PLANS D'ORGANISATION SOCIALE K
guer des doctrines analt^es, oo pourrait la caractériser comme an industrialisme centralisateur. Mais nous n'y avons encore signalé aucune trace àes deux caractères qui feront plus tard le succès, l'originatité et la ruine de l'école saint'Simonienne : d'une pari, le caractère philanthropique, humanitaire, populaire; de l'autre, le caractère religieux. Cependant ces deux caractères n'ont pas été étrangers à la doctrine du maître, et ils ont signalé la dernière phase de ses idées : celle qui a eu le plus d'influence sur ses disciples, et qu'il a lui-même indiquée comme la plus importante; celle enfin qui a été marquée par la publication du Nouveau Christianisme.
Le caractère philanthropique et populaire de la doctrine de Saint-Simon commence à paraître dans sa publication du Système industriel. « Le but direct do mon entreprise, disaitr-il dans ane de ses lettres anx industriels, est d'améliorer le plus possible le sort de la classe qui n'a d'autre moyen d'existence que ses bras... Ce serait d'elle que les gouvernements devraient s'occuper principalement, et au contraire c'est celle de toutes dont ils soignent le moins les intérêts; ils la regardent comme essentiellement gouvernable et imposable, et le seul soin important qu'ils prennent à son égard est de la maintenir dar'
l'obéissance passive '. » Quels sont maintenant les besoins de cette classe si nombreuse et si intéressante ? Ils se réduisent à deux : le travail et l'instruction. L'an et l'autre seront le résultat du système industriel et scientiûque : car d'une part, les industriels chargés de faire le budget tendront à donner le plus d'extension possible aux entreprises industrielles qui occupent le plus de bras ; et de l'autre, les savants sont le plus en état de donner un bon système d'éducation populaire ; car ce qui est le plus utile au peuple dans ses travaux, ce sont les notions pratiques déduites des sciences positives. On voit à quoi se réduit jusqu'ici le socialisme.de Saint-Simon. Il consiste dans une vaste entreprise de ti'avaux publics et dans la prédominance, de la classe industrielle; mais il n'a jamais encouragé ni même soupçonné cet antagonisme de la classe possédante et de la classe ouvrière dont on a fait, depuis, un des dogmes du socialisme. Dans un autre écrit ', la tendance philanthropique et réformatrice est plus marquée. 11 donne pour but à la politique « de travailler directement à l'amélioration du bien-âtre moral et physique des
travailleurs ; ■ noas reconaaissons là une parlie de la formule saint-simonieune, qui ne deviendra complète que dans le Nouveau Christianisme. Les moyens proposés pour arriver au but qu'il vient d'indiquer sont : de procurer du travail à tous les hommes valides (nous approchons, on le voit, de l'oi^anisatioD du travail et du droit au travail), — de répandre le plus possible les connaissances positives dans la classe populaire, — de leur garantir enfin des plaisirs et des jouissances propres à cultiver leur intelligence. Ailleurs, il signale l'aptitude des prolétaires à l'administration de leurs propriétés >. Enfin, dans les Ordonnances qu'il faisait porter par le roi dans son plan de révolution industrielle, il proclamait qne t le budget devait tendre le plus directement possible à l'amélioration de Texistence du peuple, » et que « tes deux premiers articles de dépenses seront : 1° celui relatif à l'instruction du peuple; 3° celui ayant pour objet d'assurer du travail à ceux qui n'ont pas de moyens d'existence'. >
1. Of\nionsjihiioioph,\^nu,ç. 95. —Il 9igiu[Bi[ comme exemple les psyrans qui en S9 eonl deveuuB propriétaire» ptr l'achat dee biens nalloaaui, et qui oat su psrfstlemeiil les Taire ratoir, et les ouvrien goi oui remplacé leurs maltraa dan* beaucoup d'iodiulriea.
2, Œutn-t», t. XXII, p. 34a.
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Cette prédilection poar les intérêts de la classe populaire prit peu à peu chez Saint-Simon un caractère sentimental et quasi-religieux. C'est lui-même qui caractérise ainsi cette nouvelle phase i, et il interprète de celte manière les causes de sa rupture avec Auguste Comte; c'est ici, en effet, le point de bifurcation du saint-simonisme et du positivisme. L'idée d'une forme rehgieuse nouvelle commence à prendre chez Saint-Simon des contours arrêtés. Il est intéressant de suivre les progrès de cette idée dans son esprit.
Déjà dans son premier ouvrage, Lettres à un habitant de Gmève (1801), nous voyons se faire jour l'idée d'une religion nouvelle : à la vérité, c'est une sorte de fantaisie demi-ironique, demi-chimérique (car on ne sait jamais ce que l'on doit croire de ces illuminés); mais c'est cependant une première indication. Ce nouveau culte n'était encore qu'un culte scientifique. Il devait s'appeler « la religion de Newton ». Il y aura un mausolée consacré h Newton « dont une moitié sera construite de manière à
1. CaUchiime des induêtHeli, troiriàme cahier, avec une double prérace, l'uua àe Salnl-Simon, l'sutro d'Augaste Comle. La publicntion de ce Irolsiâme entier est toole une hialoire que l'on Irouvera dans le Uvie de M. Uttré sur Auguele Comte.
donner une idée du séjour destiné pour une éternité à ceux qui nuiront au progrès des sciences et des arts. » Ainsi, dans cette religion nouvelle, il yaurait un enfer pour les ennemis des lumières. Chaque année, tous les adeptes à proximité devaient faire des pèlerinages au tombeau de Newton, et ceux qui manqueraient k ce devoir seraient considérés comme t ennemis de la religion «. Enfin le grand-prêtre de celle religion aura le droit d'être enterré dans le tombeau de Newton. Tout cela n'est vraisemblable- Inent qu'un jeu, mais un jeu qui finira par être pris au sérieux ; car la religion saint-simonienne a été ou devait être en partie un culte scientifique, et ce caractère se retrouve encore dans la religion positiviste qui en est sortie.
Ces idées, toutes chimériques qu'elles sont, ont dû germer en silence dans l'esprit de Saint-Simon, plus ou moins étouffées par d'autres plus éclatantes, mais elles ont fini par reparaître à la fin de sa vie. Nous pourrons retrouver quelques traces çà et là de cette germination intérieure. Déjà nous l'avons vu en 1811, dans ses Lettres à M. de Redem, protester contre la fausse interprétation des religions donnée par Gondorcet et par tout le xviii' siècle. Dans un antre
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morceau très-remarquable, d'un assez beau style et dont nous ne savons pas la date *, l'auteur (Saînt- Sioion ou tel autre sous son nom) explique l'origine et le développement du christianisme exactement comme le fera plus tard le eaint-simonisme. JoufTroy a décrit de la même manière la même révolution dans le célèbre morceau : Comment Us dogmes finissent. Ainsi Saint-Simon apportait dans l'appréciation des idées chrétiennes un esprit plus large et plus élevé que le parti philosophique, et il nous montrait le progrès religieux comme une condition du progrés social. Cependant ce n'est pas d'abord d'une nouvelle religion qu'il s'agit : les esprits étaient alors trop éloignés d'une telle conception. 11 se contente de proposer « une morale nouvelle » . 11 disait que le plus grand intérêt de la politique était la conservation de la propriété, a Or la seule digue que les propriétaires puissent opposer aux prolétaires, c'est un système de morale. > Ce nouveau système est ce qu'il appelle « la morale terrestre, > et il annonçait un prochain écrit sur « la morale au xx* siècle, i> écrit qui n'a point paru s. Il revenait encore sur la même
1. Œuvrtt, t. XIX, p. m. — Naùtanct du ehritlianùmi. L'6> tuteur croit pouvoir Iliei' la date de cel écrit entre 1818 et 1819.
2. Induâtrie, lellres et proapeotua {Œuvret, t. XVKl, p. 214).
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idée dans ses publications suivantes. Il faisait remarquer qu'il n'y a point de société possible « sans idées morales communes, n que l'ancien système de morale était plein de lacunes, et qu'il fallait en édifier un nouveau sur des bases nouvelles. Il y a deux lacunes principales : celte .des rapports réciproques des gouvernants et des gouvernés, et celle des relations de peuple h. peuple. Pour le premier point, le changement à opérer consiste à considérer le gouvernement non comme le c chef, > mais comme < l'agent, le chargé d'affaires " de la société. Sur le, second point, il faut combattre l'erreur qui consiste à penser « que chaque nation ne peut prospérer que pour le malheur des autres : de là la prohibition, les guerres, etc. ï Quant aux bases nouvelles de la morale, elles se ramènent & ceci : substituer une morale terrestre à la morale céleste; et, comme on ne peut p^ changer les institutions religieuses existantes, Saint-^îmon voulait que le clergé fût tenu d'enseigner la morale s par des principes positifs, n et pour cela qu'il fût assujetti à un examen scientifique. Dans le Système industriel, il revenait encore sur la nécessité d'une s doctrine nouvelle, appropriée à l'état des lumières. » Quant à la formation de cette
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doctrine, si nécessaire au régime îndastriel, il en excluait les leltrés, les artistes, les métaphysiciens, tout aussi bien que les théologiens '. En revanche il en excluait paiement les savants auxquels manque l'esprit de généralisation. Ce rôle devait appartenir essentiellement ' aux philosophes positifs '. > Quant aux métaphysiciens, lettrés, publicistes, leur rôle devait être non pas l'invention, mais ta vulgarisation ; les théoli^ens eux-mêmes ne seraient pas exclus. Saint-Simon Taisait remarquer l'analogie de notre temps avec celui a où la partie civilisée de l'espèce humaine a passé du polythéisme au christianisme. " La religion chrétienne a été oi^anisée, disait-il, par les philosophes d'Alexandrie, et répandue par des hommes de toutes les classes. Ce fut une des idées fondamentales du saint-simonisme de comparer sans cesse la chute de la société du moyen-âge à la chute du polythéisme, et, poursuivant l'analogie, de conclure à la nécessité d'un dogme nouveau.
Le rôle de réformateur religieux s'accuse de plus en plus dans les lettres qui suivent, et, chose étrange, c'est au roi lui-même que Saint-Simon s'adresse
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{à Louis XVIIl !) pour opérer cette révolution religieuse qui commence à solliciter son esprit : « Sire, disait-il, le principe fondamental du christianisme commande aux hommes de se regarder comme des frères et de coopérer le plus complètement possible au bieu-^tre les ans des autres '. » Mais lorsque le principe a été posé par Jésus-Christ, la société était trop imparfaite pour qu'il pût senir à l'organiser comone principe dirigeant. Il ne put agir qu'indirectement, comme principe modificateur, sans en prendre la direction. En d'autres termes, le principe chrétien n'a jamais été qu'un principe moral et non un principe social proprement dit. Mais «le divin auteur du christianisme » n'a pas dû vouloir borner son œuvre à n'être qu'une critique du système politique; c'est aujourd'hui qu'il faut tirer tes conséquences positives de ce principe. Ces conséquences sont : que le pouvoir temporel appartiennes aux hommes utiles, laborieux et pacifiques, » et le pouvoir spirituel aux hommes qui possèdent les connaissances utiles. Ainsi le système industriel scientifique n'est antre chose que le christianisme lui-même devenu constitution