‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 121 sur 328 · Mazarin · texte numérisé non relu

Mazarin

4. Ces signes et d'autres que Ton trouve très-souvent dans les lettres de la reine à Mazarin , ont été considérés comme des symboles d'amour. On pourrait dans cette lettre interpréter la dernière phrase ainsi : la chose du mofUU qui est la plus chère à la reine qui est Maxcarin» Mais toutes ces explications sont fort problématiques.

DES MÉMOIHES DE SÂlNT-SIMON. 223

écrivit la lettre suivante où perce autre chose que l'impa-tience :

« 26 janvier 1653.

« Je ne sais plus quaud je dois attendre votre retour, put»qu'il se présente tous les jours des obstacles pour l'empêcher. Tout ce que je vous puis dire est que je m*en ennuie fort et que je supporte ce retardement avec beaucoup d*impatienoe. Si 16 (Hazarin) savait tout ce que je souffre à ce sujet, je suis assurée qu'il en serait touché. Je le suis si fort [touchée] en ce moment, que je n'ai pas la force d'écrire longtemps ni ne sais pas trop bien ce que je dis. J'ai reçu vos lettres tous les jours, et sans cela je ne sais ce qui arriverait. Continuez & m'en écrire aussi souvent, puisque vous me donnez du soulagement en l'état où je suis. ^ ^ jusques au dernier soupir. Adieu je n'en puis plus :>y lui sait bien de quoi. »

c 29 janvier 1653.

« Je viens de recevoir de vos lettres du 21 [janvier], en quoi vous me donnez espérance de vous revoir, mais jusqu'à ce que je sache le jour positivement je n'en croirai rien, car j'ai été trompée bien des fois. Je le souhaite fort, et je vous assure que vous ne le serez jamais [trompé] de $, puisque c'est la même chose que ^. »

Les deux lettres suivantes adressées à Mazarin, qui était & l'armée avec Louis XIV, doivent être de 1654 (probablement du mois d'août) :

< Puisque c'est par raison et non par volonté que vous ne revenez pas, je ne trouve rien à dire. Je veux grand mal aux destinées de vous obliger à demeurer plus longtemps que je ne voudrais, et vous croirez aisément que je ne suis point jalouse, quand je vois le confident % et ce qu'il aime ici. »

1. Par le confident, la reine mère désigne le jeune Louis XIV.

M Ce dimanche au soir.

< Ce porteur m'ayaat assuré qu'il irait fort souvent, je me suis résolue de vous eavoyer ces papiers et vous dire que pour ce retour que vous me remettez S je n'ai garde de vous en ri&a demander, puisque vous savez bien que le service du roi m'est bien plus cher que ma satisfaction. Uais je ne fuis m'empicherde vous dire que je crois que^ quand Fonadercmitié, la vue de ceux que Von aime n'est pas désagréabk^ quand ce ne serait que pour quelques heures. J'ai bien pewr que VwmiUié de tarmie soit plus grande que toutes les autres. Tout cela ne m'^n-

. péchera pas de vous prier d'embrasser de ma part notre ancien ami\ et de croire que je serai toigours ceÙe que je doiS| quoi qu'il arrive $ . »

En 1655, pendant une nouvelle absence de Masarin, Anne d'Autriche, lui écrivit les lettres suivantes :

< A la Fère, ce 12 août 1655.

< Votre lettre du 8 août a été reçue plus tôt que celle du 9, puisque l'une le fut hier et l'autre ai\jourd'hui. J'en étais en peine; car, comme je suis assurée que vous m'écrivez tous les jours, cela me manquait. Elle est arrivée, et il n'y en a eu pas une de perdue. J'attends Gourville qui n'est pas encore arrivé, et vous croirez bien que ce n'est pas sans quelque ioh patienoe, puisque je dois savoir vos résolutions par lui. J'ai vu un gentilhomme que M. de Marillac envoie au roi, et comme il y a tant de difficultés à l'aller trouver où if est, je lui ai dit de s'en retourner à Paris trouver son maître, et aussi que je me chargeais d'envoyer sa lettre, et que je lui renverrais la réponse, afin qu'il la lui fasse tenir. J'ai vu que les lettres vont si sûrement parle soin que Bridieu^enprôid

1. C'est-à-dire que vous remettez à ma discrétion. — 3. Louis XIV. 3. Gouverneur de la ville de Guise (Aisne).

que je me suis résolue d'envoyer la présente au confident, croyant qu'il ne serait pas fâché de l'avoir, et que au pis aller ils ne gagneront rien ni la curiosité ne sera pas trop satisfaite, puisqu'il me semble qu'ils ne comprendront pas pour qui elle est.

« Je vous envoie un billet en chiffre qui vient de Paris. Il est venu fort vite, car je reçus l'original dès hier an soir. Yous ne serez pas fftché, à mon avis, devoir ce qui est dedans. Pour moi je ne l'ai pas été, et cela me fait résoudre à la patience, en cas qu'il fût nécessaire de l'avoir, puisque le lieu où est le confident ne plaît nullement et donne de la crainte qu'il ne passe plus avant. Pour moi, je le souhaite de tout inoD cœur, et n'en doute pas puisqu'il suivra vos sentiments, que je suis assurée être comme il faut. Les miens seront toujours d'être ^ ^ C'est tout ce que j'ai à vous dire pour celte fois, et que vous embrassiez le confident pour moi, puisque je ne le puis pas faire encore. Siron fera tout ce que vous lui mandez le plus tôt qu'il se pourra. »

« A la Fère, ce 13 août 16S6.

« Vous m'avez donné une grande joie par votre lettre du 10 [août] de l'espérance de vous revoir dans cinq ou six jours. Je ne vous en dirai pas d'avantage sur ce sujet; car vous n'en douterez pas. Nous attendons toujours Gourville. Je crois que, si vous l'avez dépéché quand vous me mandez, il sera ki aujourd'hui. Vous me faites bien du plaisir de me dire que le confident est satisfait des soins que je prends pour lui. J'en recevrai beaucoup pour moi toutes les fois que je trouverai moyen de Tobliger. La boite de corail a été donnée, et l'on a été fort aise de l'avoir. Je n'ai rien à lyouter à la lettre d*hier» par oti il me semble que je mande bien des choses. Nogent est ici depuis deux jours; je ne vous en dis rien» car

1. Ce signé est un de ceux que M. Walckenaer a interprétés comme désignant l*amour d'Anne d'Autriche pour Mazarin.

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lui écrit tout ce qui se peut écrire au inonde. Embrassez k confident et croyez-moi de tout mon cœur ^ . »

« A la Fère, 13 août 1655.

< Enfin Gourville est arrivé cette après-dtnée, et m*a rendu vos lettres du 11 et du 12, et dit ce que vous lui aviez donné charge de me dire. Il m'a tirée d'une grande peine en me le disant, et vous m'en avez sauvé une furieuse en faisant par raison consentir le confident à demeurer au Quesnoy, pendant que l'armée se promènera. Je prie Dieu que sa promenade soit telle que je la lui souhaite. J'ai été ravie d'avoir vu dans une de vos lettres que mes sentiments aient été pareils aux vôtres pendant la visite que le confident me voulut faire, puisque j*aime mieux ce qui est de sa gloire et de son service que mon contentement particulier. Je m'assure que vous n'en doutez pas. J'attendrai donc avec patience que ses afiaires lui permettent de venir et remets à vous d'en juger quand il sera temps; car il me semble que vous jugez assez bien de toutes choses et que le mal de tête que vous avez eu ne vous en a pas empêché. Je suis bien aise que vous ne l'ayez plus, et si vous avez autant de santé que je vous désire vous serez longtemps sans avoir aucun mal.

« Je ne sais si, à la fin, la quantité de mes lettres ne vous importunerait point. Voici la deuxième d'aujourd'hui; mais si vous êtes aussi aise d'en recevoir que [moi de] vous, je suis bien assurée qu'elles ne le feront point. Je suis bien aise que les cavaliers de Guise s'acquittent si bien de leurs voyages.... Ceux qui portent cette lettre sont venus avec Gourville, qu'il a amenés exprès, afin que vous sacliiez son arrivée et sa diligence. Pour des nouvelles d'ici, après toutes celles que Mogent a mandées, il serait difficile d'en dire .aucune. C'est pourquoi je m!en remets entièrement à ce qu*il en a écrit. Dites au confident que je suis bien aise qu'il se souvienne de ce que je lui dis en partant et qu'il s'en acquitte, puisque, de lui, lui viendra tout son bonheur, et que lui en souhaitant

beaucoup comme je fais, je suis fort aise qu'il fasse ce qu'il faut pour cela. Je ne lui écris point, puisque aussi bien il fiaut que vous soyez interprète de ma lettre qui sera pour tous deux; mais je la finis en vous priant toujours d'une même chose, qui est de Tembrasser bien pour moi et de croire que je serai tant que je vivrai ^. >

Les lettres de Mazarin à la reine sont d'un tout autre ton. Malgré la phraséologie sentimentale, il y perce un peu d'aigreur et de jalousie. Telle est, du moins, l'impression qui me parait résulter des lettres suivantes écrites en 1 659 ^ :

c A Saint-Jean-<ifi-Luz, l*' novembre.

r Je viens de recevoir votre lettre du S8 du passé, et jb suis au désespoir de vous avoir donné sujet de me faire un si grand éclaircissement, lequel, au lieu de me consoler» me donne encore plus de peine , voyant que l'afTection que vous avez pour la personne, ne vous permet pas de croire qu'elle >oit capable de faire jamais aucune faute. Je tous supplie d'avoir la bonté de me pardonner, si j'ai pris la hardiesse de vous en parler, vous promettant de ne le faire de ma vie et de souffrir avec patience Tenfer que cette personne me fait éprouver. Je vous dois encore davantage que cela, et, quand je devrais mourir mille fois, je ne manquerai pas aux obligations infinies que je vous ai, et, quand je serais assez méchant et ingrat pour le vouloir, Tamitié que j'ai pour vous, qui ne finira pas même dans le tombeau, m'en empêcherait.

« Je souhaiterais vous pouvoir encore dire davantage, e\, s'il m'était permis de vous envoyer mon cœur, assurément, vous y verriez des choses qui ne vous déplairaient pas , et f)lu8 dans cet instant que je vous écris qu'il n'a jamais été, quoique je voie, par la lettre que vous m'avez écrite» que

1. Lei mmotes de cet lettrei se troavent à U BiU* UàHètnu^ Ile. 1765 (S) .

VOUS avez oublié ce qu'il vous plut me dire avec tant de bonté à Paris, lorsque nous parlâmes si à fond sur le sujet de la même personne, laquelle a toujours été la seule cause de mes plaintes et du déplaisir que vous en avez témoigné en diverses rencontres.

« Mais il ne faut pas vous importuner davantage, et je dois me contenter des assurances que vous me donnez de votre amitié, sans prétendre vous gêner à n'en avoir pas pour cette personne, puisqu'il vous plaît de nous conserver tous deux à votre service. Je vous conjure de nouveau à genoux de me pardonner , si je vous donne du chagrin en vous ouvrant mon cœur qui ne vous cachera jamais rien , et je vous confirme que, si je devais vivre cent ans, je ne vous en dirai jamais un seul mot et que je serai toi^yours le même à votre égard avec certitude que vous n'aurez pas, en aucun temps, le moindre sujet de douter de ma passion extrême pour votre service, ni de mon amitié qui n'aura jamais de semblable, ai les a&ges^ me veulent rendre justice le croyant ainsi, et je vous supplie de me rendre de bons offices auprès d'eux, vous protestant, comme si j'étais devant Dieu, que je les mérite. >

Mazarin revient sur le même sujet dans une lettre du 20 novembre : « Je reconnais bien qu'à moins que les anges vous eussent inspiré de m'écrire une lettre si obligeante que celle que je viens de recevoir du 7 du courant, il vous était impossible de la former avec des termes si tendres et si avantageux pour moi qui ne désire aucune chose avec plus de passion que d'être toujours assuré de l'honneur de votre amitié. Je vous déclare encore une fois que rien n'est capable de m'en faire douter, quelque chose qui puisse arriver. Mais je vous avoue à même temps que vous me combleriez d'obligations, si vous aviez la bonté un jour de vouloir

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