‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 277 sur 328 · LA PRINCESSE PALATINE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE PALATINE

Correspondance de la princesse palatine (Elisabeth-Charlotte de Bavière;, duchesse d'Orléans. — On peut remarquer quelques analogies entre ses lettres et les mémoires de Saint-Simon. — Ressem-

542 EXAMEN GHITIQOË

blances et différences dans le récit de Fempoisonnement de Madamt (Henriette d^Angletere). — - Différence complète entre les lettre^ de la Palatine et les mémoires de Saint-Simon dans le récit deTei}trevue de cette princesse avec Mme de Maintenon après la mon du duc d'Orléans (1701). — Le récit de Saint-Simon est plus vraisemblable.— Bruits sur les accaparements de blés en 1709 accueillis par Saint-Simon et la Palatine ; différences dans leur récit. — La Palatine accuse Mme de Maintenon de ces accaparements; Saint-SinM)n s'en prend à d'Argenson et à Desmarèts. — La Palatine croit, comme Saint-Simon, à Tempoisonnement de Louvoie: elle insinue que Mme de Maintenon n'y a pas été étrangère. — Réserve du langage de Saint-Simon comparé à celui de la Palatine.

Les lettres de la duchesse d'Orléans, écrites pendant la dernière partie du règne de Louis XIY, embrassent à peu près la même période que les mémoires de Saint-Simon*. Elisabeth-Charlotte de Bavière que le duc d'Orléans , frère de Louis irv, avait épousée en secondes noces, fut une des figures originales de la cour du grand roi. Rude et rogue, restée Allemande au milieu des Français, pleine de morgue aristocratique et vivant par la pensée au milieu des palatins

1. On est loin d'avoir toutes les lettres de cette princesse, qui écrivait des volumes à ses parents d'Allemagne. Wolfgang 'Meozel , surnommé le Gallophage^ publia, en 1843, un extrait de cette vaste correspoodaiioe sous le titre de : Briefe der Prinsessin Elixabeth-CharloUe von OrkoM <tn die Rcmgrafin Louise (Stuttgard, 18A3, 1 vol. in-8). Cet extrait se compose surtout des passages qui renferment des anecdotes graveleuses et le plus souvent suspectes. On y reconnaît le Gallophage, qui a voulu présenter la société française de Tépoque de Louis XIV sous un aspect odieux ou ignoble. M. Bninet, de Bordeaux, a publié une traducntMi de ces lettres, avec des notes (Paris, Cbarpentier, 18ô5, 2 vol. iD'!8). En 1861, M. Léop. Ranke a joint au cinquième volume de son Histoire de France pendant le seizième et le dix-septième siècle de nouveaux extraits de la correspondance de la princesse palatine, et M. A. A. Rolland en a pahiié une traduction française sous le titre de Lettres inédites de la princesse palatine (Paris, collection Hetzel, 1 vol. in-18). Le choix de M. Ranke est plus historique que celui de Menzcl. On y trouve toujours une princesse entichée de sa noblesse et de sa nation , haïssant Mme de Maintenon, d'Effiat. le chevalier de Lorraine, etc. Mais les détails cyniques sont rares, tandis qu'ils abondent dans le recueil de Menzel.

DES MÉMOIRES DE SAINT-SIMON. bk'S

ses ancêtres, elle se vengeait d'une cour trop polie et trop raffinée par des injures grossières qu'elle ne cessait d'écrire à ses parents d'Allemagne. Malgré le dégoût qu'inspirent trop souvent les extraits de cette correspondance, on est porté à excuser une princesse étrangère, de mœurs pures, qui se trouva jetée dans la cour peu édifiante de Saint-Cloud. Le chevalier de Lorraine, d'Effiat et des dames qui valaient ses favoris du duc d'Orléans inspirèrent à la fîère et rude Allemande un profond dégoût pour une nation qu'elle jugea par l'entourage de Monsieur. Je ne prétends pas excuser les grossièretés de la Palatine ; je cherche seulement à les expliquer.

Entre cette princesse et Saint-Simon il y a des rapports de haine et de sympathie. Tous deux détestent les bâtards de Louis XIV et Mme de Maintenon. Tous deux sont pleins de morgue aristocratique. La duchesse d*Oriéans aime Mme$ 4e Beuvron et de Clérambault, et c'est probablement par elles qu'elle est informée d'une multitude d'anecdotes qui remplissent ses lettres. Saint-Simon, qui connaissait aussi cas dames et les fréquentait, les représente comme des personnes spirituelles et dont la mémoire riche en souvenirs s'épanchait avec quelques amis^ Il était du nombre, et dès lors on ne doit pas s'étonner de trouver souvent les mêmes détails dans ses mémoires et dans les lettres de la Palatine.

Cependant ce3 deux personnages ne s'épargnent pas toujours. La Palatine, qui était vive et brusque, ne ménagea pas Saint-Simon, lorsqu'elle le vit disputer le pas au prince des Deux-Ponts, qui était, comme elle, de la maison palatine. Elle lui lâcha une de ces boutades qui désarçonnent les plas intrépides. Saint-Simon en fut démonté*. Ailleurs elle se moque de la furie du petit duc s'indignant de la débonnaireté du régent*. De son côté Saint-Simon ne se fait pas faute de

Page 1