‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 147 sur 328 · Mémmres de Conrartj article Bvrtet · texte numérisé non relu

Mémmres de Conrartj article Bvrtet

4. ArchîT* des affaires étrangères, Fraitcr , t. CLIV, pièce 96 autographe.

5. L'abbé Ondodei, parent de Mazarin, devint évéque de Préjus,

280 EXAMEN CRITIQOE

qu'il arrêtât. J'ai tiré la tète à la portière , et ai cm d*abord qu'ils me prenaient pour un autre, ne me sachant aucune méchante afiaire; mais les ayant reconnus pour être des valets de chambre et des parents d'un conseiller de la province dont je suis*, avec qui j'ai eu une querelle de famille, il y a plus de dix ou douze ans, je n'ai plus douté qu'ils ne fussent là pour m'assassiner. Je leur ai donc demandé, comme ils sont venus à moi le pistolet et le poignard à la main , s'ils voulaient me tuer, et leur ai dit même qu'ils me trouvaient en fort méchante condition; mais deux d'entre eux sont montés dans mon carrosse, et ayant tiré des ciseaux, m'ont coupé le côté droit de mes cheveux, et m'ont arraché un canon, et s'en sont allés sans ajouter aucune voie de fait è cet outrage.

« Comme mes laquais, mon cocher, un de mes amis familiers qui était dans mon carrosse et moi, les avons reconnus pour être des gens de mon pays, amis, parents et serviteurs de celui avec qui j'ai cette vieille querelle dont je viens de parlera Votre Éminence, je me suis retiré chez moi, et d'abord me suis pourvu psr les voies de la justice, comme plus propres à ma profession , et plus conformes même à mon naturel. Je supplie donc Votre Éminence, Honseigneur,.que je demeure encore ici peut-être quinze jours, qu*il faudra que j'emploie à faire achever les informations, qui sont déjà commencées, et mettre ma poursuite en état qu'elle puisse aller son chemin par les formes de la justice en mon absence. Ainsi je supplie encore Voire Éminence qu*ii lui plaise d'ordonner à M. de Langlade qu'il serve ce commencement de mon quartier* jusqu'à mon arrivée.

« Je demanderais à Votre Éminence la puissance de sa

1. Ce conseiller du parlement de Pau, auquel Bartet imputa d*aoord l'attentat contre sa personne, se nommait Casaux. Voy. Mémoires de Coftrarl, art. Bariet.

2. Les secrétaires dn cabinet du roi remplissaient leurs fonctions chacun pendant un quartier ou trois mob.

protection, si celle de la justice ordinaire ne suffisait pas, et si je ne croyais trouver au moins autant d'amis et de considération dans Paris qu'un homme de province qui est réduit à des assassins et à un assassinat. Il ne me reste donc qu'à demander en grâce à Votre Ëminence qu'elle croie que je ne puis pas rien oublier au monde, de quelque nature qu'ils puissent être, des moyens honnêtes et légitimes, pour la réparation de mon honneur et pour venger un outrage dont l'impunité me rendrait méprisable dans le monde , et bien indigne de l'honneur que j'ai d'être au roi par la libéralité de la reine et celle de Votre Éminence qui Ta produite, de celui que j'ai encore d'être ministre du roi de Pologne, et d'être cru au point que je le suis serviteur de Votre Éminence, et sous votre protection particulière en cette qualité-là.

< Je ne suis pas si embarrassé de mon affaire que je ne pense encore rendre compte à Votre Éminence des siennes dont j'ai connaissance ; mais je sais que M. Ondedei est à la source des choses et des personnes, et qu'il n'oublie rien pour les faire et les dire à Votre Ëminence. Ainsi, Monseigneur, j'en demeurerai là présentement, et n'sgouterai plus rien à cette présente importunité que les protestations les plus fidèles du monde que je lui fais de vivre et de mourir, « Monseigneur, « De Votre Éminence, le très-humble, très-obéissant, très-fidèle et très-obligé serviteur,

« Bartet. »

Bartet ne tarda pas à connaître l'auteur véritable de l'attentat dirigé contre sa personne, comme le prouve la lettre qu'il écrivit à Mazarin le 1*' juillet 1655 ^ :

« Monseigneur,

« n m'e^t arrivé un bien plus grand malheur que celui dont je rendis compte à Votre Éminence avant-hier, par mon

1. Archives des affaires étrangères, Francs, t. CUV, pièce 107 aatog.

frère ^ puisque c'est M» de Caudale qui dit avoir ooittiiiandé rassassinat que je croyais avoir été fait en moi par ce con* seiUer de ma province, avec qui j'ai une querelle de famille. Il faut bien, Monseigneur, que mes ennemis Talent emporté sur son esprit d'un artifice bien terrible, et qu'ils Taient circonvenu bien cruellement pour moi^ puisqu'il lui ont per* suàdé divers discours qu'ils m'attribuent avec une si injuste précipitation, qu'ils ne lui ont pas seulement laissé le temps de les examiner, de les vérifier et de les tenir pour établis dans le monde* C'a donc été par ses propres domestiques et par d'autres gens de mon pays que je fus assassiné avanthier en la manière que j'ai pris la liberté de l'écrire à Votre tminence.

« Dans la première interprétation de mes assassins et de mon assassinat, je ne demandais point à Votre Ëminence une protection particulière, parce que la qualité de l'action même, celle de mon ennemi prétendu, et la justice ordinaire, m'en donnaient une assez puissante, mais aujourd'hui qu'un homme de la puissance , pour ainsi dire, et de la qualité de M. de Caudale, se vante publiquement de m'avoir fkit assassiner, je n'ai presque point de protection à espérer après celle des lois, si le roi ne m'en donne une particulière par la faveur de Votre Ëminence, par laquelle Sa Majesté laisse faire la justice ordinaire de son royaume, et comme son sujet, et comme ayant l'honneur d'être son domestique, et encore résident, à la cour, d'un roi étranger, qui me couvre du droit des gens, si' inviolable en toutes les cours du monde.

« M. de Candale se plaint de trois choses présentement, dont il ne m'a jamais fait faire de plaintes par aucun homme du monde. La première, et qui est celle sur laquelle il a réglé l'assassinat commis par ses gens, est que j'ai dit, parlant de lui, que si on lui était ses canons , sa petite oie* et ses che-

1. On appelait ainsi les rabans, plumes^ nœuds de Tépée, garniture des bas, des souliers, etc. Dans les Pricieuses ridicules, le marquis de Masea-

Yeux, il «erait comme un autre homme. Je réponds à cela qu'il n*y a homme au monde qui me le puisse maintenir, parce que la vérité est, comme devant Dieu, que je ne l'ai jamais dit. J'ajoute encore que faire assassiner les gens sur un on dit qu'on n*établit point, et dont il ne pourra jamais donner de preuve est une manière de se faire justice à soimême, qui n'est pratiquée en aucun lieu de la terre; et personne ne trouve que, quand la chose serait comme il l'a bien voulu croire, il en peut être si implacablement offensé que de se résoudre à me faire assassiner en plein jour, dans Paris, par des gens reconnus à lui, à la face des lois et des magistrats, dans les rues.

« Il se plaint encore que je lui ai parlé chez M. de Nonveau', il y a un mois, avec irrévérence (c'est le mot dont il se sert). Cela est si vague et si général, qu'il n'y a point d'irrévérence qu'on ne se puisse forger tous les jours; mais celui-là en iiit un auquel, sur la dé6nition d'un mot français, vingt personnes de la cour, et M. de Nouyeao même, qui y étaient, savent qu'on ne peut parler avec plus de révérence qaejenelefis*.

rille dit aux Précieuses (soèad X) : « Que tous semble de ma petite oie? la trouToe-vous congruente à Thabit. »

t. M. de Nouveau était directeur des postes.

}. Gonrart, à rarticle cité, parle de cette aventtire dans les termes suiraats : « [Bartet] dit que M. de Candale étant dans une chambre arec *** et lui, ayant rencontré Mme de Comuel dans une autre, elle était venue audevant de lui et lui avait demandé s'il trouvait que ce fût bien parlé que de dire un egpriî frtité? A quoi il répondit qu'elle s'adressait bien mal de choisir un pauvre Gascon pour juge d'une phrase française, mais que si elle voulait qu'il en dit son sentiment, il trouvait que cette façon de parler ne valait M, qu'il IkUait être sans jugement pour parler ainsi, et cent autres eiagélations semblables, qui sont de son style ordinaire; qu'elle avait ^outé que M. de Candale disait pourtant que c'était lui qui s'en était servi, et que, sur cola, M. de Candale étant sorti de l'autre chambre, elle lui avait crié tout iiAttt que M. Bartet soutenait qu'il n'avait jamais dit un eiprit fnué; ce que Bartet lui-même confirma avec les mêmes amplifications dont il avait déjà osé. Ce qui fâcha, i ce qu'il dit, M. de Candale, lequel, ayant eu ensuite «i'aotrsi dégoûu que J'ai touchée, Il hil avait fait Jouer cette pièos en vue de tout Paris. »

« Il ajoute que j'ai fait depuis quelque temps à Votre Eminence des discours fort dèsayantageuz de lui ; sur quoi je n'di rien à all<^guer pourmajustiGcation que les témoignages propres de Votre Ëniinence que je ne subornerai point en ma faveur.

< Voilà y Monseigneur, les trois sujets de mon assassinat dans la propre bouche de M. de Caudale , qui , hier, devant tout ce qu'il y a ici de gens de qualité , fit venir dans une maison un des assassins, et lui ajant fait conter l'assassinat, il dii : C est moi qui Fat ordonné ;je le dis afin que tout le monde le sache t et si Bartet s* en prend à personne qu*à moi ^ je le ferai encore assassiner et tuer dans les rues, et s'il en fait encore aucune poursuite , je le ferai assassiner et (uer .

< Votre Ëminence, Monseigneur, qui sait si bien la science des rois, sait bien qu'ils ne parlent m ne font comme H. de Caudale ; et les tyrans mêmes, qui font un usage tyrannique de l'autorité qui est légitime aux rois, n'en font point un de la qualité de M. de Caudale. Je me mets donc. Monseigneur, s'il vous platt , sous la protection du roi , par celle de Votre Ëminence, et je la conjure, par tous les endroits qui lui peuvent donner quelque sensible pour la disgrâce où je me trouve, de laisser faire la justice au parlement de Paris , et que peur avoir l'honheur d'être au roi de Pologne et au service de Votre Ëminence par l'action et le mouvement continuel de ma vie, je ne me trouve pas dans une condition moins favorable que si j'étais un homme d'une condition privée.

« Si avec cela. Monseigneur, Votre Ëminence avait la bonté de faire considérer au roi comme le respect de sa personne est blessé en moi par l'honneur que j'ai d'être son domestique, et le respect de son autorité violé [.ar l'assassinai commis en moi , et ensuite faire témoigner à M. de Caudale qu'il faut que le cours de la justice du royaume soit libre pour moi , j'aurai l'obligation à Votre Ëminence de me laisser un tribunal qui, jugeant mon honneur suivant la loi, me tirera de l'opprobre du monde, et me rétablira dans le

même honneur dans lequel j'avais toujours vécu jusqu'à cette heure.

« C'est là^ HonseigneuTy la très-humble supplication que je fais à Votre Ëminence, avec une autre qui ne m*est guère moins nécessaire, qui est de boucher son esprit à Tindustrie et à la malice de mes ennemis , qui , dans ce grand mouvement de ma mauvaise fortune , ne manqueront pas de faire une autre sorte d'assassinat, moins déshonorant pour moi mais plus dangereux, pour faire varier les bonnes volontés de Votre Éminence en mon endroit.

«Ce sont ces bonnes volontés-là. Monseigneur, par lesquelles je puis paryenir à la protection de la justice que je suis sur le point de demander au parlement de Paris icontre mes assassins, je dis les gens qui m'ont assassiné ; et comme c'est Tendroit le plus capital de ma vie , et un passage de fortune qui doit être presque regardé comme unique, parce qu'il est presque toujours le dernier de celle d'un honnête homme , ie la supplie aussi de considérer ce que je devrai à sa protection, et si, vous étant obligé du recouvrement de tout mon honneur, je ne dois pas me préparer toute ma vie à l'employer pour le service de Votre Éminence

« Les personnes qui me compatissent sincèrement, et qui m'ont promis de me donner les secours de leurs amitiés, attendent. Monseigneur, quelque mouvement favorable de Votre Éminence en mon endroit, et par la bonté qu'ils croient que vous avez naturellement pour moi, et parce que l'action est si odieuse que l'autorité , dont vous avez la conduite, en est blessée.

• Mme de Chevreuse en a parlé ce matin à l'abbé Ondedei, de qui j'ai reçu les dernières civilités. Je crois qu'elle lui en écrira même encore; et M. le premier président, qui condamne l'action par tous les endroits par lesquels elle est condamnable, m*a promis ce que peut promettre un homme qui est à sa place, de sorte, Monseigneur, que, si j'obtiens de Votre Eminence ce petit mouvement de laisser faire, sans

VOUS d^laîre, le parlement de Paris, la plus g^nde partie des juges, que j'ai déjà vus par précaution, yoient en mon affaire une fin fort honorable. Je trouverai la mienne bien glorieuse, Monseigneur, si, après m'étre rendu tout mon honneur, qu'on m'a ôté, je suis assez heureux pour l'employer pour votre service, qui est, comme Dieu sait, la passion la plus forte que j'aie au monde. »

Mazarin parut compatir à l'affront qu*avait essuyé Bartet; il lui écrivit une lettre dans laquelle il lui promit d'en tirer vengeance. Mais soit qu'il ne voulût pas mécontenter la noblesse pour une cause de si peu d'importance, soit qu'il fât lui-même blessé de la vanité de ce Gascon, il laissa tomber rafTaire. Les contemporains ne firent que rire de l'avanie infligée à un favori insolent. Mme de Sévigné en parle en plaisantant à Bussy-Rabutin*, et trouve le tour trèsbien imaginé. D'autres firent sur l'aventure de Barte! une chanson dont voici un couplet:

Gomme ui aittre homme

Vous étiez fait, monsieur Bartet; Mais quand vous iriez chez Prud'homme*, De six mois vous ne seriez fait Gomme un autre homme.

Cependant Bartet n'en resta pas moins, après cette aventure tragi-comique, un des confidents de Mazarin. G^est à tort que Saint-Simon dit (t. YI, p. ISI) que là commmfason déclin^ qui fut rapide et court. Quatre ans plus tard, nous re» trouvons encwe Bartet à la cour, rendant compte de toutes choses au cardinal, qui négociait la paix des Pyrénées (16^). Les kttres fort nombreuses de Blarlet forment une véritable gazette de la cour de Louis XIV pendant les conférences de

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