Ch. Dunoycr {(Euomi, l II, !folicii, p. 43, il
narisme. Dans Saint-Simon, l'opposition des travailleurs et des oisifs était poussée bien plus loin : parmi les oisifs, il rangeait expressément les rentiers, c'està-dire ceux qui reçoivent un revenu sans travailler, ne se préoccupant pas d'ailleurs de savoir si cette rente était faillie ou forte, si elle était La récompense d*un travail antérieur ef le prix d'un repos mérité. Néanmoins il estjusle de reconnaître que, malgré ses attaques contre les oisifs, Saint-Simon n'a jamais eu la pensée de proscrire ce qui a été l'objet de si violentes attaques, à savoir le capital. Il n'a jamais appelé du nom à'oisifs ceux qui, étant àla tète d'une industrie, d'une banque, font valoir eux-mêmes leurs capitaux. Bien au contraire, ce sont toujours les principaux capitalistes, comme il les appelle, les principaux banquiers qu'il met à la tête de sa société, et son système n'est en réalité qu'une ploutocratie; mais c'est assez en esquisser le Irait général, le but final et les tendances caractéristiques. Il est temps de passer aux moyens d'application : c'est ici que l'on touchera du doigt le caractère utopique et chimérique de ses conceptions.
PLANS d'organisation SOCIALE
Après avoir fixé le bat de l'activité sociale, il s'agit de trouver les moyens d'atteiadre ce but et de procéder à l'organisation du système; il s'agit de trouver le mécanisme qui assurera la prépondérance définitive du système industriel et scientifique sur le système féodal et théocratique.
Nous rencontrons dans les œuvres de Saint-Simon trois plans différents d'organisation sociale ' : le premier dans Vlndustrie (1S18), le second dans t Organisateur (1819), le troisième dans le Système indus-
triel{iB'H), reproduit plus tard daus le Catéchisme industriel (1823). Le premier de ces systèmes est une sorte de révolution sociale : Saint-Simoa y attachait une si grande importance qu'il en envoyait d'nvaace le plan au Journal général de France, aûa de prendre date et de s'assurer la priorité de l'invention '. Ce système touchait d'une manière grave k l'oi^anisation de la propriété. Saint-Simon ne se le dissimulait pas; mais il faisait remarquer que, si la propriété est la base fondamentale de la société, il appartient cependant à la-société de ûxer tes conditions de cette toi fondamentale. « Ce qui est nécessaire, disait-il, c'est une loi qui établisse le droit de propriété, et non une loi qui l'établisse de telle un de telle manière... Cette loi dépend elle-même d'une loi supérieure el plus'générale qu'elle, de cette loi de ta nature, en vertu de laquelle l'esprit humain fait de continuels progrès, loi dans laquelle toutes les sociétés politiques puisent te droit de modifier et de perfectionner leurs institutions, — loi suprême, qui défend d'enchainer les générations à venir par aucune disposition, de quelque nature qu'elle soit *. > C'est
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eQ partant de ce principe que l'école saiivt-simo- Dienne a cru plus tard modifier d'une manière bien autrement profonde le système de la propriété. Ici, il ne s'agit encore que d'une mesure moins grave sans doute et même assez modeste en apparence, et qui cependant touchait en réalité aux fondements de notre oi^anisation sociale.
Ce qui avait suggéré à Saint-Simon l'idée de la réforme proposée, était la comparaison faite par lui entre le rôle des propriétaires fonciers ou agriculteurs, et celui des bailleurs de fonds ou commanditaires dans l'industrie, Saint-^imon montrait combien dans l'état actuel des choses, ces deux rôles sont différents, et il essayait de prouver qu'ils doivent être identiques. En industrie, les commanditaires ne sont pas en nom dans l'entreprise; la raison sociale est prise de la maison de commerce. C'est le négociant, c'est le fabricant qui est en litre, soit qu'il opère avec ses propres capitaux, soit qu'il utilise ceux des autres; il est le principal personnage. En agriculture, il en est tout autrement. Le iermier n'est qu'un suballenie, le propriétaire est son maître. Dans l'industrie, le travailleur peut engager les fonds du commanditaire; il est associé; dans l'industrie agricole, le
fermier n'est que locataire. Dans l'une, le baillenr est compromispourla totalité de ses fonds; dans l'autre, le propriétaire ne l'est que pour une année de ses revenus, Enân, si le propriétaire cultive lui-même, il doit la considération dont il jouit non à son rôle de travailleur, mais à celui de propriétaire. Il en est tout autrement dans le commerce. De là vient la supériorité de l'industrie commerciale et manufacturière sur l'industrie agricole. En conséquence, Saint- Simon proposait ce projet de loi : ^ les propriétaires fonciers seront à leurs fermiers dans les mêmes rapports que les commanditaires aux commerçants et aux fabricants. ■ Cette réforme devait s'exécuter de ces deux manières : \' à chaque commencement et à chaque fin de bail, on dresserait an état de la terre, afm de partager les bénéfices et les pertes , ainsi que cela a lien en Angleterre*; 2" droit serait reconnu au fermier d'emprunter sur la terre qui lui est fournie, après arbitn^e.
Quelle que pût être en elle-même la valeur d'une telle mesure, Saint-Simon, en la proposant, méconnaissait l'une des lois fondamentales de l'économie
1. A M sujet, voir nne brochore de M. Ernesl Merdic, Dt l'indtmnité lur un ftrmier lorJant m Angltttrrt. (Parta, Ctuunerot,