Louis TII de Bourbon
3. Saint-SimoQ avait soutenu uu procès contre cette dame, qui était dame d'honneur de la princesse de Condé, et protégée par M. le Duc, fils de cette princesse.
de Chamillard, de Vendôme, de Mgr le duc de Bourgogne, j'évitai ici avec le même soin de lui nommer Mme la Duchesse, sa fille*, pour en mieux tomber sur M. le Duc. Je dis donc au roi que je n'entrais point dans le fond de l'affaire de Mme de Lussan pour ne l'en pas importuner, mais que le chancelier et tout le conseil, M. le premier président et tout le parlement, où elle avait été portée, en avaient été indignés jusqu'à lui en faire de fâcheuses réprimandes; que cette femme m'ayant attaqué partout et par toutes sortes de mensonges , j'avais été contraint de me défendre par des vérités, poignantes à la vérité, mais justes et nécessaires; qu'avant de les publier j'avais supplié'M. le Prince* d'en entendre la lecture ; que je la lui avais faite, et qu'il avait trouvé bon que je les publiasse ; que je n'avais jamais pu approcher de Mme la Princesse* ni de M. le Duc; qu'il était étrange qu'il s'intéressât plus dans l'affaire de la dame d'honneur de Mme la Princesse que M. le Prince même, lequel avait fort gourmande Mme de Lussan là-dessus ; qu'enfin Sa Majesté trouvait bon que ses sujets eussent tous les jours des procès contre elle, et qu'il serait étrange qu'on n'osât se défendre des mensonges de Mme de Lussan, dont la place serait plus que la première du royaume, si elle lui donnait le droit de plaider et de mentir sans réplique. J'ajoutai que M. le Duc ne me l'avait jamais pardonné depuis, qu'il n'y avait point d'occasion où je ne m'en fusse aperçu , et que c'était une cb'ose horrible que moi, absent naturellement et à la Ferté comme je l'avais accoutumé à Pâques, et sans savoir M. le Prince en état de mourir, M. le Duc eût dit à Sa Majesté, sur l'affaire des manteaux \ que c'était dommage que je n'y fusse et que je me donnerais bien du mouvement.
1. Le duc de Bourbon avait épousé Mademoiselle de Nantes (Louise-Françoise de Bourbon), fille naturelle de Louis XIV.
2. Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, père de M. le Duc.
3. Aune de Bavière, princesse de Condé, mère de Louis II de Bourbon. A. Il s'agissait des manteaux que Ton devait porter aux funérailles des
princes du sang.
DE SAINT-SIMON. k%
« Le roi, qui m'avait laissé tout dire, et sur qui je remarquai que j'avais fait impression, me répondit avec l'air et la façon d'un homme qui veut instruire, qu'aussi je passais pour être vif sur les rangs, que je m'y étais mêlé de beaucoup de choses, que je poussais les autres et me mettais à leur tête. Je répondis qu'à la vérité cela m'était arrivé quelquefois, et qu'eu cela même je n'avais pas cru rien faire qui lui pût déplaire, mais que je le suppliais de se souvenir que, depuis TaiTaire de la quête S dont je lui avais rendu comple, il y avait quatre ans^ je n'étais entré en aucune sorte d'affaire. Je lui remis en deux mots le fait de celle-là, et sur ce que je lui dis que j'avais eu lieu de croire qu il en avait été content, il en convint et m'en dit des choses, de lui-même, qui me montrèrent qu'il s'en souvenait parfaitement. Sur quoi je ne manquai pas de lui dire que la maison de Lorraine ne l'avait pas oublié, et n'avait cessé de me le témoigner depuis. Revenant tout de suite d'où je m'étais écarté, j'sgoutai que c'était bien assez de ne m'être mêlé de rien depuis quatre ans, pour que H. le Duc, à qui je n'avais jamais rien fait, ne fit pas souvenir de moi dans un temps d'absence où je ne pensais à rien moins.
« L'air de familiarité que j'avais usurpé dans la parenthèse des Lorrains et en retombant sur H. le Duc, et celui d'attention, d'ouverture et de bonté non ennuyée que Je vis dans le roi, me fit ajouter que j'avais beau n'entrer en rien, puisque dans ma dernière absence, dont j'arrivais, il m'avait été mandé de beaucoup d'endroits qu'on avait extrêmement parlé de moi. > .
Cette audience, qui dépassa toutes les espérances de Saint- Simon, marque une crise favorable dans sa fortune. A partir de cette époque (1710), il fut l'objet d'attentions distinguées et ne tarda pas à obtenir un logement complet au château de Versailles. Il était loin alors d'être poursuivi par la haine