‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 95 sur 328 · C'est-à-dire quand il discutait avec un subordonné · texte numérisé non relu

C'est-à-dire quand il discutait avec un subordonné

aplanir; homme terrible et absolu, et qui voulait et se piquait de l'être.

c A quoi il aurait été le plus excellent, c'eût été à être sous un premier ministre ou sotis un roi capable de s'en bien servir et de le tenir de si court qu'il n'eût osé les embarquer en rien, et eût été réduit à Tunique exécution de leurs ordres, ou à proposer des projets de grandes choses, sans avoir le crédit et l'ascendant sur eux de les y faire entrer, qu'autant qu'ils leur auraient paru bons à leurs vues et à la situatioti des affaires. C'est alors que sans avoir aucun embarquement à craindre ni aucuns pièges des vues particulières de M. de Louvois, ils en auraient tiré des secours infinis, qui, outre un soulagement incroyable, auraient fait tout l'honneur de leur administration, et procuré les plus grands et les plus solides avantages. Mais le malheur de la France fut tel que ce grand homme fut employé dans un milieu qui fît le malheur du royaume pour plus d'un siècle. Il travaillait sous un roi jaloux de tout, qui voulait paraître tout faire et qui avait un extrême désir de gloire personnelle. Le département de Louvois était la guerre, et il se trouvait vis-à-vis d'un autre ministre (Colbert), le plus grand génie qui ait peut-être jamais paru en France pour le ministère où il était employé, qui était les finances, le commerce, la marine, les manufactures, les sciences, les bâtiments publics non militaires et les bâtiments du roi. Le frère de ce ministre* avait eu les aflaires étrangères après Pomponne, que Louvois avait aidé à perdre. Lui et Colbert étaient rivaux en tout, et rivaux avec une haine ouverte.

« Tout poussa donc Louvois à abuser du goût du roi pour la guerre : par là, il devenait le mattre de presque toutes les grâces; par là, il épuisait les fonctions du ministère des affaires étrangères; par là, il ruinait, autant qu*il pouvait, la marine et le commerce, qui, s'exerçant loin des yeux du roî,

t. Colbert de Croissy.

ne le frappaient point et ne lui laissaient que le regret aux dépenses qui s'y faisaient et dont il aimait mieux grossir celles de sa cour et de ses armées; par là, il réduisait Golbert à une dure nécessité d'expédients pour ne laisser pas manquer d'argent, quelques trésors que le roi voulût dépenser, à exciter par là les cris publics contre lui et des remontrances des parlements qui mettaient le roi de mauvaise humeur contre son ministre des finances, que Louvois ne cherchait qu'à, épuiser pour perdre Golbert, et n'avoir plus ni compétiteur dans l'autorité et dans la confiance, ni contradicteur dans ses vues et ses projets. »

D'ordinaire les additions de Saint-Simon au journal, de Dangea'j n'ont ni cette étendue ni cette importance. Ce sont de simples notes qu'il développera dans ses mémoires. On pourrait multiplier les exemples de ce travail d'amplification ; je me bornerai à deux citations. A la mort de son père, Claude de Saint-Simon, arrivée le 3 mai 1693, il ajoute une note assez courte au journal de Dangeau*. Il y rappelle la faveur dont son père avait joui sous le règne de Louis XIII, comment il fut privé, par la fraude de Chavigny, de la charge de grand écuyer que ce prince lui avait donnée, la conduite qu'il tint pendant la Fronde et les égards que lui témoigna toujours Louis XIV. La note est succincte et sans prétention de style. En ce qui concerne Chavigny, secrétaire d'État, il se contente de dire qu'avant sa mort Louis XIII lui dicta une liste des charges qu'il distribua : « Il y nomma M. de Saint-Simon à la charge de grand écuyer, vacante depuis la mort de Cinq- Mars, le publia, le dit à M. de Saint-Simon, qui reçut les compliments et qui en fit toutes les fonctions aux obsèques du roi. Ses provisions ne venant point et pressé par ses amis sur un si long délai d'expédition, il sut enfin que Chavigny avait laissé son nom en blanc et l'avait rempli ensuite, par

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