‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 163 sur 328 · André d'Ormesson, doyen du conseil d'État · texte numérisé non relu

André d'Ormesson, doyen du conseil d'État

3. NicoUs Lefèvre d'Ormesson, religieux minime, était frère .d'Olivier d'Ormesson, rapporteur du procès de Fouquet.

3. Berryer, un des commis de Colbert, avait été chargé de l'inventaire des pièces du procès de Fouquet, et accusé de les avoir falsifiées.

demi-heure. Étant sorti avec un vis^ige fort sérieux, mon père nous dit qu'après les premières civilités, il lui avait dit qu'il avait ordre du roi de lui venir dire qu'il reconnaissait que je n'apportais pas toutes les facilités que je pouvais pour terminer le procès de M. Fouquet, et qu'il semblait que j'affectais la longueur; que le roi était persuadé que je ferais justice au fond, et ne prétendait pas contraindre mes sentiments; mais qu'il voulait faire finir ce procès; que la chambre de justice ruinait toutes les affaires , et qu'il était fort extraordinaire qu'un grand roi, craint et le plus puissant de toute l'Europe , ne pût pas faire achever le procès à un de ses sujets, comme M. Fouquet; qu'à cela il (mon père) lui avait répondu qu'il était bien fâché que le roi ne fût pas satisfait de ma conduite; qu'il savait que je n'avais que de bonnes intentions; qu'il m'avait toujours recommandé la crainte de Dieu, le service du roi , et la justice sans acception de personnes ; que la longueur du procès ne venait pas de moi, mais parce qu'il était fort grand, et qu'on l'avait rempli de trente ou quarante chefs d'accusation, où il n'en fallait que deux ou trois; qu'un prédicateur qui prêchait la passion n'était pas trop long parlant trois heures, et quoique les autres sermons ne fussent que d'une heure ; qu'il faudrait que j'eusse perdu le sens de chercher à plaire à M. Fouquet, dont la fortune était abtmée« et déplaire au roi , qui avait toutes les grftces en ses mains ; mais que je ne cherchais que la justice; que tous mes avis étaient suivis dans la chambre ; que ceux mêmes qui ne l'avaient pas été d'abord l'avaient été depuis; que même il apprenait de tous côtés que je me conduisais de sorte que l'on ne pouvait découvrir mes sentiments; que sur cela M. Colbert lui avait dit qu'on remarquait pourtant que je disais plus fortement et plus gaiement les raisons de M. Fouquet que celles du procureur général; qu'il lui avait répliqué qu'un rapporteur était obligé de faire valoir toutes les raisons; que l'on m'avait été l'intendance de Sojssons, mais que je ne m'en plaindrais pas,

et que cela ne m'empêcherait pas de faire justice; qu'il avait peu de biens et moi aussi, mais que nous les avions de nos pères et que nous en étions contents, qu'il m'avait toujours conseillé de faire justice sans acception de personnes et sans considération d'intérêt et de fortune; et qu'ayant parlé des personnes qui me faisaient visite, H. Golbert avait dit qu'on n'était pas en peine de cela, et qu'on savait bien que je ferais justice, mais qu'on né désirait que l'expédition ; qu'il lui avait répliqué que je faisais tout ce qui dépendait de moi, travaillant soir et matin, et ne faisant autre chose, et ainsi, après plusieurs discours de cette qualité, il s'était retiré.

« Je fus ravi que mon père lui eût parlé si bien et si généreusement, et j'en allai faire aussitôt la relation à M. Le Pelletier*, pour en informer M. Le Tellier, afin qu'il prit garde à la manière dont M. Golbert en parlerait. Nous fûmes ensemble le soif voir M. le premier président ', qui était avec M. Golbert, et entretint ensuite M. de Villeroi. Il fut fort surpris d'apprendre cette visite, qui est^contre toutes les règles de la prudence. Là j'appris que M. Berryer était conseiller d*État ordinaire; que le Roi lui avait donné une abbaye de six mille livres, et voulait qu'il donnât le nom de ses enfants pour obtenir de Rome une dispense de tenir des bénéfices avant l'âge, et qu'il avait mandé les procureurs généraux de la chambre • pour leur dire qu'il voulait que M. Berryer eût connaissance de toutes les affaires de la chambre de justice, et qu'ils ne prissent aucunes conclusions que par son avis, et qu'il sollicitât tous les juges de la chambre de justice pour ses intérêts.

« Une conduite si bizarre et si extraordinaire m'oblige à

1. Claude Le Pelletier fut contrôleur général des finances en 1683 après U mort de Golbert.

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