‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 17 sur 64 · Ad Eph · texte numérisé non relu

Ad Eph

celui des pauvres, à faire usage de ces ressources que tu prétends j^arder pour toî^ taudis que le Christ a faimM » Et la veuve, épouvantée, de partager aussitôt sa réserve avec les pauvres.

Bientôt, comme le saint Tavait annoucë, ud dégel survint p et fou vit apparaître, venant de la Ktiétie, des navires chargés de denrées qui ramenèrent r abondance a Favianes,

Alors, un unanime concert de louanges s'éleva en rhonneur de Se vérin, < Déjà, s'écriaient-ils, ils se voyaient sur le point de périr et s'abandonnaient au désespoir, lorsque, grâce aux prières du saint homme, Dieu avait miraculeusement rompu les glaces qui empêchaient les barques attendues de parvenir jusqu^à eux'. »

Le pértl de la faim était conjuré, mais non celui des Barbares. Ils rendaient la situation intenable aux habitants de Favianes, Quiconque s'aventurait hors des murs risquait d'être enlevé. Nulle sécurité pour le bétail. Tout était la proie des pillards.

Cest ici que le génie de Se vérin, si varié et si fécond en ressources, se révèle à nous pour la première fois sous un aspect imprévu. Contraint par la nécessité, Thomme de la prière et de la

3i Eu^.^ lU, 3. I

SUITE DE hk PRÉDICATION DE SÉVERIN. 49

pénitence se fait homme de guerre, mais en lui l'^un ne se sépare pas de Tautre. Une faible garnison, avons-nous dit, se maintenait k Favianes. Mais que pouvait une poignée dliommes contre une nuée d'ennemis? Il fallait donc saisir une oc« casion et frapper juste. Le chef de la garnison était un tribun nommé Mamertinus. C'était un homme de cœur et de foi, mais que le découragement, ou plutôt le sentiment de son impuissance, avait gagné comme les autres. Il devint évêque plus tard, et peut-être faut-il voir en lui le pre« mier évéque de Vienne ^ Un jour que les rapines des Barbares avaient, plus encore que d'ordinaire, exaspéré les habitants (non contents de s'emparer des bestiaux, ils avaient en outre enlevé des hommes), une délégation se rendit auprès de Séverin. En pleurant, ils lui racontèrent les nouvelles tribulations dont ils venaient d'être victimes; en même temps, ils l'instruisaient en détail du coup de main dont ils se plaignaient. Séverin convoqua Mamertinus et se fit rendre compte des forces dont le tribun disposait. C'était bien peu de chose. On n'avait pas même assez d'armes pour en fournir les soldats. Mamertinus avouait qu'avec un si petit nombre d'hommes, il n'osait rien tenter :

I . A moins qu'il n'y ait confusion arec Mamertus, vers le même temps ërêque de Vienne en Gaule.

« Mais, s'écria-t-il dans un élan de foii si tu nous l'ordonnes, nous combattrons. A défaut d'armes, nous aurons tes prières et elles suffiront à nous assurer la victoire ' ! » Alors, avec cet esprit prophétique qui se manifestait en toutes circonstances, le saint lui répondit : « Si tes soldats manquent d'armes, les ennemis leur en fourniront. Qu'importe le nombre, qu'importe le courage humain, là où Dieu lui-même combat? Pars donc, au nom de Dieu, pars vite, marche avec confiance. Dieu marchera devant vous et le faible apparaîtra plein de force*. Dieu combattra pour vous et vous n'aurez qu^à le laisser agir. Va donc, et souvienstoi seulement de m'amener sains et saufs tous les Barbares que tu auras pris '. » Après ces paroles enflammées, il le congédia plein de confiance, non sans doute sans avoir avec lui combiné l'attaque.

La petite troupe se mit en campagne et fit tant de diligence qu'à environ deux milles, au bord d'une rivière appelée Tiguntia, ils rejoignirent les Barbares. C'était, suivant toute apparence, de ces brigands nomades appelés Scamares, car le chroniqueur ne leur donne d'autre nom que celui de

I, Eug.y IV, a.

a. Exod.^ i4, 14.

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