I. Œuvrei, I. XXI, p
• plus qu'une fonction « subalterne ». Saint-Simon se représente le gouvernement de la société nouvelle sur le modèle des grandes compagnies industrielles, de la Banque de France par exemple. Il emprunte encore un exemple remarquable à l'École polytechnique. Dans cette école, du moins à l'origine, les professeurs étaient en même temps administrateurs. Ceux qui travaillaient à produire (c'est-à-dire à répandre la science) étaient en même temps ceux qui gouvernaient, car c'était leur intérêt que tout allâtle mieuxpossible; quant àla tâche de maintenir l'ordre, elle était entre les mains d'un agent estimable, mais subalterne, car ce n'était en réalité qu'une fonction subalterne. Depuis, le despotisme de l'empire a tout changé : un état-major a remplacé le corps des professeurs. « L'ordre primitif et naturel a été interverti^ la partie subalterne de l'établissement en est devenue la tête, et les fonctions vraiment importantes ne sont plus qu'en seconde ligne >. » Dans le nouveau système politique^ au contraire, les affaires seront dirigées par les capacités compétentes : les sciences, les beaux-arts, les aris et
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métiers. Il n'y aura plus de place pour l'arbitraire. Qu'y a-t-il de moins arbitraire que ia vérité? or l'administration n'aura d'autre fonction que de déclarer la vérité. Donnons quelques exemples : il s'agit d'établir un système de poids et mesures. La science déclare que le meilleur système, le plus r^oureux, le pins simple, est le système métrique : quoi de moins arbitraire ? Cependant ii faut appliquer le système et le faire exécuter : c'est ici le rôle de la police ou du gouvernement; fonction très-inférieure. S'agit-il de salubrité publique? Qui doit . décider ? qui doit diriger ? Ce sera un conseil d'hygiène. Il déclarera ce que la science nous apprend relativement à ce qui est salubre ou insalubre : la police n'a qu'à, surveiller l'exécution. De même des grands travaux publics, des fêtes publiques, de l'éducation, et tons ces objets qui sentie véritable objet du gouvernement, parce que tous se traduisent en effets utiles, doivent être jugés par Les hommes compétents; :1a politique ne doit être que leur subordonnée. Dans la réalité il en est tout autrement '. c'est la politique qui est ta maîtresse, elles objets utiles qui sont subordonnés. Il y a beaucoup de justesse dans ces eonsidérations. Cependant Saint-
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SimoQ se fait illusion lorsqu'il croit détraire par sou système le gouvemementalisme. Lorsque l'industrie, eu effet, aura remplacé ce qu'il appelle le gouvernement, ce sera elle qui sera le gouvernement. Or ce n'est pas là un fait inconnu dans l'histoire. II y a eu de grandes compagnies industrielles qui ont été des gouTernements. On ne voit pas qu'elles aient laissé un souvenir d'équité et de douceur supérieur à celui des autres autorités. Il y a eu peu de pouvoirs plus tyranniques que ceux de la compagnie des Indes, soit en France, soit en Angleterre. Il est vrai que ce pouvoir était exercé en pays étranger et sur peuples . conquis, mais rien ne prouve qu'il serait plus doux s'il était exercé sur des compatriotes. Saint-Simon a raison de dire : c Qu'on juge oti l'on pourrait atteindre si les hommes, cessant de se commander les uns aux autres, s'organisaient pour exercer sur la nature des effets combinés ! » Mais pour s'organiser ainsi, il faudra -toujours qu'il y ait des hommes se commandant les uns aux autres : car nulle association sans discipline. I^e gouvemementalisme reviendrait donc par le système même qui prétendait l'abolir.
Jusqu'ici la doctrine de Saint^imon nous a paru surtout une sorte d'industriaUsme ; et, pour la distin-