PRÉFACE. V
arriye*t*il fréquemment d'oublier les dates, de confondre les faits^ de se méprendre sur les personnes. La trempe de son esprit le rendait peu propre aux grandes affaires^ et Ton voit que même sous la régence où il joua un rôle important, il ne connut que très-superficiellement le système de Law et le complot du prince de Cellamare. J'ai d'ailleurs la preuve que plus d'une fois le duc d'Orléans prit plaisir à le tromper par de fausses confidences. Mais ce qui l'égaré le plus souvent, ce soûl ses passions, son fanatisme ducal, ses haines, ses jalousies. Il accueille et amplifie^ sur parole, des sarcasmes sans vérité^ des bruits fabuleux, de méprisables calomnies. Par exemple il se condamne à entasser cent absurdités pour prêter quelque Traisemblance à un mariage imaginaire du cardinal Dubois ^ Quand, aigri par la solitude, il compose son fiel^ tout lui semble bon, pourvu que ce soit méchant, étrange ou scandaleux.... Je ne conseillerais de s'abandonner entièrement à la foi de Saint-Simon que sur les affaires où il a été personnellement acteur désintéressé, et lorsque son ré^ cit est confirmé par des témoignages moins suspects que le sien. »
Ce jugement est sévère, et cependant de nos jours quelques écrivains, entraînés par la réaction contre Saint-Simon et irrités par ses assertions tranchantes^ ont été plus loin. Ils ont attaqué sa probité. Les savants
1. LemoDtey ne s'occupe que de la régence et ne cite que les faits qui la concernent.