CHAPITRE IV
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Saint-Simon décide le duc d'Orléans à rompre avec Mme d'Argenton (1710). — Il prépare le mariage de la fille du duc d'Orléans avec le duc de Berry, et il réussit à le faire conclure. — La duchesse de Saint-Simon est nommée dame d'honneur de la duchesse
1. Voy. la lettre de la duchesse de Saint-Simon, t. V, p. 366 du recueil des Lettres de Mme de Maintenon (édit. de 1756, 7 vol. in-18).
de Berry (1710). — Mort du Dauphin fils de Louis XIV (1711); joie qu'en éprouve Saint-Simon. — Son crédit auprès du nouveau Dauphin. — Mort du Dauphin et de la Dauphine (1712). — Découragement de Saint-Simon qui veut abandonner la cour. — Mort du duc de Chevreuse (1712). — Mort du duc de Beauvilliers (1714). — Saint-Simon n'a plus d'amis dans le conseil ni auprès du roi. — ^ Bruits odieux répandus contre le duc d'Orléans (1714). — Progrès des bâtards, qui sont déclarés aptes à succéder à la couronne. — Saint-Simon rompt ouvertement avec le duc du Maine. — Il devient le principal conseiller du duc d'Orléans (1715). — Mort de Loais XIY.
Une des circonstances qui contribuèrent le plus à grandir la position de Saint-Simon à la cour de Louis XIV, en 1710, ce fut sa conduite avec le duc d'Orléans. Ce prince, mal vu du roi et de Mme de Maintenon, accusé de conspiration en Espagne et de débauches honteuses en France, courait à sa perte. Saint-Simon lui était resté tidèle dans sa disgrâce. Il sefTorça de le relever moralement en le décidant à rompre avec sa maîtresse, Mme d*Argentbn % et à se rapprocher de sa femme, fille de Louis XIV. Le duc d'Orléans résista longtemps, mais enfin il se décida à suivre ces sages conseils*. La rupture du duc d'Orléans avec Mme d'Argenton fut justement attribuée à l'influence de Saint-Simon, qui s'en défendit vainement', et rien ne contribua plus à lui gagner les bonnes grâces du roi et de la duchesse d'Orléans ^
Ce succès inspira à Samt-Simon la pensée d'affermir le crédit du duc d'Orléans en mariant sa fille aînée avec le duc ' de Berry, petit-fils de Louis XIV •. Les obstacles étaient nombreux et redoutables ; mais rien n'arrêta Saint-Simon, et c'est surtout dans cette circonstance que l'on doit remarquer son habileté, sa connaissance profonde des partis qui divisaient la cour, son adresse pour profiter de leurs passions et de leurs intérêts et faire concourir au succès de son plan
I. Voy. Mémoirti, t. Vil, p. 440-441. — 2. I6îd., t. Vlll, p. 68. 3. Ibid.^ p. 72. - 4. Ibid., p. 74 et suiv. 9. Ibid. . p. 213 et auiv.
les hommes et les femmes du caractère le plus opposé. D trouvait peu de soutien dans le duc d'Orléans, qu'il compare à une poutre immobile, qui ne se remuait que par des efforts redoublés ^ « Moins je vis de ressources à espérer de celui qui y avait le plus grand intérêt, dît Saint-Simon*, plus je m'appliquai à en trouver d'ailleurs et à former et diriger une puissante cabale, et de plusieurs différentes à en faire une seule qui se proposât puissamment le but où je tendais. »
Il fallait d'abord gagner la duchesse de Bourgogne, qui avait la plus grande influence sur le roi et sur Mme de Maintenon. Saint-Simon s'était ménagé des alliées près de la princesse. Deux de ses favorites, la duchesse de Villeroi et Mme de Levi, étaient amies intimes de Mme de Saint- Simon. « La duchesse de Villeroi, dit Saint-Simon', me parut in Animent propre à ce dessein, par une fermeté souvent peu éloignée de la rudesse qui, jointe au bon sens, tient quelquefois lieu d'esprit, et frappe plus fortement et plus utilement des coups que plus d'esprit avec plus de mesure. Elle était depuis longtemps instruite des désirs de Mme la duchesse d'Orléans ; je lui Gs sentir que ces désirs étaient trop languissants, combien il était pressé d'agir avec force, et je suppléai à tout avec grand fruit de ce côté- là. Mme de Levi me parut un autre instrument triplement considérable : elle joignait infiniment d'esprit à une fermeté, qui un peu gouvernée par l'humeur était égale et quelquefois supérieure à celle de la duchesse de Villeroi. Presque aussi mal qu'elle avec Mme la Duchesse \ et dès longtemps bien et ménagée par Mme la duchesse d'Orléans, son intérêt la portait à Mademoiselle*. D'ailleurs sensible au dernier point à
l. Mémoiret, t. vm, p. 219. — 2. Ibid., p. 220.