‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 318 sur 328 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

IDÉES POLITIQUES ET LITTÉRAIRES DE SAMiTTSlMO?^,

Caractère des idéos politû^ues de Saiif t^^iipoQ. ^ fl abouMt' ^ uri aveu dHmpuissance — Saint-Simon explique les priuucipajix évé . nements du règne de Louis XÏV par de petites. causes. — Ses âppréoiÀtiond Httéraires sont mcorapTète^'et Souvent erronées.

La critique est en droit de demander à'un historien l'intelligence des systèmes politiques, des causes qui ont amené les, principaux événements et des productions littéraires où se, reflètent les idées dominantes d'une époque et l^opinlon qui en définitive mène le monde. Saint-Simon remplit-il ciss conditions? Je ne le pense pas. Ses idées politiques sont va-, gués ou inadmissibles; son explication des causes est incomplète et souvent erronée, enfin Thistoire littéraire figure i peine dans ses mémoires.

Pour les théories politiques, on est en droit de se moi^- , trer sévère à l'égard d'un historien qui a critiqué avec autant d'amertume le gouvernement de Louis XIV. Saint-Simon a a en horreur les secrétaires d'État, qui personnifient à ses yenx la tyrannie de la bourgeoisie ^ Il poursuit de ménie lés intendants*: il aurait voulu détruire ces instruments créés par Richelieu pour faire exécuter partout la [volonté royale. L'autorité monarchique, ainsi désarmée, n'eût plus été qu'un fantôme. Qu'eût mis Saint-Simon à la place de

1. Mém, de SaitU-Simon, i. II, p. 257; t. V, p. 317; t. XIII, p. 161. elc. r Ibid., t. VIL p. 340-341.

68S ' EXAMEN CRITIODC

eetta pnîBSaBoe qui amit tout ahlorbéi II ne Toulait pas ée& états fénàrrax. C'est à peine s'il accordait au peuple le droit de bore entendre ses doléances : « H est trop instroit, dit^ii en parlant du duc de Bourgognes pour ignorer que ce corps .des états généraux, tout auguste que sa représentation le rende, n'est qu*an corps de plaigmnts^ de remoturaiiis» et quand il plait au roi de le loi permettre, un corps de propoionts. »

La royauté et la bourgeoisie écartées, que restaitnlf Lan<h blesse, et dans cette noblesse les ducs et pairs. Saint-Simon remonte vers un passé imaginaire, et dont il s'efforœ vainement de trou^^ des traces dans Tbistoire. U eât voulu organiser me monarchie léedale, où le roi» réduit à vm rb\e passif, eût assisté au gouvernement de la haute aristocratie. Les grands du royaume auraient formé une hiérarchie ou les -gentilshonmies et les seigneurs auraient oocupé le second rang, lùen au-dessous des ducs et pairs, mais fort au-dessus de la bourgeoisie et du pei4>Ie relégués au bas de Téchelle sociale. Telle était la conception politique dont se nourrissait.Saint-Simon au moment où paraissaieni les Leurts ^rsûfifiM^ el où les saturnales de la régence achevaient de mi- •mr Taucienne société. Tout tendait à la démocratie, et la lutte engagée par Saint-Simon contre les entraînements du dfx-buitième siècle devait aboutir à un triste aveu d'impois^ isance«

Après avoir retracé ses efforts pour faire prévaioir .sous ia irégence ses idées politiques, il avoue sa défaite ^ : « Celle occasion m'arrache une vérité que j'ai reconnue pendant que j'ai été dans Ici conseil, et que je n'aurais pu croirû, si une triste eipérkn^e ne me l'avait apprise^ c^ que tout bkn à faire est impossible \ si peu de gens le veulent de bonne foi^ tant d'au-

2. Saint-Simon ^crit à la marge de son manuscrit : Tout bifn impossible •n Ffwice.

DES MÈUOIBlBS DB SAUTT- SIMON.

M&'Ott' iliv'ilitérét cxmtrafare i cdiaqiie'8ôrl&^;faiar^taii peilt se piroposefrr Oeoi qui le désirent ignorentlet^antotHi^ sans ifoûi rien ne réussit, et se peuyent parer auiiadreBseaiii auorédit qu'on leur oppose, et ces adressest appuyées de tout le crédit des gens de maniement supérieur et d'astarilé i lellement multipliées et ténébreuses, ^e (oui le bien ] ble à foire a<vx)rte nécessaîrementtoujours.^ette afiBigesule vérité, et qui sera toujours telle dans un gouiwnnBttVt eoDune 16060*6 depuis le eardaial MaiariB', deiîent infiniment eonsolaoCe pour eeui (fpi sentent et qui pensent, et q«î n*ont plus à se mêler ée lAeB. »

Ainsi Saint-Simon, tout en reconnaissant l'impuissanfle de ses théories politiques j ne s'en prend qu'au maaTOîs viMhloir des dépositaires de l'aulerité. En générd il^^ique ks grands événements par les petites eau9es<. loi il attritms aut passions des Itommes les obstacles que rcoiooim^îent eas idées rétrogrades. Ailleurs% il ne chareke la cause da^la guerre qui éclata, en 167â, entre k France et fa iloUafiiie que dans la jalousie de Lonrois contre Golbert* il ne Usai compte ni de TantagOBisme politique et religieux entre las deux pays ni de l'irritatioB qu'avait causée à Louis XIV la triple alliance de la Haye, par laquelle la HollaaAe «mit affrété les conquêtes de ce prince dans lès Pay»»Bas« iVwt se né^ duit pour Saint-Simon k une rivalité de ministres^ « fie Tellier, dit-il, et Louvois son fils, qui avaient le département de la guerre, frémissaient des aueoèsetdu crédit^de CMtort, et n'eurent pas de peine à mettre «e tête au rai twe fluerne nouvelle, dont les succès causèrent une telle frayam* à l^fiu^ rope que la France ne s'en a pu remettre, et q^ppèajifiték pensé succomber longlempsdepuis, elieeo aenliri;)aBigteiii|M le poids et les malheurs. Telle Ait la véritable cause de eeCle

1. On a vu plus haut, p. 209 et suiv., combien était peu fondée l'accusation, sf>u vent re[»r(j(Iuite par Saint -Siïfioft contfp Waw»rfn, d'hyoir in rente la forme de gnnvemement qui pesait sur lu France.

Lo guerre de 1688, où Louis XIV eut encore à liitte?r con- Mrè flfië' ëôàlitfc'n 'eûW|)eéftVie, '«'èxpliqûié également, '[tour âifîifli-Sîttdfl ; pïip tfilè*ftne(îdbté àé t^ôtrH/ll ne • s*Jttqtrtéie ^rii aë'ltt^TÔV^ïdtoh^'Ilnglêteî^e, quî, en préèîîphànt'dufrîJne l€?s Blu&k*te, (ion'nrfttinCerttTPe'puîsiàarit elun'thcf 'hkbîlëatix 'ërittfeîAÎB éé Loiïrt XÏV; ni du déthafnémetit de ITEUroi^e ptolésfàftl^'^prdlrôciuéVàr lia révocation ' de l'édît de Nkfatès. feWÂteWtotë ae-Tribnon suffit 'pour' tout explique!*.' ^^La 'giiè^Hè de W8é,^it*'fl'^, eût une étrange oirîgîtfe, dont ràttec- *dbte,Tég'aieiïieftt'cèi-t«tihé*éttuHeude, est si propre à cat*ac- •térWer^è r6^'ef LouVois son ministre, qu'élte doi< tenii* placé 'tel.'Lôrfvdis/à la înort''*èGolbert,'avàitteula surintfenàance 'dfe^iâttoents. te petit Tfiarion de pôrcelaîtte,'fait à^i(^efols peut Mme "dé Mbntéspan, ennuyait le roî, qui vioulaït partoiit^dei* pfeilai». Ils'amusait fort à ses bitimenlô. H a^alt 'éùsfelle'^dttïpaé dans l'oeil pour la justesse, les ppo^ortîcrtw, la symétrie; mais le goût n'y répondait pas. Ce thdtéau ne ^flflsaît^pf esqûe que sortir de terre, lorsque le toi s^a^ierçut fftttf d^Mùtèune crcwsée qui s'achevait de former, tfan's la ^rigueur' Bu 'rez-de-(*aussëe/ Louvoîs, qtiî riaturéWénient ^«taiybAtér,Metde'plt)» gâté '^jusqu'à ^OutfHr difflclléùfent 'ti*éti'e "repris par son mtfftre,'dîspiita fort et ferme, et rtaîntitit^que la cnoisée était bien. Ce foi tourna le dos et s'alla promener ailleurs dans le bâtiment. ' «Le lehdemaîn îr trouve le Nôtre, bon architecte,* maïs ''Kb^x par le goûl des jattfins qu'il à commencé à fntroduire en France, et dont il a porté la perfection au pïuS Haù t point. Le roi lui demanda s'il avait été à Trianon. Il répondit que non. Le leodemaîîr même question, même réponse ; le jbur tf après autant. Lé roî vit bien qûll n'osait slexj^ser ' à^rotiver qu'il eût tort ou à blâmer Lôuvois. Il se fâcha et

\. "itémp^'f^sdê Sàint-^h/nôïi , t. Kll, p. 393.

DES MÉMOIBfS DS SMN^-SIMON. 6U

lui ordonna àe se. trouver le IaD4emqia,à Trjappn .}(¥r4qvi'il irait, et où il ferait trouver Louvoîs aussi. Il n'y eMt piMs moyen de reculer.

< Le roi les trouva le leodemain loif» deux! TriaQQQ. Uy fut d'abqrd question.de la fenêtre. Louvois disputa;- le fl^d^ tre De disait rien» Enfin le roi lui ordonna d'aligmPf d^n^ftsurer et de dire après ce qu'il aurait trouvé. Taudis qu'il y travaillait, Louvois, en furie de cette vérification, pondait tout haut et soutenait que cette fenêtre était en tout MreiUe aux autres. Le roi se taisait et attendait, .mais il soufl^rà* Quand tout fut bien examiné, il demanda au Nôtre œ q^'il en était, et le Nétre à balbutier. Le roi se mit en o^re, et lui commanda de parler net. Alors le Nôtre avoua que le rpi avait raison et dit ce qu'il avait trouvé de défaut. Il n'eut pas plutôt achevé que le roi, se tournant k Louvoisi lui dit qu'on ne pouvait tenir à ses opiniâtretés, que^ sans la sienne à lui, on aurait bâti de travers, et qq'il aurait fallu tout abft^tire ILUssitôt que le bâtiment aurait été achevé. Ka un mot, il iui lava fortement la tète.

< Louvois, outré de la sortie et de ce que courtisans, on* vriera et valets en avaient été témoins, arrive chex luîfui;ieQ|X. Il y trouva Saint- Pouange, Villacerf, le chevalier de Mogeol, les deux TilladeC, quelques autres féaux intimes,, qui furent bien alarmés de le voir en cet état. Cai estfaUf leur diHI» jt suis perdu avec le roi^ à la façon dont il uient de mt irnii^r pour une fenêtre. Je ri ai de ressource qu'vm guerre qui k 44^ tourne de sesbdlimerUs»el qui vie rende nécessaire^ et par**.* il (aura. En effet, peu de mois après il tint parole, et malgfé le roi et les autres puissances il la rendit générale. »

L'anecdote peut être vraie dans son ensemble, quoique plusieurs circonstances, et entre autres le discours prêté à Louvois soient bien peu vraisemblables. Il est possible que l'ambition duministre ait profité, pour allumer une guerre qui embrasa l'Europe, des haines et des rivalités qiie la ré-

MS BXÂMBII CRITIQOB

foeitkm de Tédit de Nantes et la rét^rinHoii d'Angleterre ttaient acettmilées. Mais confondre Toouision accideaMle aY6o les causes profondes des bouleversemenis poiîliqttei, c'est faire preute d^esprîtsuperDciel et de vue bofn4e« Saint- Simon ne s*est presque jamais élevé aus principes générsoz des événements. Il s'en tient aux passions des hounneset à leurs intérêts. L'Iiisloire des idées^ qui a une influence si diécîsive sur la poUtiquei lui échappe également. St cepen^ dant ett-U possible de retracer Tfaistoire de Louis XIV sans i'oocuper des principes qui ont dominé son époque, et surtout de la Ulfératore, qui ibd a été la manifestation la plus brillante t

Saint'-Simfm senibie è peine avoir entrevu ce monde des idées. Il en a subi, à la vérité, l'influence dans la preitaière partie de ia vie^ qui correspond à la ûù du r^gne de Louis XIV< La protestât ion .qui s'élevait de toutes parts coi»- Ue le despotisme de ce prince, a trouvé un écho dans ses mémoires. Sans pouvoir nettement caractériser la forme de gouvernement qui lui semble préférable, il réclame les libertés ou plutôt les privilèges de l'aristocratie, et surtout il combat le gouvernement absolu de Louis XIV. Il est d'aceord^ à ce point de vue, avec Vauban, BoulainvilUera, JTémlon. le duc de Bourgogne lui-mém^. Quant à la littérature proprement dite, il en parle rarement^ et ses opinions sont parfois étranges. Il est plein d'admiration pojur Scarron; ii vante** cette rare fécondité et la plaisanterie du meilleur gpûl qu'on admire dans ses ouvrages. > Un pareil jugement mérite d'être cité. Salnt^-Simon, comme on te voit, sent rn tout son vieux temps; malgré sa mori^ue arisr tôcralique^ il aime la plaisanterie salée et même g^ssière. Il se reporte volontiers au temps de Louis XIIl ou même au seizième siècle.

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