‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 158 sur 328 · la reine mère, Anne d'Autriche · texte numérisé non relu

la reine mère, Anne d'Autriche

% La reine môre n'est point nommée dans sos propositions, mais il est très-Traisemblable qu'elles devaient lui être sofUmises, puisqu'elles sont jointes à la lettre suivante écrite par une des personnes que Fou )uet ayait chargées de surveiller et de gagner Anne d'Autriche : « J'attendais tom'ours d*avoir Thonneur de vous entretenir pour vous dire bien des choses. Je ne sais si vous savez le pouvoir que la mère de la Miséricorde a sur la reine et l'intrigue secrète qui s'y lait. M. Le Tellier et M. de L'Estrade la voient tous les jours. On m'en a dit bien des choses avec le secret; si cela vous est utile, Eutes-le-moi savoir ; vous savez que je suis tout à vous et qu'il n'y a rien que je ne fasse pour vous le témoigner. »

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d'accorder sa confiance et de faire connaître toutes les choses qu'elle affectionnera, de quelque nature qu'elles soient, et celles qu'elle voudra faire réussir sans y paraître, et on demande cela avec la plus grande instance du monde, n'ayant point de plus forte passion que de rendre quelque service agréable, et le zèle n'empêchera pas que l'on ait la discrétion nécessaire. Tout le monde appréhende la domination nouvelle de M. le Prince (Louis de Bourbon), et que Son Ëminence n^ puisse résister à ses flatteries S et que Ton ait le déplaisir de le voir, sous divers prétextes, triompher de ceux qui ont servi longtemps contre lui. Secret et dissimulation, sans exception, à tout le monde. M. Le Tellier vit fort honnêtement en apparence, mais peut avoir jalousie et craindre que la faveur n'aille d'un autre côté. Si elle trouve bon qu'on lui rende compte de ce qu'on apprend, ou s'il y a quelque chose dont elle désire savoir la vérité, en s'ouvrant un peu, on tâchera de la satisfaire. »

Fouquet ne paraît pas avoir réussi à gagner Anne d'Autriche. Il prit alors les plus minutieuses précautions pour pénétrer ses secrets; il l'entoura d'espions et gagna jusqu'à son confesseur. Nous avons les lettres d'un anonyme qui servait d'intermédiaire entre Fouquet et le cordelier confesseur de la reine. En voici quelques extraits : < Le cordelier dit hier* à la personne, dont j'ai parlé à Monseigneur, que la reine-mère lui avait conté un mécontentement qu'elle avait eu du roi, sur ce que l'autre jour, entrant fort brusquement dans sa chambre, il lui fit reproche de ce qu'elle avait prié

1. Le prince de Condé avait quitté la Bel^que pour rentrer en France le 29 décembre 1659. HazariA mourat le 9 mars 1661 ; c'est entre ces deux dates, probablement vers le commencement de 1660, que cette lettre de Fouquet a dû être écrite. Quant aux flatteries de Condé envers liazarin, on en trouve la preuve dans une lettre que le prince écrivait au cardinal le 24 décembre 1669, peu de jours avant de quitter Bruxelles : « Pour vous, monsieur, lui disait-il, quand je vous aurai entretenu une heure, vous serei bien persuadé que je veux être votre serviteur, et je pense que vous voudrez bien aussi m^aimer. »

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