Premier chirurgien du roi
î. Voy. les Mémoireg de Mme de MoUeville, A Tannée 1660, et \Q&Latfeià( Gui Valin.
de faire régter par le roi et le parlement d'Angleterre les droits de la reine douairière. Mais Mazarin, qui avait profité de Falliance anglaise au temps d'Olivier Gromwell , voulait s'attacher le nouveau roi. Il donna une mission secrète à fiartet » qu'il chargea d'étudier la cour d'Angleterre et de lui: rendre compte de l'état des affaires. Les lettres de Bartet au cardinal sont parvenues jusqu'à nous. Bartet s'y montre tel que nous le représentent les contemporains, plein de son importance et d'une vanité qui touche au ridicule. Hais comme il a été informé de détails intéressants sur la politique anglaise et sur les projets d'alliance pour le roi d'Angleterre et pour son frère le duc d'York, il ne sera pas sans intérêt de publier quelques*unes de ces lettres. On y verra quelles déceptions attendaient ia reine mère dans cette cour frivole» où elle ne trouvait plus que de sanglants souvenirs ou des plaisirs scandaleux. Elle habitait ce même palais de White-Hall, d'où Charles I** était sorti pour monter à l'échafoudy et son fils Charles il, entouré déjeunes seigneurs, se livrait à l'enivrement de sa nouvelle royauté , sans se soucier de sa mère et des vieux courtisans dont elle était entourée. La reine» Henriette d'Angleterre, en fut vivement blessée, comme l'attestent les lettres de Bartet. Elle eut aussi à souffrir du mariage que son second fils, le duc d'York, contracta avec la fille du chancelier Clarendon. Enfin, l'im* portance même que se donne l'entoyé de Mazarin prouve combien Saint-Simon s'est trompé, lorsqu'il prétend que Bartet était disgracié depuis cinq ans.
La première lettre est datée du 16 décembre 1660 : « La reine d'Angleterre, écrivait Bartet, a pris jour pour partir le 3 de janvier; mais je ne crois pas ce départ-là encore si sûr. Sa Majesté est indisposée d'un grand rhume et a eu la fièvre qui lui fait garder le lit. Personne ne doute que ses affaires d'intérêt ne se fussent faites sans ellej elles ne laissent pas d'être plus sûres par sa présence ; mais il parait
que M. le comte de Saint-Albans* la retient ici tant qu'il peut contre l'inclination de Sa Majesté qui n'y saurait vivre. Le roi d'Angleterre commence à ne garder plus les mesures honnêtes que nous avons vues tant qu'il a cru qu'elle serait ici peu de temps. Cette princesse ne peut point dlssinuler ce traitement qui a quelque chose qui paraît dur et qui ne convient pas même au naturel du roi son fils , qui a en luimême de la bonté et de la douceur. Elle disait, il y a deux jours, dans sa chambre devant tout le monde , qu'elle était bien aise de s'en aller quand elle connaissait qu'on ne l'était pas qu'elle demeurât, et avant-hier au soir qui était peu d'heures après, elle disait en ma présence qu'elle voyait bien que le roi se moquait d'elle et qu*il se mettait à siffler et lui tournait le dos, quand elle lui parlait de quelque affairé. Elle avait dit les mêmes choses à H. le prince palatin, il y a trois jours, quand il prit congé d'elle sur ce qu'il lui demandait ce qu'elle voulait qu'il dit en France, et à moi elle m'a plusieurs fois dit avec douleur qu'elle ne comprenait plus rien à l'Angleterre , qu'elle ne savait rien et n'y connaissait presque personne, si fort elle y trouvait toutes choses changées; que durant la vie du feu roi, on tenait trois fois conseil la semaine; qu'on lui faisait part des choses, et que depuis qu'elle était ici, le roi ni pas un de ses ministres ne lui avaient pas seulement parlé en particulier.
« Tout ce que Sa Majesté dit est la vérité, mais avec cela, elle ne fait pas plaisir à ses minisires particuliers de la rendre ainsi publique, car ils s'étudient à couvrir les choses que j'ai écrites si ouvertement k Votre Eminence. C'est vous tromper que de vous parler autrement, et toutes les fois qu'on voudra vous persuader d'autres choses, ni petites ni grandes (car je n'en excepte aucune), on vous donne de la méchante marchandise, car je mets en fait que cette reine
1. Lord Jennyn, favori de la reioe d'Angleterre, venait d'être créé comte de 6aint-Âlbaos.
VOUS dira elle-même qu'ils ne peuvent rien ici en façon du inonde, et elle moins encore que les autres. Je vous répète que , si vous le voulez , vous vous le ferez dire par ellemême.
« M. le duc d*York a fait mystère quelques soirs d'aller Yoir la fille de M. le grand chancelier ^ A cette heure, il prend son manteau gris devant nous dans la chambre de mesdames ses sœurs et n'en fait plus aucune finesse. Il en est plus amoureux qu'il n'a encore été , et le roi me disait hier au soir qu'il le tourmentait continuellement pour lui permettre de déclarer son mariage. Voilà, ce me semble, assez juste tout ce que j*ai écrit précisément là-dessus à Votre Éminence, il y a plus d'un mois.
« M. de Ruvigny ne m'a pas laissé son chifire, comme Votre Ëminence l'a cru. Si j'en avais un , il y a beaucoup de choses personnelles, qui. ne se doivent point écrire, que je mettrais en chiflres, qui quelquefois sont assez essentielles à savoir.
« Voilà donc un mariage fait qui tiendra, comme j'ai dit dès le premier jour. Dans peu de temps nous le verrons déclarer sans qu'il y ait du mérite pour personne.
• Je n'ai point vu encore M. le baron de Vateville^ ni M. d'Aubigny, depuis la réception de la lettre de Votre Ëminence. Xen ferai à leur égard l'usage qu'il faut dès aujourd'hui, et me servirai de tout ce qu'elle contient pour me conformer aux volontés et aux ordres de Votre Éminence.
« Les Espagnols sont ici assez alarmés, quoiqu'ils parlent haut : le parlement va agiter tout de nouveau l'annexe de Dunkerque et de la Jamaïque , et peut-être établir un fonds
1. Le duc d*York avait ôpousé la fille de lord Clarendon, gmnd chancelier d'Angleterre.
% AmbaBsadenr d'Espagne dont les prétentions et la lutte contre le eomte d^ Estrades pour la préséance donn^rent lieu à une querelle entre la France et l*Espagne.
pour les entretenir et les soutenir. Les Espagnols, de leur côtéy tiennent des ordres prêts pour chasser de la Flandre les deux mille hommes que le roi d'Angleterre y faisait subsister aux dépens de leur pays ; car cet ambassadeur n*est pas/ ce me semble; assez endurant pour souffrir qu'on lui fasse cela à sa barbe, sans en témoigner les ressentiments qui sont en leur. puissance.
« Le chancelier, outre cela, l'inquiète fort sur le mariage de l'infante de Portugal *. Il a eu sur cela une audience du roi, que Sa Majesté m'a redite de mot à mot, de laqueHe il n'a pas été trop satisfait. Je l'ai contée à la reine et en ai dit même à M. de Montaigu ' les principales choses pour les éclairer en une matière où il me semble qu'on devrait être concerté' ; Je dis éclairer, par les lumières que j'en avais du roi même.
« Néanmoins après deux heures de conversation, U me parut en l'air sur tout et n'être déterminé à rien, et même je dis à la reine qu'avec tout cela je ne croyais pas que jamais le chancelier eût la force ni le courage d'entreprendre solidement ce mariage-là. Et, en effet, je crois qu'il veut mettre à contribution les Portugais et voir leur dernier quart d'écu, et peut-être aussi proposer ce mariage-là au roi , qui sera contesté et se remplira de difficultés, étant bien aise peutêtre qu*il ne se marie pas si têt. A quoi pourtant ce prince paratt n'avoir pas de temps à perdre par des raisons même de famille, et voilà où le chiffre me manque. Comme les Espagnols ne lui voient point d'autre parti par l'exclusion qu'il donne aux protestants, ils font fort ici les Français sur cela, et, comme je l'ai déjà écrit , M. le baron de Vateville a porté
1. Charles II épousa, en efiet, le 31 mai 1662, Catherine, infante de Po^ tugal.
2. L'abhé de Montaigu arait accompagné Henriette de Franœ dans ce voyage d'Angleterre. 11 était établi depuis longtemps en France et avait beaucoup de crédit sur Anne d'Autriche.