I. Eug,, XLVI
l'exode. 195
des plus antiques, des plus somptueuses, et des .plus illustres villas du golfe de Baies, appelée LueuUanum.
Lucullanum, comme son nom l'indique, n'était autre qu*une des merveilleuses résidences oii jadis Lucullus, revenu d'Asie, à demi méconnu, dégoûté des affaires publiques, avait abrité son mécontement et son hautain pessimisme avec ses trésors et ses voluptés. Bien des flots s'étaient brisés depuis lors contre les assises de pierre qui, suivant le mot du moraliste, usurpaient sur la mer, et la villa de plaisance s'était transformée en un château fortifié. Coïncidence singulière, c'était dans cet asile du vice élégant que venait d'expirer, après quelques années d'une existence tout épicurienne, Tiusignifiant Romulus Augustule*.
Barbaria résolut d'offrir ce château aux moines de Séverin pour en faire leur monastère. Plusieurs fois elle écrivit à ce sujet à Marcianus et à tous ses frères. Enfin l'autorité du pape Gélase intervint*, et les moines se décidèrent à accepter
I. On ignore la d«te à laquelle mourut le dernier des empereurs romains. Mais la yacance du logis permet de supposer que son hôte impérial avait tu j finir ses jours. On a dit que Lucullanum n'était autre que le Castel del Ovo actuel, mais rien n'est moins sûr.
a. FMg,, XLVI, a.
l'offre généreuse qui leur était faîte. Il leur fallait traverser presque toute Tltalie. On vit donc de nouveau se dérouler le saint cortège. Le char fut remis en marche, et sur sa route se pressait la foule des fidèles avides de porter au saint le tribut de leur vénération, de solliciter des guérisons, de contempler au moins le cercueil de ce puissant intercesseur, dont la renommée allait grandissante à chaque étape.
Enfin, Ton atteignit Naples. La réception fut grandiose. L'évèque Victor*, entouré de tout son clergé, attendait à quelque distance de la ville. Derrière Tévêque et les clercs, toute la population de Naples était massée. Quand le char apparut, ce fut une immense acclamation; puis tout le peuple, d'une seule voix, commença le chant des psaumes. On devait traverser toute la ville. Les rues étaient pleines de monde. Avec cet enthousiasme dont les peuples méridionaux savent seuls donner le spectacle, on se plaçait devant le char, on se jetait sous les roues pour le toucher et obtenir une .guérison. On vit une vénérable dame, nommée Processa, de bonne famille napolitaine et connue pour sa piété, se coucher à terre sous le véhicule'. Quand il eut passé, elle se trouva guérie.