Mémoires de Louù XIV, t. II, p
ner sa confiance,^ sans leur abandonner son autorité; il sait les rendre ses confidents, sans jamais cesser d'être leur maître. >
Le passage suivant* sur la fausse grandeur est d'un homme qui avait le sentiment profond de la vraie grandeur. « C'est un défaut assez'ordinaire à ceux qui ne sont pas nés dans ta grandeur, d'en être éblouis lorsqu'ils .y parviennent, et de ne savoir soutenir ni l'éclat dont elle est ornée, ni les orages qui la peuvent menacer. Gomme c'est une nouveauté pour eux d'être grands, ils ne connaissent pas à quel point ils le doivent paraître '.Voulant relever le défaut de leur naissance par une trop grande fierté, ils font toutes choses de si mauvaise grâce qu'ils désobligent ceux-là même qu'ils avaient dessein de se rendre amis, et ne pouvant se mesurer ni selon leur fortune présente , ni selon celle dont ils sont venus, ils ne parviennent ordinairement qu'à se faire mépriser de ceux dont ils voudraient gagner l'amitié. Manquant, dans toutes leurs démarches , de naturel et d'instruction, ils s'avancent ou se reculent toujours hors de propos. Us ne font jamais que trop ou trop peu, et dans Tinégalité de leur conduite, ce qu'il y a de plus uniforme et de plus constant, c'est qu'ils s'enorgueillissent toujours avec excès dans la bonne fortune et tombent dans le dernier abattement aussitôt qu'elle leur devient contraire. Mais les princes doivent assurément être fort éloignés de ce défaut, parce que, tenant toujours de leur mérite ou de leur naissance la principale cause de leur grandeur, tout ce que la fortune leur ôte ou leur donne semble n'être pas suffisant pour les faire changer ni de contenance ni de sentiments. > *
Il est curieux de voir Louis XIV parler à son fils de l'influence que les femmes peuvent exercer sur les rois et ia-