‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 183 sur 328 · Mém. dfLûuisIIV, t. Il, p. 314 et suiv · texte numérisé non relu

Mém. dfLûuisIIV, t. Il, p. 314 et suiv

nous ne sommes en garde contre cet usage, il faut, pour la contenter elle seule, mécontenter tout le reste du monde. La tendresse que nous avons pour elles nous faisant goûter leurs plus mauvaises raisons, nous fait tomber insensiblement du côté où elles penchent; et la faiblesse qu'elles ont naturellement, leur faisant bouvent préférer des intérêts de bagatelles aux plus solides considérations, leur fait presque toujours prendre le mauvais parti. Elles sont éloquentes dans leurs expressions, pressantes dans leurs prières , opi* niâtres dans leurs sentiments, et tout cela n'est souvent fondé que sur une aversion qu'elles auront pour quelqu'un, sur le dessein d'en avancer un autre, ou sur une promesse qu'elles auront faite légèrement. Le secret ne peut être chez elles dans aucune sûreté; car si elles manquent de lumières, elles peuvent, par simplicité, découvrir, ce qu'il fallait le plus cacher; et si elles ont de l'esprit, elles ne manquent jamais d'intrigues et de liaisons secrètes. Elles ont toujours quelque conseil particulier pour leur élévation ou pour leur conservation , et elles ne manquent point d'y étaler tout ce qu'elles savent, autant de fois qu'elles en croient tirer quelques raisonnements pour leurs intérêts. C'est en ces conseils qu'elles concertent en chaque affaire quel parti elles doivent prendre, de quels artifices elles doivent se servir pour faire réussir ce qu'elles ont entrepris, comment elles se déferont de ceux qui leur nuisent, comment elles établiront leurs amis, par quelles adresses elles nous pourront engager davantage et nous retenir plus longtemps. Enfin, tôt ou tard, elles foTût réussir toutes choses, sans que nous nous eu puissions garantir que par un seul moyen , qui est de ne leur donner la liberté de parler d*aucune chose que de cellts qui sont purement de plaisir, et de nous préparer avec étude à ne les croire en rien de ce qui peut concerner nos affaires ou les personnes de ceux qui nous servent. >

Une des accusations les plus graves que Saint-Simon ait portées contre Louis XIY est celle d'avoir manqué de courage

et de s'être retiré honteusement devant un ennemi qti*il pouvait accabler en 1676 et en 1693. Nous reconnaissons que Louis XIV n'eut ni la bravoure téméraire de François 1" ni Tentrain, la vive gaieté, le courage impétueux et les saillies militaires de Henri IV. Il ne se piquait pas de supériorité à la fruerre, et il ne combattit jamais en soldat. Cependant il assista à plusieurs sièges où il fit preuve de courage et de sang-froid *, et pour porter contre lui l'accusation de lâcheté, il faudrait avoir des preuves bien décisives. Examinons les fkits allégués par Saint-Simon. Il revient plusieurs fois sur l'occasion manquée en 1676, et spécialement lorsqu'aprës la mort de Louis XIV, il résume les principaux événem^ts de son règne. L'accusation est tellement grave, qu'il est nécessaire d'entendre et Saint-Simon et les auteurs qui peuvent rectifier ses assertions.

Voici le récit de Saint-Simon*: < En 1676, les armées du roi et du prince d'Orange s'approchèrent si près et si subitement qu'elles se trouvèrent en présence et sans séparation, auprès de la censé d'Heurtebise*. Il fut donc question de décider si on donnerait bataille, et de prendre son parti surle-champ; Monsieur n'avait pas encore joint de Bouchain\ mais le roi était sans cela supérieur à Tannée ennemie. Les maréchaux de Schomberg, Humières, la Feuillade, Lor-

1. On lit dans le Journal d'Olivier d'Ormenon,- 1. II, p. 5t2, à la date du 9 juillet 1667 : « Le parlement avait le matin délibéré de députer vers le roi pour lui Caire dea remontrances ^r ce qu*il s*expose à la tranchée comme un soldatj et le supplier de se conserver. » En admettant que ces supplications fussent dictées par la flatterie, il faudrait supposer des flatteure bien maladroits pour adresser de pareilles remontrances à un roi qui aurait fui ledant^^er. Je ferai d'ailleurs remarquer que le Journal d'Olivier d'Ormesson, destiné à la famille de ce magistrat, est loin d'être Toeuvre d*un courtisan. Le rapporteur du procès de Fququet est, sous ce rapport, à l'abri de tout soupçon.

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