‹ Saint-Simon et le saint-simonisme: cours professé à l'école des sciencesChapitre 14 sur 30 · PLANS D'ORGANISATION SOCIALE · texte numérisé non relu

PLANS D'ORGANISATION SOCIALE

chambre, Saiot-Simon donnait dans le dernier détait le nombre et la qualité de cens qui devaient en faire partie. C'est encore un des traits curieux de l'utopiste d'accuser avec une extrême précision les circonstances les plus insignifiantes, afin de donner par là l'illusion d'un plan pratique tout prêt à être exécuté '.

La seconde chambre s'appelait chambre d'examen. Elle avait pour objet, comme son nom l'indique, d'examiner les projets de la première ; elle devait être chargée, en outre, d'un projet d'éducation publique, et, ce projet une Tois accepté, elle en surveillait l'exécution. Elle s'occupait aussi d'an projet de fêtes publiques ; on ne nous dit pas en quoi ce projet différerait de celui de la chambre d'invention, et quelles seraient, relativement à ces fêtes publiques,

1. La cbambrc d'inventioQ se composerai! de trois scctiotis : la première rormée de SOO JDgénieurs, et dont ïea SG iDgétiieurs en clief des départements seraleul le noyau ; — la seconde, de 50 littéraleurs, dont seront de droit les 40 de l'Académie franEïise ; — la troiùème de 25 peinlres, de IS sculpleurd et de 10 musiciens, cholai» en pnrlie panni les membres de l'Institat. Le resle se compléterait ensuite par voie d'élection. Lnltn Saiot-Simon, qui, comme son école, n'a jamais négligé le cOté solide des olinses, décide que lea membres (Je celte chambre auront 10,000 francs de traitement. Un remariiuera qu'ici encore l'utopiile est lombè juste, puisque oous avons vu s'ÉliibUr le principe d'une indemnité ponr les législateurs, et que le montant de celte lodemnilé est 4 pou de chose près celui qu'avait liié Saint-

les altributîons respectives des deux chambi^. Le noyau de cette seconde chambre est formé par l'Académie des sciences, et ses membres reçoivent également 10,000 francs de traitement.

Ces deux premières chambres ne sont, après tout, que consultatives : celle qui tient les cordons de la bourse, et qui par conséquent est véritableraenl en possession du pouvoir, est la chambre d'exécution, laquelle n'est autre chose que la chambre des communes ou chambre des députés. Celle-là seule doit établir l'impôt et le percevoir. Les membres de cette chambre ne toucheront pas de traitement, car ils doivent tous être riches, et ne seront choisis que parmi les principaux chefs des maisons d'industrie. On voit que, dans cette première phase du socialisme contemporain, le capital^ bien loin d'ëlre proscrit et maudit, comme il le sera plus tard, est au contraire mis à la tête de la société nouvelle. C'était en effet aux premiers capitalistes, aux premiers financiers du temps que Saint-Simon s'adressait pour le succès de ses idées. C'est avec le concours des Lafîtte, des Périer, des Ternaui, qu'il publiait ses premiers éerits : c'était eux qu'il avait en vue comme directeurs futurs de son entreprise réformatrice.-

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Quant au but positif et effeclif de cette entreprise, il n'en parlait plus, et se coateotait de l'indiquer vague* ment eu ces termes : « La propriété devra être reconstituée et fondée sur les bases qui peuvent la rendre la plus favorable à la prodaction '. » Enfin, comme mesure de transition, l'anteur demandait un emprunt de 2 milliards pour indemnité envers les personnes auxquelles le nouveau système aurait causé quelque dommage.

Le plan précédent devait avoir pour effet d'établir le système industriel et scientifique, et de le substituer au système féodal et tbéologique pour mettre fin à la révolution. La classe industrielle chargée d'une part d'inventer les projets par le moyen des ingénieurs, de l'autre de les voter par le moyen des chefs d'industrie, était véritablement mise en possession du pouvoir temporel de la nouvelle société. D'un autre côté, la classe savante, chargée du contrôle et de la critique, et pouvant arrêter tout projet contraire aux principes de la science, avait véritablement par son veto le pouvoir spirituel; mais un nouvel élément, pea indiqué jusque-là, était inter-

venu : c'était celui des artistes et des lettrés. A la vérité, Saint-Simon ne leur attribuait guère qu'un rôle assez secondaire, celui d'organiser des fêtes publiques ; mais en les rendant membres de la chambre d'invention et en les faisant participer au vote d'ensemble sur tous les projets, il lenr donnait en réalité une part d'action assez considérable. Aussi voit-on la formule primitive se modifier, et de dualiste devenir trinitaire. Entre les savants et les industriels, Saint-Simon continuera de nommer les artistes, et c'est cette formule (rinitairequi plus tard sera toujours celle de l'école.

Le troisième plan social de Saint-Simon est exposé dans le Système industriel. Sans entrer dans des détails fastidieux (que nous importent les différences entre des plans aussi inexécutables les uns qne les autres?), signalons comme la principale de ces difTérences l'omission presque complète des savants et des lettrés dans ce nouveau plan, — et ce n'est pas, comme on pourrait le croire, un simple oubli qu'expliquerait ia légèreté d'un esprit aventureux et mobile; non, c'est volontairement et systématiquement qa'aprés avoir donné le pouvoir aux savants, Saint- Simon le leur enlève ensuite. Lui-même se fait l'ob-

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jection, et il y répond d'une maDière curieuse. C'est que ■ si malheureusement, dit-il, il s'établissait an ordre de choses dans lequel l'administration des affaires temporelles se trouvât placée dans les mains des savants, on verrait bientôt le corps scientifique se corrompre, et s'approprier les vices du clei^é ; il deviendrait métaphysicien, astucieux et despote i. » Observation remarquable et en quelque sorte prophétique, par laquelle Saint-Simon semble condamner d'avance le caractère clérical et sacerdotal que prendra après lui sa propre école devenue église, et gouvernée, pour ne pas dire subjuguée, par un audacieux hiérophante.

Tous ces plans de réformes^ par des combinaisons différentes, tendent tous au même but : organiser l'antocratie industrielle sous le patronage de la royauté.

C'est qu'en effet ce n'est pas contre la royauté, ni même en dehors d'elle, que Saint-Simon se propose de faire sa révolution. Ayant toujours devant les yeux le souvenir des communes du moyen-âge et de leur alliance avec la royauté, c'est une alliance du

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