‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 123 sur 328 · Répète · texte numérisé non relu

Répète

a. Vûy. sur Bart0t, t. VI des Mémoires de Sain^Simon, p. 449 et surtout p. 455.

DES MÉMOIRES DE SAINT-SIMON. S3i

cour % mais qui y était revenue avec plus de crédit qu'auparavant. Peut-être aussi Mazarin a-t-il en vue Técuyer de la reine, Beaumont; ce qui expliquerait mieux certaines expressions de cette correspondance. Voici le passage de la kttre de Bartet à Mazarin qui peut jeter quelque lumière sur l'intérieur de cette cour. Cette lettre est du 16 octobre 1659 :

< Je ne sais si la reine vous écrira qu'elle a ici une affaire sur les bras avec Mme de Beauvais, qu'il est juste que vous sachiez que j'ai vu commencer et non pas finir, puisqu'elle dure encore. Elle vous divertira assurément. Votre Ëminence la trouvera ridicalosa.

< Sa Majesté apprit à Nérac la mort du pauvre M. du Bosc. D'abord M. de Beaumont, son écuyer, lui dit qu'il y avait dans sa cassette, qui était avec celles de la reine, trois cents louis d*or en espèces qui lui appartenaient, et montra pour cela le billet de H. du Bosc, et la supplia de trouver bon qu'il les prtt. La reine répliqua qu'elle n'en doutait pas; que, s'ils y étaient, elle lui répondait qu'il n'y perdrait riea; mais qu'elle ne voulait point ouvrir la cassette qu'en présence de Votre Ëmineoce ou au moins que vous ne fussiez^ de retour.

« M. de Beaumont ne parut point satisfait de ce retardement-là, et demanda à la reine qu'il plût à Sa Majesté de lui assurer son argent sur la charge de M. du Bosc. La reine le refusa et lui dit qu'elle ne se mêlait point de sa charge. Mme de Beauvais se mêla en tout cela pour favoriser M. de Beaumont avec beaucoup de bruit et à diverses fois. La reine s'en défendit toujours et lui résista , en sorte qu'on partit de Nérac et que la cassette ne fut point ouverte.

« Hier au soir la reine jouant à la bête, Monsieur*, ayant découvert que la cassette était perdue^ ou bjen ceux qui

K Voy. Memtrirfs de Saint-Simon, t. VI, p. 459, note 6. 2. Philippe de France, frère de Louis XIV.

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Tavaieni détounito l'ayant laissé pénâtrer à Monsieur, afin que cela allât & la reine pour en vcnr Tefifet d'un peu loio^ dit tout haut pariant à Sa Hajesié que l'Ame du paurre du Bo6C avait emporté sa cassette » et que Beaumont avait pefdu ses trois cent cinquante pistoles.

<( La reine s'émut assez, et il lui entra d'abord dans l'esprit y tomme il a paru depuis» que c'était Beaumont qui l'avait fait prendre pour ravoir son ai^nt, et que Maie de Beauvais, ayant parlé pour lui, à Nérac, avec impétuosité et av0c cette véhémence qu'elle a pour les choses où elle se passionne, pouvait bien lui avoir donné ce conseil hardi de faire prendre la cassette.

«Cette vraisemblance si violente et ces sortes d'appa*renées si ajustées par le tempérament des personnes firent que la reine ne se contraignit point de dire en particulier, quand le jeu fut fini, qu'elle croyait que c'était Beaumont et ses amis qui le lui avaient conseillé , et en témoigna ua ressentiment considérable avec des paroles assez aigres, mais, comme je dis, en un particulier si resserré qu'il n'y avait,' ce me semble, que Monsieur, M* de Gomminges et mol*

te Mme de Beau vais, à qui Monsieur le dit, se trouva en-* gagée à en faire un éclairdsBement et pour cela elle prit fort mal à propos son champ de bataille dans le axmient même que la reine se mettait à table avec le roi et avec Monsieur I et véritablement vint faire une salve sur le t(^ quels reme avait d'èter ainsi l'honneur à un gentilhomme qui était à elle, il y avait douze ans» qu'elle poussa si loin et avec m peu de retenue que la reine prit surfile ce ton que Son Ëminence connatt, et lui dit que la* pensée qu'elle avait eue de Beaumont 1^-dessus n'avait été rendue publique que par elle, et.qu'elle avait eu la bonté de n'en point parler que devant deux ou trois personnes , et encore sans beau^ coup d'aigreur; mais, puisqu'elle le prenait comme cela» elle était bien aise de lui dire aussi devant tout le monde

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qu'A était vrai qu'elle aTait pensé et dit qoe c'était Beaumoat, lequel, par le conseil de ses amis, ou de ses amies, avait fait reprendre sa cassette pour ravoir son argent.

« Mme de Besuvais, qui assurément s'était persuadée que la reine s'adoucirait en public et que l'éclat qu'elle faisait ToUigerait à en parler favorablement , voyant un effet tout contraire» s'engagea dans une autre conduite encore plus fâcheuse que la première; car imprudemment elle (ut prendre Beaumont par la main et le produisit h la table devant cinq cents personnes , et dit à la reine que c'était là le gentilhomme qu'eUe déshonorait. Sa Majesté piquée lui dit qu'elle avait été bien aise de lui dire à son nez et devant, tout le monde, qu'il était vrai, et que c'était lui qui avait eu la hardiesse de faire prendre la cassette de du Bosc parmi ses cassettes.

k Beaumont lui repartit le plus respectueusement du meiKie; et il faut dire la vérité , le plus bel esprit et le plus honsète homme de la cour n'eût jamais pu sortir mieux qu'il fit d'une si méchante affaire , dans laquelle Mme de Bemivais l'entraîna, croyant que la reine se relâcherait face à face. 11 se retira donc fort mortiGé et avec beaucoup de conteion , laissant la reine touchée , et tout ce qu'il y avait là de monde» de la modestie et de la soumission avec la* quelle il fut afOigé du jugement que la reine avait fait de lui.

• Après le souper, nous sufvtmes, cinq ou six, la reine dans son cabinet. Mme de Beauvais y vint plus allumée encore qu'à la table. La reine s'y roidit encore plus qu'elle n'avait lait , e! je vis que l'affaire ne demeurait plus à voir si l'on avait raison et si on disait vrai, mais à maintenir par autorité ce qu'on avait dit et ce qu'on avait pensé ; et, comme la conduite de Beaumont avait réussi à la table et que la reine avait fermé la bouche à Mme de Beauvais, ce moment me parut propre pour présenter Beaumont heureusement, le sortis donc du cabinet et le fus quérir dans la chambre de la reine qui est de plain-pied, où je l'avais

laissé et d'où il entendit toutes choses. Il entra donc insensiblement après moi et derrière moi , et en un moment je m'écartai un peu pour que la reine le pût voir, à laquelle il d^nanda pardon, avec larmes, d'avoir donné occasion à tant de paroles et à tant de choses.

« La reine reçut cela avec la dernière bonté et lui paria si obligeamment qu'elle parut chercher des paroles pour lui témoigner qu'elle n'avait pas cru qu'il l'eût fait par friponnerie 9 jusque là qu'elle lui dit qu'elle oublierait tout , s'il voulait lui dire qui lui avait conseillé de le faire ; mais il n'entra point là-dedans , et continuant à pleurer, la reine lui dit bonnement de se retirer et à nous de n'en plus parler.

c Sa Majesté se mit à sa toilette, où dans le temps qu'on la décoiffait, Mme de Beauvais entra avec un grand éclat de joie et de grands cris, et, s'approchant d'elle, cria que la cassette était retrouvée, et que Loranval, qui a en garde toutes les^cassettes de la reine et qui avait eu aussi toujours celle-là, était là, qu'elle avait envoyé réveiller à minuit.

« Il se présente à la reine; il dit qu'il avait la cassette. Sa Majesté lui dit qu'elle n'était pas plus satisfaite pour cela, et qu'on l'avait ouverte et vu peut-être les papiers qui étaient dedans. Il jure que non. Sa Majesté lui dit qu'il était un menteur; elle fait venir Visé qui a été son exempt, qui avait dit à la reine deux heures devant qu'il avait rencontré un homme à midi dans la place vêtu de serge grise, qui portait sous son bras la cassette de du Bosc couverte à demi de son manteau; qu'il l'avait regardée à deux fois, et, comme elle était singulière avec des chiffres de la reine et du cuivre doré, lui maintint en présence qu'il l'avait vue. L'autre fut confondu. Dans cet embarras, la reine se tournant vers Mme de Beauvais, lui dit que ceux qui lui avaient fait le b€C ne lui avaient pas assez bien fait, et qu'elle n'en croyait ni plus ni moins pour tout ce qu'il venait de dire. Le roi et Monsieur étaient présents à tout cela, qui fut dit'aux mêmes mots que je fais.

« Aujourd'hui on& représenté la cassette. La reine l'a fait ouvrir; on y a trouvé les trois cent cinquante pistoles. Sa Majesté les a fait rendre à Beaumont, lequel n'est point de^ meure satisfait et a l'té demander permission au roi de faire informer là- dessus contre Loranval qui garde les cassettes» afin qu'il fût obligé de dire la vérité, car le témoignage de Visé est cru véritable de tout le monde.

«Après tout cela il se trouvera que la reine a très-bien jugé et n'a point voulu être prise pour dupe, et que la fri* ponnerie qui pourra s'y découvrir ne tombera point sur Beaumont; car assurément nous savons tous qu'il est innocent, et il fera tout ce qu'il pourra pour qu'on n'étouffe point l'affaire. »

Une lettre d'Anne d'Autriche à Hazarin, en juin 1660% montre que les jalousies et les aigreurs entre la reine et Mazarin duraient toujours. On est forcé de reconnaître que toute cette correspondance présente une suite de brouilleries et de réconciliations, de plaintes et d'expressions d'amour qui ne paraissent guère convenir aux relations entre une reine et son ministre.

« Saintes, ce 30 juin 1660.

< Votre lettre m'a donné une grande joie ; je ne sais si je serai assez heureuse pour que vous le croyiez, et que, si j'eusse cru qu'une de mes lettres vous eût autant plu, j'en aurais écrit de bon cœur, et il est vrai que d'en voir tant et des transports avec [lesquels] l'on les reçut et je les voyais lire, me faisait fort souvenir d'un autre ten^ps, dont je me souviens presque à tous moments , quoique vous en puissiez croire et douter. Je vous assure que tous ceux de ma vie seront employés à vous témoigner que jamais il n'y a eu d'amitié plus véritable que la mienne, et, si vous ne le croyez pas, j'espère de la justice que j'ai, que vous vous re-

1. Cette lettre a été publiée par M. Walkenaér, t. III des Mémoires de Mme de Sévigné, p. 411-472.

pentirez quelque jour d'en avoir jamais douté, et si Je vous pouvais aussi bien faire voir mon cœur que ce que je vous dis sur ce papier , je suis assurée que vous seriez content ou que vous seriez le plus ingrat homme du monde , et fe'ne crois pas que cela soit. La reine^ qui écrit ici sur ma table, me dit de vous dire que ce que vous mandez du conficlent ne lui déplaît pas, et que je lui assure de son affection; mon fils vous remercie aussi ^ et 22^ me prie de vous dire c^e jusques au dernier soupir ^^$$ quoique vous eh croyiez ^.

Un'

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