un nouveau maitre.
1 . Onulphe fit si bien place nette que le pays se trouva vide et les Lombards vinrent peu après s*y installer provisoirement. Paul Diac.y Hist. Longob., I, 19.
CMAPITRE X
L*exode (4S8). — Marche triomphale des reliques de saint Sëverin. — Arrivée en Italie. — Séjour provisoire à Monte Feltro. — Barbaria, noble dame napolitaine, offre aux moines la villa de LucuUanum. — Intervention du pape Gëlase (493-49^)* — Sépulture rojrale et nouveau monastère de Saint-Séverîn.
« Après ma mort, Dieu vous visitera ; emportez mes os avec vous », avait dit saint Séverin sur son lit de mort, en s'appropriant une parole du patriarche Abraham. Et voici qu'en effet Dieu avait visité ce peuple si long^temps opprimé et lui promettait un asile sur.
A la voix du comte Pierius^ Texode se prépara.
I. Eug,^ XLIV, 5. Ce même comte fut tué deux ou trois années plus tard en Italie dans une bataille (Chron, min.^ vol. I, p. 3i6, 319).
L'émigration eut lieu en 388, et cette date nous permet de fixer celle de la mort de Séverin. En effet, Odoacre fait la guerre aux Ruges en 487, puis une seconde guerre. Or, en 489, Théodoric envahit Tltalie. Donc, la deuxième guerre et Texode doivent être de 488, nécessairement après 487, avant 489. Or, Eugippius nous dit que le corps fut exhumé bix ans après la mort; c*est donc bien en 48a