Mémoife9 de SaifU-Simon, t. XII, p
2. Voy. les Mématreg de Ch, Perrault, liv. !•', p. 30 et miiv. (Afigiion, 17S9.).~3- nridem. — 4. Mémoire» de SainUStfnon, t. XII, p. 466 et suiv.
s'enorgueillit aussi des monuments qu'il a élevés et les montre avec complaisance à l'étranger.
Enfin Saint-Simon accuse Louis XIV d'égoïsme et de dureté à l'égard de sa famille^: «C'était un homme uniquement personnel, et qui ne comptait tous les autres, quels quils fussent, que par rapport à soi. Sa dureté là-dessus était extrême. Dans les temps les plus vifs de sa vie pour ses maîtresses, leurs incommodités lesplus opposées aux voyages et au grand habit de cour (car les dames les plus privilégiées ne paraissaient jamais autrement dans les carrosses ni en aucun lieu de cour avant que Marly eût adouci cette étiquette), rien, dis-je, ne les en pouvait dispenser. Grosses, malades, moins de six semaines après leurs couches, dans d'autres temps fâcheux, il fallait être en grand habit, parées et serrées dans leurs corps, aller en Flandre et plus loin encore, danser, veiller, être des fêtes, manger, être gaies et de bonne compagnie,. changer de lieux ne paraître craindre ni être incommodées du chaud, du froid, de l'air, de la poussière, et tout cela précisément aux jours et aux heures marqués, sans déranger rien d'une minute. Ses filles, il les a traitées toutes pareillement. On a vu, en son temps, qu'il n'eut pas plus de ménagement pour Mme la duchesse de Berry, ni même pour Mme la duchesse de Bourgogne, quoique Fagon, Mme de Maintenon, etc., pussent dire et faire (quoi qu'il aimât Mme la duchesse de Bourgogne aussi tendrement qu'il en était capable), qui toutes deux s'en blessèrent*, et ce qu'il en dit avec soulagement, quoiqu'il n'y eût point encore d'enfants. »
Ce passage, et surtout les scènes auxquelles Saint-Simon fait allusion et qu'il a retracées avec un soin minutieui, donneraient une triste idée du caractère de Louis XIV.
2. Yoy. plus haut, p. 13-14, la scène où Ton aononce à Louis XIV que U duchesse de Bourgogne s'est blessée.
FauMl admettre, avec notre auteur, qu'il ait porté dans ses relations de famille un aussi odieux égoïsme? Les mémoires de Louis XIY, où le sentiment de la dignité royale domine au point de laisser tout le reste dans Tombre, ont confirmé cette opinion. £n parlant de la mort de sa mère» qui lui avait causé un profond chagrin, le roi paraît craindre de s'aban« donner à sa douleur : «Cet accident, dit-il % quoique préparé par un mal de longue durée, ne laissa pas de me toucher si sensiblement qu'il me rendit plusieurs jours incapable de m'entretenir d'aucune autre considération que de la perte que je faisais. Car quoique je vous aie dit qu'un prince doit scurifier au bien de son empire tou^ les mouvements particuliers^ il est des rencontres où cette maxime ne se peut pratiquer au premier abord.»
On voit ici l'effort que faisait Louis XIV pour vaincre les sentiments de la nature et rester impassible. Les mémoires du temps attestent, heureusement pour son caractère, que sa tendresse fut souvent plus forte que le rôle qu'il s'imposait. Mlle de Montpentsier, témoin oculaire de la mort de la reine Anne d'Autriche, dit* qu'il fallut éloigner le roi: « Il étouffait; on lui jetait de l'eau; cela ne passait pas. Je m'avisai de le déboutonner; il n'étrangla plus. > Mme de Motteville * déclare qu'elle apprit de personnes qui couchaient dans la chambre du roi, « qu'il pleura dans son lit quasi toute la nuit. »
Cette seosibiUté, Louis XIV ne Ta pas montrée seulement pour sa mère. Ses enfants légitimes et illégitimes y ont eu part. Saint-Simon blâme vivement la faiblesse du roi pour ses bâtards \ et il a raison. Mais il paraît croire que les enfants légitimes furent traités avec dureté par un père égoïste. On peut opposer à cette assertion des lettres autographes