Mémokei dé SoMO-Simm, t. XIII, p
312 EXAMEK CRITIQUE
Nicolas Fouquet, après son arrestation à Nantes, ne fut pas conduit immédiatement à Paris ; il resta depuis le 5 septembre jusqu'au 32 novembre 1661 enfermé au chftteau de Nantes y il fut ensuite transféré au château d'Angers, et de là au chftteau d'Amboise. La Fontaine, qui a montré tant de dénouement à Fouquet, racontant dans une lettre à sa femme, son voyage à AmboiseS parle de la chambre où Fouquet avait été enfermé : « Je demandai, dit-il, à voir cette chambre; triste plaisir, je le confesse; mais enfin je le demandai. Le soldat, qui nous conduisait, n'avait pas la clef;{au défaut, je fus longtemps à considérer la porte et me fis conter la manière dont le prisonnier\ était gardé. Je vous en ferais volontiers la description ; mais ce souvenir est trop affligeant :
Qu'est-il besoin que je retrace Une garde au soin non pareil?
Chambre murée, étroite place, Quelque peu d'air pour toute gr&ce ,
Jours sans soleil,
Nuits sans sommeil ; Trois portes en six pieds d'espace I Vous peindre un tel appartement, Ce serait attirer vos larmes.
Je Pal fait insensiblement :
Cette plainte a pour moi des charmes.
Sans la nuit, on n*eAt jamais pu m'arracher de cet endroit. > D'Amboise, Fouquet fut transféré au château de Vincennes,
où il arriva le dernier jour de décembre 1661. Il ne ht
amené à la Bastille qu'au mois de juin 1663, et il y resta
jusqu'en décembre 1664.
Saint-Simon parle encore de Fouquet & l'occasion de la
mort de sa femme arrivée en 1716 * : « Elle était veuve, dit-
1. T. VI, p. 420, de rôdition de M. Walckeoaer (Pana, Debure, 1837). 3. Mémoires de SairU-Simofift XIV, p. 112-113.
il, de Nicolas Fouquet, célèbre par ses malheurs, qui après avoir été huit aos surintendant des finances S paya les mil" lions que le cardinal Mazarin avait pris, la jalousie de MM. Le Tellier et Golbert, un peu trop de galanterie et de splendeur, de ' trente-quatre ans de prison à Pignerol, parce qu*on ne put lui faire pis, malgré tout le crédit desioinistres et Tautorîté du roi, dont ils abusèrent jusqu'à avobr mis tout en œuvre pour le faire périr. Il mourut à Pignerol en 1680 à soiiante-cing ans, tout occupé depuis longues années de son salut. Lui et cette dernière femme', grand'mère de Bellelie, seraient maintenant bien étonnés de la monstrueuse fortune qu'il a su faire, etc. » La fin de ce passage prouve assez que Saint-Simon n'était pas un des admirateurs du maréchal de Belle-Ile, et que ce n'est pas pour lui complaire qu'il a traité Fouquet avec indulgence.
Outre l'erreur chronologique qu'on doit signaler dans ce passage, il renferme deux assertions très-contestables. Commençons par Terreur chronologique dont la rectification est fscile : Fouquet a été arrêté le 5 septembre 1661 et est mort en mars 1680. Il n'a donc pas été trent^quatre am prisonnier, comme le dit Saint-Simon. Si Ton s'efn tient, avec cet auteur, à la captivité à Pignerol, où Fouquet fut enfermé en 1665, sa prison n*aura pas duré la moitié du temps que lui assigne Saint-Simon. C'est là une distraction un peu forte. Les deux autres assertions, que je relèverai dans la même phrase, méritent d'être discutées. Fouquet n'a-t-il été cou*** pable que d'un peu trop de galanterie? lui a-t-on fait payer les miUUmt que Mazarin awiit pris^ sans que lui-même eût rien à se reprocher?
L'histoire impartiale a été plus sévère que Saint-Simon envers Fouquet. Tout le monde sait que le château de