‹ Saint Severin, apôtre du Norique (453-482)Chapitre 35 sur 64 · W SAINT SÉVERIN · texte numérisé non relu

W SAINT SÉVERIN

parlait à voix basse de réunions occultes, où, di* snit-on, se perpélraienl d'odieuses pratiques. Soît exemple de certains Barbares, leurs voisins, qui cro} aient plaire à leurs dieux en leur O0ï*ant des victimes d'autant plus ag^réables qu'elles étaient plus pures; soît retour à de très vieilles superstitions païennes j de plus en plus rares dans les pays soumis à la domination romaine, mais qui à Rome même n^avaîentjamaisdispani complètement^ ces malheureux égarés poussaient TabeiTation jusqu'à sacrifier des victimes bumaîues. C*est du moins ce que Ton peut inférer, si toutefois les expressions à la fois très fortes et peu explicites du chroniqueur ne font allusion à une parodie sacrilège des mystères clirétiens, telle que ce que Ton a depais appelé messe noireK Quoi qu'il en fût, ce n*était qu'un bruit, maïs de plus en plus accrédité. On ig-noraît d^ ail leurs où se passaient ces abominations et quels citoyens s'en rendaient coupables. On ne remarquait point de vides dam les églises* Tous participaient comme parle passé aux cérémonies du culte et aux réunions pieuses. Et toujours la rumeur allait croissant. Ne sachant que faire, le clergé de Cucul lis confia au saint ses angoisses. Séverin n'en savait pas plus sur ce sujet

ï, Mti^.y XI, 2. Pars pUbis in qaùdam îoco nefandh sacri* fiêùs infimrfhat^ Quo sacnUgo comperîo„.^

fque les prêtres du lieu, tant le criminel secret était bien gardé. Cependant, il devenait nrg-ent de faire la lumière et de couper court k cet affreux désordre.

Alors eut lieu une scène curieuse. Impuissant à découvrir les coupables par les moyens ordinaires, le saint eut recours à un véritable jugement de Dieu. Ce n'était du reste ni une rareté, ni une nouveauté* Saint Augustin lui-même, dans une circonstance où il ne pouvait tirer au clair la vérité, n*avait-il pas usé de ce moyen* ? Séverin conseilla donc aux prêtres de prescrire un jeûne de trois jours. A plusieurs reprises, lui-même réunit le peuple dans Téglise et lui adressa de chaleureuses exlioriations. Puis il fit distribuer par le clergé des cierges dans toutes les maisons et ordonna que le dernier jour de jeûne chacun apportât son cierge à Téglise. A T heure de la messe, il invita les prêtres et les diacres à prier avec lui de toute leur ferveur pour que Dieu daignât leur révéler les coupables. A mesure que les fidèles entraient dans Tégllse, on prenait les cierges de leurs mains et on les déposait le long des murs. Quand Tbeure fut venue, on entonna un psaume, fct aussitôt on vit Tédifice s'illuminer* la plupart

ï, Jttg, ep. LXXVm,

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des cierges s'étaient d'eux-mêmes allumés^ mais quelques-uus demeuraient éteints. On înlerroge ceux à qui ils appartiennent. Atterrés, ils avouent leur crime. Et ici éclate dans toute sa splendeur rînnssouvîhle bonté du saint I Bien loin de les abandonner a la colère de la foule, il les prend sous sa protection, s'adresse à leur cœur avec toute reÔusioD dont il était capable. Ils pleurent, ils s'accusent eux-mêmes» et ce ne fut pas un repentir d'un moment, mais une durable conversion, car depuisj Cueullis ne posséda pas de meilleurs chrétiens que ces brebis perdues et retrouvées'. Ce triomphe de la foi et de Tamour resserra encore les liens qui unissaient Séverin aux habitants de Cueullis. Il ne faut doue pas s'étonner si Tony avait recours à lui dans les circonstances les plus diverses. Ces circonstances, hélas, n'avaient entre elles qu'une ressemblance. Elles étaient toutes également maUieureuses. CucuUis n'était pas une exception ; partout on appelait Séverin* Il était le suprême et ou peut dire l'unique espoir des cités- Quelque danger qui menaçât les villes, quelque fléau qui éprouvât les campagnes, aussitôt les regards se tournaient vers lui, ou le sup-

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pliait de venir. Il semblait que sa présence suffît k conjurer le péril ^ et sa parole était considérée comme un oracle*.

Un été donc, longtemps après raffaire que nous venons de raconter, un fléau d'un nouveau genre s'abattît sur rinfortunée Cucullis*, C'était un vol de sauterelles qui ravageait les champs et ne laissait aucun espoir de récolter une moisson péniblement préparée* Séverin seul, pensa-l-on, pouvait trouver un remède. Une délégation, composée de prêtres et de laïques, fut donc députée vers lui et lui tint ce langage : « Tes prières seules peuvent nous débarrasser de celle calamité. Nous avons éprouvé jadis, lors du miracle des cierges, combien elles onl de puissance sur le cœur de Dieu. » 11 les écouta en silence, el quand ils eurent fini ; a N*avez-vous pas lu ce que Dieu lui-même prescrivît à un peuple pécheur par la bouclie de son prophète : « Convertisses- vous h moi de tout votre « cœur, avec jeûne et avec larmes^ y>; et un peu plus loin ! « Sanctifiez le jeûne, convoquez Tassem-

I. Mug., XI, 1, Ttim celehcrnma îuncU SLiviVH fîagfnhal 4ïpimo ut ceriniim eitm nd se castelia singuta pto suis mtmUio^ fiihus im'imrëfit^ credentes quod ejus prmstnt'm nîhii eh ei'emref ad%*€rsi, Quod non xint natu divuû muneris ttgebaiur^ ut omnes tjni m&fî'fds quaii cmlt^stihus terrertntur ûraculU txemploque iliîUS hùnis o péri bus armarentur* I a. Eii^., XU.

r 3, Joël,, iip 1%,

SAINT SE VERIN.

« blée, réuDÎssex le peuple* », et tout ce qui suit. Couronner donc par des œuvres les doclrines que vous prcchex; ainsi vous sortirez de la crise dont vous souffrez; que personne ne sorte pour aller àUK cbamps, de peur qu'une prévoyance toute luimaîne n'excite encore davantage la colère divine! 9 Les députés s'en retournèrent vers leurs frères, etj ainsi que Favart recommandé le saint, on n'entendit plus que le chant des psaumes, on ne voyait plus dans la ville que riches faisant Taumône, et ceux qui n'avaient rien à donner offraient leurs larmes et leurs prières.

Or, il y avait un pauvre homme qui ne possédait pour tout bien qu'un petit champ enclavé parmi ceux de ses voisins plus riches. Tandis que tout le monde priait, sa pensée ne pouvait se détourner de sa pauvre récolte qui allait être détruite, dévorée par les sauterelles. Un jour enfin, n'y tenant plus, il sortit de Téglise et passa tout le jour a détruire tant qu'il put les voraces bestioles. Enfin il revint a l'église pour Foffice du soir. Le lendemain matin, il récidiva et retourna à son champ. O douleur! Tandis que les blés de tous ses voisins, plus confiants en la miséricorde divine, se dressaient intacts et superbes, tout le sien avait été

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