‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 146 sur 328 · Voyez plus haut, p · texte numérisé non relu

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et 1661. — Lettres qu'il adresse d'Angleterre à Masarin. — Bartet s'attache à Fouquet. — On trouve dans la cassette de Fouquet de nombreuses lettres de Bartet, qui est disgracié en 1661.

Plusieurs personnes /attachées à Mazarin par la parenté ou les 8«ryioes personnels» sont mentionnées dans les mémoires de Saint*Simon^ et presque toiyours avec des erreurs qui nous forcent de nous y arrêter. Ainsi parlant de Bartet, à l'occasion de sa mort S notre historien le caractérise avec sa verve ordinaire, mais il se trompe sur la cause de sa disgrâce. 11 semblerait, d'après Saint-Simon, que ce fut Mazarin qui disgracia Bartet après l'affront que lui avait fait le duc de Caudale en 1655. C'est une erreur. Pendant toute la vie de Mazarin qui dura encore six ans, Bartet resta un des confidents du cardinal» conmie le prouveront les lettres que je citerai plus loin, ûuoique Bartet soit un personnage d'une importance secondaire, il n'est pas inutile de relever l'erreur commise par Saint-Simon à son sujet.

Bartet était Béarnais et fils d'un paysan. Son esprit, audessus de sa condition, fit sa fortune; il alla à Rome, s'attacha à Casimir Wasa, qui devint roi de Pologne, et se fit nommer son résident en France ^. Plus tard, il devint un des principaux agents de Mazarin. Pendant l'exil du cardinal , il lui portait les dépèches de la reine Anne d'Autriche , et rapportait les réponses de Mazarin. La faveur dont Bartet jouit à la cour, lorsque le cardinal eut triomphé de ses ennemis et affermi sa puissance, lui inspira une vanité qui le rendit ridicule et odieux. Il ne craignit pas d'entrer en lutte avec de grands seigneurs, et entre autres avec le duc de Caudale, fils du duc d'Épernon.

Le duc de Gandale était un des seigneurs de cette époque les plus renommés pour sa beauté, sa magnificence et l'éclat de ses aventures. Bartet, son rival en amour, dit, devant

2. Voy. dans les Mémoires de Conrart Tarticle intitulé : Bartet, secrétaire du cabinet. Voy. aussi les Mémoires de MademoiseUe à Vannée 1655.

plusieurs témoins, que si l'on ôtsit au duc de Candale ses grands cheveux» ses grands canons S ses grandes manchettes et ses grosses tou£fes de galants', il serait moins que rien et ne paraîtrait plus qu'un squelette et un atome*. Le duc de Candale, instruit de cette insolence, s'en vengea avec une audace qui peint l'époque, et montre combien les grands seigneurs se croyaient au-dessus des lois. Il envoya un de ses écuyers, à la tète de onze hommes, arrêter en plein jour la voiture de Bartet, dans la rue Saint-Thomas du Louvre. On ne lui donna pas la bastonnade, comme dit Saint-Simon^ mais pendant qu'une partie des gens du duc de Caudale arrêtaient les chevaux de Bartet, et menaçaient son cocher de leurs pistolets, d'autres entrèrent dans le carrosse, armés de ci'seaux, et lui coupèrent la moitié des cheveux et de la mous« tache. Le jour même de cette aventure (28 juin 1655), Bartet envoya son frère à Mazarin avec la lettre suivante ^ :

« Je dépêche mon frère à \otre Ëminence pour lui rendre compte d'une malheureuse affaire qui m'est survenue ce matin. Je sortais à dix heures de chez M. Ondedei", à qui je n'avais point parlé» parce qu'il était avec M. l'évêque d'Amiens, et m'en allais dans mon carrosse avec deux petits laquais derrière. A l'entrée de la rue Saint-Thomas du Louvre, du côté du quai, j'ai vu venir à moi quatorze hommes & cheval, avec quelques valets à pied^ tous armés d'épées et de pistolets, et de poignards, qui ont crié à mon cocher

1. Les canons étalent des ornements de toile ronds, fort larges, souvent ornés de dentelles, qu'on attachait au-dessous du genou, et qui tombaient jusqu'à la moitié de la Jambe. Molière s'est moqué

De ces larges canons, où comme en des entrayes, On met tons les matins ses denz Jambes esclares.

t. Nœuds de rubans qui servaient à orner les vêtements. Voy. plus loin la note sur le mot petite oie; ces mots avaient la même signifieation.

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