Les revers de Tarmce française eu Flandre
tait arrivé une aventure qui, ayant fait grand bruit contre mon attente, m'avait aussi fait le plus dfi mal; que j'allais l'en rendre juge, afin de lui en demander un très-humble pardon, si elle lui avait déplu, ou que, s'il en jugeait plus favorablement, il vît que je n'étais pas coupable.
« Je savais, à n'en pas douter, qu'on avait fait un prodigieux et pernicieux usap;e de mon pari de Lille*; j'avais résolu de le conter au roi, et j'en saisis ici l'occasion, qu'il me donna belle. Je continuai donc à lui dire que, lors du siège de Lille, touché de l'importance de sa conservation, au désespoir de voir avec quelle diligence les ennemis s'y fortifiaient, avec quelle lenteur son armée se mettait en mouvement, après trois courriers dépéchés coup sur coup portant ordre de marcher au secours, impatienté d'entendre continuellement assurer une levée de siège si glorieuse et si nécessaire, laquelle je voyais impossible par le temps que ces lenteurs donneraient aux ennemis de se mettre tout à fait à couvert de cette crainte, il m'était échappé, dans le dépit d'une de ces disputes, de parier quatre pistoles que Lille ne serait pas secouru et qu'il, serait pris. — MaiSy dit le roi, si vor^s n*avez parlé et parié que par intérêt à la chose, et par dépit de voir qvkeUe ne réussissait pas, il rCy a point de mal, et, au con^ traire, cela rCest que bien; mais quel est cet autre homme dont vous vouliez me parler?
< Je lui dis que c'était M. le Duc*, sur lequel il garda le silence, et ne me dit point, comme il avait fait sur d'Antih, qu'il ne lui avait point parlé de moi. Je lui racontai en peu de mots, autant que je pus, sans rien omettre d'utile, le fait et le procédé de Mme de Lussan*; et comme sur le pari de Lille j'avais soigneusement évité de lui nommer les noms
1. Saint-Simon avait parié publiquement que la ville de Lille ne serait pas secourue par Vendôme.