Mémoiru de Sain^-Simon^ tome VUJ, p
516 EXAMEN CRITÏQDE
bataillons. Roquelaure, qui n'avait pas voulu «'étirer les troupes qui contenaient le Yivarais et les Gévennes, coonit à Cette avec B&ville et trente hommes avec eux. Ils trouvèrent que les ennemis s'étaient aussi emparés d'Agde, dont les habitants pouvaient les en empêcher, seulement eo fermant leurs portes. Le duc de Noailles accourut lui-même à temps avec des troupes, qui fort aisément chassèrent les ennemis du port de Cette, l'épée à la main, en tuèrent trois ou quatre cents, en prirent une centaine et quantité se noyèrent en se rembarquant à la hâte. Le duc de Noailles avait amené mille hommes et huit cents chevaux. Les ennemis avaient débarqué trois mille homities à Cette ou à Agde qu'ils abandonnèrent, et sans aucun dommage. MM. de Noailles et de Roquelaure n'y perdirent que deux grenadiers. >
Ce récit nj donne pas une idée de l'alarme que la descente des ennemis causa en Languedoc ni du service que rendit en cette circonstance le duc de Noailles. Les lettres de Mme de Maintenon et deB&ville, intendant de Languedoc, présentent cet événement sous un tout autre aspect. Mme de Maintenon écrit au duc de Noailles le 5 août 1710 : < Que ne puis-je vous dire, mon cher duc, sur ce que vous venez de faire? vous avez rendu un grand service à l'État, vous avez fait un extrême plaisir au roi, vous acquérez une réputation qui est le plus grand bien des héros, vous avez ravi tous vos parents, vous avez consolé ma vieillesse, vous avez rempli mes espérances, vous m'avez ôté la confusion d'estimer si sérieusement un si jeune homme ^
< Le roi vous sait bon gré de ce que vous avez fait et se félicite de l'avoir deviné ; il admire votre diligence et celle de vos troupes; mais ilftvoue qu'il ne peut comprendre celle de votre canon. Vous savez qu'il est juste et point flatteur. Le peuple de Paris dit que, si vous êtes arrivé le jour que Ton
1. Le duc de Noailles avait, À cette époque, trente-deux ans.
marque, le diable vous a porté. Admiré ici, là vous passez pour magicien K »
L'intendant de Languedoc, le célèbre LAmoignon de BÂville, louait avec enthousiasme la conduite du duc de Noailles. Il écrivait à Mme de Maintenon le 1" août : < M. le duc de Noailles nous promet un grand général; il entre dans des détails infinis; il communique son application et son activité à tout ce qui reçoit ses ordres. Voyant d'abord tout ce qu'on peut voir, il prend vite son parti; les troupes l'adorent et feront toujours sous lui avec joie ce qu'elles ne feraient pas sous un autre sans murmure ; mais il loi sera bien difficile de rendre à l'État un service plus iraportant que celui qu'il vient de rendre à cette province. Des officiers prisonniers m'ont dit aujourd'hui qu'ils ne s'étaient embarqués dans ce projet que sur l'assurance d*ôtre soutenus par plus de vingt mille hommes qui devaient les joindre. C'est ce qu'il a prévenu par cette marche si vive et si extraordinaire, dont vous ne pouvez bien juger dans l'éloignement. >
Saint-Simon qui, comme on le verra plus loin, n'aimait pas le duc de Noailles, a glissé sur ces événements de manière à en dissimuler toute l'importance. Les lettres de Mme de Maintenon et de l'intendant Bâville rétablissent la vérité.
Il ne sera pas non plus inutile de comparer les lettres de Mme de Maintenon ' avec le passage des mémoires de Saint- Simon' où il est question de Jeannette de Pincrë ou de Penchrée (plus exactement de Penchrech). Cette jeune fille, que Mme de Maintenon avait recueillie par pitié devint dans la suite demoiselle de Saint-Cyr, charma par sa vivacité et sa
1. Trots jours avaient suffi pour transporter de Perpignan à Cette douze pièces de canon et mille grenadiers. Après s'être reposés quelques heures, ils attaquèrent Tennemi et lui eolevërent les positions de Cette et d'Agde. Voy. une lettre de Louis XIV au duc de Noailles, en date du 4 août 1710, dans les OEuvres de Louis XIV, t. IV, p. 208.
!2. Voy. dans les Lettra histùrûpies et édifioÊUegf t. H, p. 366-^69, lettre et note.
gaieté les ennai^ et la solitude du roi, épousa M. de YiUefart et fut désignée sous le Dom de Mme d'Ossy ou d'Haussy '. Saiûl^Siaion laisse percer des soiipçôns malveillants en par* lantde cette jeuue personne: < Mme deHainteDoo, ellemême, commença à lui trouver trop d'esprit et de jugement, et que le roi s'y attachait trop. La crainte et la jalousie la déterminèrent à s'en défaire honnêtement par un mariage, etc. « M. Théophile Lavallée * repousse ce qu'il appelle les affirmatÙMU odieuses de Saint-Simonj et dit que Mme de Maintenon continua à être pour Jeannette une véritable mère. On voit, en effet, qu'en 1711, au moment où la petite vérole sévissait cruellement à Versailles, Mme de Maintenon retenait à Marly Jeannette de Pincré, quoiqu'elle fût déjà mariée, et prenait le plus grand soin de sa santé *.
Ailleurs, M. Théophile Lavallée, qui n'épargne pas les mots un peu vifs dans ses critiques, traite de conte obturdeleTédi que fait Saint-Simon * des moyens employés par la duchesse de Lude pour parvenir au poste de dame d'honneur de la duchesse de Bourgogne. Il semble, en effet, d après les lettres de Mme de Maintenon *, que ce fut par des motifis tout diffférents que Mme de Lude fut choisie. « On nous mande, écrivait-elle de Fontainebleau, le 25 octobre 1696, que la princesse de Savoie* ne déplaît pas. Yoid le compliment qu'elle a fait à la duchesse du Lude, sa dame d'honneur: < Je voudrais, lui dit-elle, que vous eussiez été ici quand maman m'a parlé de vous, pour entendre le bien qu'eUe m'en a dit. »
J'ai déjà parlé de la correspondance de Mme de Maintenon avec la princesse des Ursins \ Elle mérite d'être comparée