C'est Touvrage publié par MM. Soulié et Dussieux
travail de réunir quelques-unes des notes dispersées dans les vingt volumes des mémoires.
Lorsqu'il perdit» en 1700, l'abbé de Rancé, il consigna l'expression de ses regrets et de son admiration dans un écrit qu'il n'a pas inséré dans ses mémoires, mais qu'il avait réservé pour les pièces : « Ces mémoires, dit-il*, sont trop profanes pour rapporter rien ici d'une vie aussi sublimement sainte, et d'une mort aussi grande et aussi précieuse devant Dieu. Ce que je pourrais dire trouvera mieux sa place parmi les pièces. »
Parlant en 1708' du caractère de Mme de Pontchartrain, femme du chancelier, il déclare qu'il est trop beau, trop singulier, trop instructif pour le laisser ignorer. Hais comme il tiendrait trop de place dans les mémoires, il renvoie aux pièces. C'est là aussi que Saint-Simon avait placé les documents diplomatiques que lui avait fournis le marquis de Torc> *, les mémoires sur les pairies d'Ëpernon et d'Estouteville^, les détails sur la renonciation du roi d'Espagne, Philippe V, au trône de France ', les renseignements sur la souveraineté à laquelle prétendait la princesse des Ursins % les extraits des mémoires du P. Quesnel contre l'évéque de Fréjus, depuis cardinal de Fleury \ et un grand nombre d'autres recherches historiques.
Saint-Simon avait pris soin de faire copier les registres du maître des cérémonies Dreux-Brézé ', importants pour l'étiquette et les préséances. On voit que di.sposant de notes considérables accumulées depuis longtemps, il fait un choix entre ces matériaux, en renvoie une partie aux pièces justificatives et destine le reste à prendre place dans le corps de son ouvrage.
A l'occasion de l'avènement de Philippe V au irône d'Es-
1. Ménwiresde Saint-Simon, t. II, p. 446. — 2. Ibid, t. VI, p. 289. 3. Ibid., t. VII, p. 113; t. VIH, p. 105. — 4. Ihid., t. IX, p. 64-66. 5. /Wd., t. X, p>340. — 6. /Wd., t. XI, p. 63. — 7. IWd., p. 449. 8. Ibid., t. XIII» p. 234>335.
pagne, il indique les travaui qu'il a faits sur les noms et les armes des principales familles de ce pays. cC'est, dit-il% ce qui m'a donné le plus de peine à bien éclaircir sur les lieux avec ceux qui passaient pour être les plus instruits sur ces matières et sur celles de la grandesse, d'aucun desquels je n'ai été plus satisfait ni plus pleinement que du profond savoir du duc de Yeragua. Je dois encore cette justice aux Recherches historiques et généalogiques d'Iaihof *, qu'elles y sont estimées des connaisseur» et qu'elles m'ont infiniment aplani de difficultés. » Ainsi hommes et livres lui servaient à approfondir les matières qui devaient être traitées dans ses mémoires.
Parmi tous ces travaux préliminaires qui attestent avec quel soin Saint-Simon se préparait à écrire l'histoire de son temps, un des plus considérables fut la lecture et l'annotation du Journal de Dangeau. Ayant appris que le duc de Luynés en possédait un exemplaire complet, il en obtint une copie, et en la lisant, il y ajouta des notes d'un style et d'un esprit qui contrastent singulièrement avec le ton de ce journal. Nous avons aujourd'hui cet ouvrage', et nous pouvons tout à la fois apprécier le jugement de Saint-Simon sur le Journal de Dangeau et les notes qu'il y a jointes. « Dès les commencements qu'il vint à la cour, dit Saint-Simon^, il (Dangeau) se mit à écrire tous les soirs les nouvelles de la ' journée, et il a été fidèle à ce travail jusqu'à sa mort. Il le fut aussi à les écrire comme une gazette sans aucun raison-