Mme de Montbazon était fille du duc de Bouillon
tage aux princes, persuadés, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, que Votre Majesté n'en savait rien, ou ne s'en souciait point, puisqu'elle n'en témoignait aucune chose. — Oh bien ! Monsieur, me répondit le roi d'un ton bas et tout à fait radouci, cela n'arrivera plus; car j'ai dit à M. le Grand que je désirais que sa fille quêtât le premier jour de l'an, et j'ai été bien aise qu'elle en donnât l'exemple par l'amitié que j'ai pour son père.
« Je répliquai, toujours regardant ^ le roi fixement, que je le suppliais encore une fois, et pour moi et pour tous les ducs, de croire que personne ne lui était plus soumis que nous, ni plus persuadés, et moi plus qu'aucun, que nos dignités, émanant de la sienne et nos personnes remplies de ses bienfaits, il était, comme roi et comme bienfaiteur de nous tous, despotiquement le maître de nos dignités, de les abaisser, de les élever, d'en faire comme d'une chose sienne et absolument dans sa main. Alors, prenant un ton tout à fait gracieux et un air tout à fait de bonté et de familiarité, il me dit à plusieurs reprises que c'était là comme il fallait penser et parler, qu'il était content de moi, et des choses pareilles et honnêtes. J'en pris occasion de lui dire que je ne pouvais lui exprimer la douleur où j'étais de voir que, tandis que je ne songeais qu'à lui plaire, on ne cessait de me faire auprès de lui les desservices les plus boirs ; que je lui avouais que je ne pouvais le pardonner à ceux qui en étaient capables, et que je n'en pouvais soupçonner que M. le Grand. •
Le roi ne le nia pas, et Saint-Simon se fortifia de plus en plus dans la haine qu'il portait aux Lorrains et à leurs prétentions. Les Bouillon, les Rohan, les Soubise cherchaient aussi, en se parant du titre de princes, à effaqier les ducs et pairs. Saint-Simon ne les épargne pas plus que les Lorrains
1. On a imprimé dans l'édition Hachette (t. IV^ p. 209) : je répliquai toujùurSf regardanl U roi fixementj etc. Le sens de la phrase est altéré par la transposition de la i^irgule.
dans ses Mémoires, qui sont trop souvent une représaille des souffrances infligées à sa vanité. Le passage , que je viens de citer, révèle l'origine de quelques-unes de ses préventions et met en garde contre ses jugements. Quant à la conversation avec le roi, c'est probablement un de ces morceaux que Saint-Simon écrivait sur-le-champ et qu'il con* servait comme de précieux matériaux pour l'avenir. Il a prévu qu'on pourrait en contester l'authenticité. « II me reste, dit-il à la fin de ses Hémoires S une observation à faire sur les conversations que j'ai eues avec bien des gens, surtout avec monseigneur le duc de Bourgogne, M. le duc d'Orléans, M. de Beauvilliers , le duc du Haine une fois, trois ou quatre avec le feu roi (Louis XIV), etc. Il y en a de telles ', et en nombre, que je comprends qu'un lecteur qui ne m'aura point connu sera tenté de mettre au nombre de ces discours factices que les historiens ont souvent prétés du leur à des généraux d'armée, à des ambassadeurs, à des sénateurs, à des conjurés, pour orner leurs livres. Mais je puis protester, avec la même vérité qui jusqu'à présent a conduit ma plume, qu'il n'y a aucun de tous ces discours que j'ai tenus et que je rapporte, qui ne soit exposé dans mes Mémoires avec la plus scrupuleuse vérité, ainsi que ceux qui m*ont été tenus. »
Saint-Simon n'a pas manqué de mettre en scène dans ses Mémoires le grand écuyer, dont nous avons vu le portrait, et il a profité habilement de cette circonstance pour faire ressortir l'antipathie qui éclatait entre les maisons de Lorraine et de Bourbon même à la cour et jusque dans le palais de Louis XIV. Le passage où il raconte la brusque sortie du grand écuyer contre une princesse de la maison de Bourbon, a besoin de quelques explications. On y voit figurer la grande-duchesse de Toscane, fille de Gaston d'Orléans et de