Journal d^OUvier d^Ormeuon, t. Il, p
bkssé Louis XIV en lui adressant une lettre où il déclarait que les injustices et les persécutions du roi l'avaient forcé de quitter la France et de renoncer au titre de Française La cour poursuivait, dans Fargues et Saint- Aunais, les derniers débris de la Fronde. L'intendant Machaultse montra Tinstrument docile de ses vengeances : < Chacun, écrivait Olivier d'OrmessonS a renouvelé à cette occasion les anciennes histoires de penderies de H. de Machault, et dit que celui-ci ne dégénérera point d'un nom si illustre. * Quoi qu'il en soit de la culpabilité ou de l'innocence de Fargues, Saint-Simon, en imputant à Guillaume Lamoignon le supplice ordonné par Machault, a manqué à la vérité.
CAUSES QUI ONT PORTÉ SAINT-SIMON 1 ATTAQUER LE PREMIER PRÉSIDENT DE LAMOIGNON.
Il faut maintenant rechercher, dans la vie et les relations de Saint-Simon, le motif qui Ta porté à inventer, ou du moins à accepter aussi légèrement de pareilles calomnies. Le supplice de Fargues avait eu lieu, en 1665, dix ans avant la naissance de Saint-Simon. Le premier président de Lamoignon était mort, en 1677, lorsque le futur historien n'avait encore que deux ans. Mais il avait laissé des Gis, que Saint- Simon a connus et qu'il n'épargne pas. Eu 1709, il parle ainsi de la mort du Qls atné du premier président' : « Lamoignon, président à mortier après avoir été longtemps avocat général, mourut en même temps. Il était fils atné du premier président de Lamoignon, et frère du trop fameux Bâville, intendant de Languedoc. Mais B&vilie * était à lui, où il avait
2. Journal d'Olivier d*Ormesson, %, U, p. 322. Voy. aussi OEuwes de Louis XIV (édition 1806), t. U, p. 1»3. — 2. Journal, t. U, p. 340.
4. La terre de Bâville ou Basville est située dans le département de Seine-^t-Oise, arrondissement de RambouiUeL
tani qu'il pouvait force seigneurs de la cour quelques jours pendant les vacances, et toujours le célèbre père Bourdaloue. C'était un homme enivré de la cour, de la faveur du grand et brillant monde, qui se voulait mêler de tous les mariages et (le tous les testaments, et h qui, comme à tout Lamoignon, il ne se fallait Oer que de bonne sorte. Il avait cédé sa charge à son fi!s, que le tlls de celui-là possède encore, qui, en tout, ont bien moins valu même que celui dont il 8*agit. >
Saint-Simon a trouvé moyen de stigmatiser dans ce passage trois générations de magistrats ses contemporains : Cbréti<'n*François de Lamoignon, mort président t mortier en 1 709, son fils Chrétien de Lamoignon qui avait été pourvu de la charge de son père dès 1707 et qui se démit en 1716 en faveur de son fils Chrétien-Guillaume. L'attaque qu'il lance contre ces magistrats n'est appuyée d'aucune preuve; elle atteste simplement l'antipathie de Saint-Simon contre la famiHe de Lamoignon, une des plus illustres du parlement de Paris, et une de celles qui avaient résisté aux ducs et pairs dans la question du bonnet, que Saint-Simon regardait comme une affaire capitale*. Les Lamoignon étaient encore coupables d'un autre crime aux yeux du vindicatif historien. Ce fut à BÂville chez le président de Lamoignon que se retira le précepteur de Louis XV, le prudent Fleury, au moment de l'arrestation du maréchal de Villeroi*. L'amitié de Fleury pour les Lamoignon suffisait pour rendre cette famille odieuse à Saint-Simon, et l'historien, dans .sa haine, n'a pas hésité à recueillir les anecdotes inventées ou altérées par Lanzun pour flétrir un des chefs les plus honorables de la magistrature, le premier président Guillaume de Lamoignon. Toute la pensée de Saint-Simon se résume dans cette phrase ob il s'efforce de couvrir d'infamie deux noms véné-