‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 56 sur 328 · Ihid., t. X, p · texte numérisé non relu

Ihid., t. X, p

don ^ Enfin du Chesne, principal valet de chambre du duc de Bourgogne, servait d'intermédiaire entre Saint-Simon et le prince pour leurs entrevues secrètes*. On sera peut-être étonné de voir la fierté de ce duc et pair, si glorieux de sa dignité, descendre à de pareils moyens d'information. Mais c*est là un des traits caractéristiques de l'ancienne monarchie : l'omettre serait manquer à la sincérité de l'histoire. Ou*on lise les mémoires du marquis d'Argenson, qui se pique d'avoir été mauvais courtisan, et l'on verra qu'une partie de ses informations vient de Bachelier, valet de chambre de Louis XV.

n est inutile d'insister sur les relations de Saint-Simon avec le duc et la duchesse d'Orléans. II en a été assez parlé dans sa biographie pour que l'on soit persuadé qu'il avait sur ce prince et sa famille les renseignements les plus complets et les plus authentiques. Il mentionne encore, mais en passant, Valincour, « homme d'infiniment d'esprit, qui était un répertoire d'anecdotes •, » et Blansac d'après le témoignage duquel il a fait un récit assez confus de la bataille dHochstedt*.

Saint-Simon comme l'attestent de nombreux passages de ses mémoires, avait l'art d'interroger les personnages dont il pouvait tirer quelques détails curieux ou caractéristiques. Ici c'est le maréchal de Brancas qui lui raconte une anecdote sur la disgrâce de la princesse des Ursins •. Ailleurs Mme de Ghevreuse, fille de Colbert, caractérise par des détails curieux la manière de voyager de Louis XIV •. Le maréchal de Tessé donne des renseignements sur ses relations avec le duc de Vendôme pendant ses campagnes d'Italie '. Amelot, qui avait été ambassadeur en Espagne, fournit une anecdote piquante sur l'origine de la constitution UnigenUus.

1. Mémoires, t. IX, p. IB, 17 et 21. - 2. /Md., t. IX, p. 363 et 385. 3. iWd., t. Il, p. 273. —3. /ftid., t. IV, p. 308. —5. Ihid., t. XII, p. 10. 6. /Wd., t. XIII, p. 47. — 7. /Wd., p. 70.

Saint-Simon s'appuie quelquefois sur le témoignage de son beau-frère le gascon Lauzun. « C'eût été, dit-il *, un trésor des plus curieuses anecdotes, mais il n'avait nulle suite ni application. J'ai souvent essayé de tirer de lui quelques bribes. Autre misère : il commençait à raconter ; dans le récit il se trouvait d'abord des noms de gens qui avaient eu part à ce qu'il voulait raconter. Il quittait aussitôt l'objet principal du récit pour s'attacher à quelqu'une de ces personnes, et tôt après à une autre personne qui avait rapport à celte première, puis à une troisième, et à la manière des romans il enfilait une douzaine d'histoires à la fois qui faisaient perdre terre et se chassaient Tune l'autre, sans jamais en finir pas une. » Cependant Saint-Simon invoque quelquefois les souvenirs de Lauzun, et principalement dans le récit de l'affaire de Fargues. Nous aurons lieu de constater que sur ce point Lauzun l'a fort mal renseigné. Railleur jusqu'à la bouffonnerie, n'épargnant personne même parmi ses proches, Lauzun s'est peut-être moqué de la crédulité de son beau-frère. Peut-être aussi a-t-il brodé sur un fond vrai des ornements de fantaisie. Ce qui- est constant, c*esi qu'un pareil témoignage n'aurait pas dû être accepté aussi légèrement par Saint-Simon.

Et cependant notre historien connaît l'in^portance des sources. Il insiste plusieurs fois sur ce point, et lorsqu*il cite les paroles dé Louis XIV à l'occasion du testament qu'on lui avait arraché, il a soin de rappeler qu'il tient ces paroles, de Joly de Fleury et du premier président de Mesmes*. Il ajoute à leur témoignage celui de M. et de Mme de Lauzun à qui la reine d'Angleterre avait répété les mots prononcés par le roi*.

En résumé, Saint-Simon a été lui-même témoin attentif, cuf'ieux, intelligent, mais souvent partial, d'une partie des événements qu'il a retracés. Pour les autres, il n'a pas né-

1. Mém.y t. XX, p. 65. — 2. /btU, t. XI, p. 175. — 3. Ibid. , p. 176.

gligé les moyens d'information. Son intimité avec les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, avec le chancelier de Pontchartrain et avec les secrétaires d*État Ghamillard, La Vrillière, et plus tard de Torcy, lui a permis de lever un coin du voile qui enveloppait les mystères d'État. L'intérieur de la duchesse de Bourgogne, de Mme de Maintenon et du roi, lui était connu par les dames du palais et le premier chirurgien Maréchal ; le duc et la duchesse d'Orléans, n'avaient pas de secrets pour lui. Quant aux anecdotes qu'il a ramassées chez la maréchale de Rochefort, chez sa fille Mme de Blansac ou dans les entretiens de Lauzun, elles sont beaucoup plus suspectes. En général ces anecdotes se rapportent à des , époques antérieures pour lesquelles Saint-Simon n'a pas eu, le contrôle qu'il trouvait dans son observation personnelle et dans les récits qui provenaient de sources diverses et souvent opposées. La même remarque s'applique aux faits qu'il rapporte d'après le témoignage de son père et qui sont, pour la plupart, faux ou altérés. On doit donc distinguer avec soin parmi les témoignages qu'il invoque ceux qu'il a pp contrôler et qui méritent d'être pris en considération, et les bruits qu'il a recueillis avec trop de légèreté dans les conversations de courtisans firivoles ou passionnés. Nous reviendrons plus loin sur cette distinction qui est capitale dans l'étude des mémoires de Saint-Simon.

Remarquons encore que dans son désir de s'instruire des afEures de la cour, Saint-Simon s'est souvent mis en relation familière et presque intime avec des personnages qu'il n'a pas épargnés dans ses ménioires. On serait presque tenté de l'accuser de manquer de franchise et de droiture, si l'on ne se rendait compte de son désir de pénétrer les secrets des partis opposés. Il est ami du père Tellier, dont il a tracé un portrait odieux. Il sollicite l'appui de Mme de Maintenon pour obtenir une charge de capitaine des gardes, et se ménage des amis dans l'intimité de cette dame qu'il a si cruellement maltraitée. Il vénère les ducs de Chevreuse et de

Beauvilliers et vit en très-bonDe intelligcDce avec leur adversaire, le chancelier de Pontchartrain. Il écrit des lettres amicales au duc de Noailles et consent à unir sa famille à la sienne, ce qui ne Tempéche pas de parler avec horreur et mépris de ce seigneur, et d'insinuer qu'il n'a pas été étranger à l'empoisonnement de la duchesse de Bourgogne. D traite le premier président de Mesmes de scéUraty et il con* sent à le recevoir à sa table et à accepter ses invitations. Ces étranges contradictions pourraient s'expliquer par le génie de l'homme ondoyant et divers; mais je crois plutôt qu*U faut les attribuer au besoin qu'avait Saint-Simon de pénétrer les mystères de la cour, en se metlant en relation avec les .différents partis qui s'y agitaient. ^

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