Cette lettre e^t du 22 avril
DBS MÉMOIRBS DE SAINT-SIMON. 317
M. de Briemie * de quelque affaire, et qu'il lui dit en propres termes et fort en colère : Madame^ ne faites plus de pareiUes choses sans nCen parler; qu'à cela la reine ne répondit rien et ne fit que rougir. II a encore dit que Monsieur,' se plaignait, et qu'il avait dit depuis à quelqu'un que le roi le traitait comme un chien. Au reste, il assure que la reine-mère croit que M. le Prince* pense fort à se mettre dans les affaires ; qu'elle dit avoir remarqué une patience extrême en lui pour faire sa cour ; que le roi l'estime fort, et que, sur tou-^ tes les choses qu'il fait, il demande aux gens si M. le Prince les approuve. U est même très-constant qu'il tâche à cabaler. Il a été voir ce bonhomme de cordelier ; et la reine-mère quoiqu'elle ait une furieuse déQance de lui, l'aimerait encore mieux que rien ; car il la recherche. Je tâcherai d'écrire quelque chose à Monseigneur du père Annat * ; mais comme c'est un homme fort réservé, je n'ose rien promettre. »
Peu de jours après, le même espion écrivait à Fouquet : « Je n'ai point osé ce matin m'empresser à vous suivre pour vous apprendre, Monseigneur, ce que le bon religieux que vous savez me dit hier. J'en appris, entre autres choses, qu'il croyait qu'il pourrait bien n'y avoir plus de conseil de conscience, et qu'il y avait deux jours que quelqu'un donna avis et envie au roi de voir une lettre que ces messieurs du conseil de conscience écrivaient à Aome par son ordre. Le paquet étant déjà entre les mains du courrier, fut reporté au roi, qui trouva que dans cette lettre qu'il n'avait point vue, ces messieurs écrivaient qu'ils tenaient le roi dans l'obéissance exacte qu'il devait au Saint-Siège et s'attribuaient comme la gloire de le gouverner. Gela le choqua extrêmement, et jaloux, comme il est, de son autorité, il parut si irrité qu'U protesta qu'il ne les assemblerait plus.