DES ÉCRITS DE SAINT-SIMON
Le premier en date de nos réformatears contemporains esl celui de tous dont les doctrines sont le moins connues. L'éclat même de son école l'a rejeté dans l'ombre, el les disciples ont fait oublier le maître. Les meilleurs historiens du socialisme , M. Louis Reybaud, M. Thonissen, le savant professeur de Lou- Tain, M. Â. Sudre ', sont riches en détails sur le saint-simonisme, mais incomplets et courts sur Saint- Simon lui-même. La canse de ce silence était dans la rareté des documents. Les écrits de Saint-Simon,
1. Tout le monde connatt les belICB Eludts tur les riformatturt eentmtpoTaitis de M. Louis Heybsad, M. Thonissen n ta\l noe Bittoin du locialiimt dipuU l'antiquité jiuqu'en iSSi (2 voL In-S", Louvain, 18BÏ). Voyez enfin l'Hùlatrg du « M. A. Sodre (Paria, 1819),
très-nombreux, mais disséminés à tous les vents, publiés au jour le jour, commencés souvent sans être finis, tirés à un petit nombre d'exemplaires, composés la plupart du temps en collaboration, étaient devenus presque introuvables. Le seul recueil connu et à la portée de tous, consulté par les auteurs que j'ai nommés, était le chois d'écrits publiés en 183â par Olinde Rodrigues, choix qui contient bien, si l'on veut, l'essentiel des idées de notre prophète, mais ne nous apprend nullement le détail de ces idées, l'enchaînement systématique qui les unit, et les phases diverses qu'elles ont parcourues. Aujourd'hui, grâce à une publication importante et encore en voie d'exécution *, les priucipanx documents de l'œuvre sont entre nos mains et rendent facile un travail qui eût été autrefois des plus compliqués. Cependant, même dans cette nouvelle colleclion, due au zèle et à la foi des derniers survivants de la célèbre secte, c'est encore l'étoile d'Enfantin qui a fait pâlir celle de Saint-Simon.
1. t£ur>r«i di Sainl-Simon <l d'Enfantin publié» par tt$ mraifrrai (tu cOTucil inilitué par Enfantin pour l'txéculion de aia dertiièrta volonté! et prieédtti il( dEux noiiets hittariguts (Pari», chez Denta). Cette publication commencée en 1865, et qui se coaipo:e uujourd'bul <Ia 40 volumea, eal vraisemblable oaenl arrlvfe K son termr, depuis la mort Ce M. Unirenl de l'Ardèchc.
DBS âCRlTS DB SAINT-SIMON S
C'est en effet M. Enfantin qui, conservant jusqu'après sa mort son rôle de grand-prêtre et de grand cher dans la petite Église saint-simonienne, a été par son Testament l'inspirateur de cette édition nouvelle. C'est lui qui a institué pour cette œuvre une commission composée des membres les plus dévoués et les plus fidèles, dont quelques-uns ont déjà disparu. C'est lui qui a laissé des Tonds ponr les frais de cette publication. Ajoutons qu'il a légué h la Bibliothèque de l'Arsenal toute sa bibliothèque, tous ses papiers et les archives les plus secrètes de l'Église, archives encore fermées aujourd'hui & la curiosité, mais qui permettront plus tard aux savants d'en reconstruire avec la dernière précision l'histoire intérieure. Enfantin étant donc le véritable auteur et, quoique mort, l'inspirateur toujours vivant de la publication récente, il n'est que naturel qu'il s'y soit fait une place importante. Le principal but qu'il paraît s'y être proposé a été de donner une grande idée de son rôle, non-seulement par la réimpression de ses discours, de ses articles du Globe, de ses opuscules, mais surtout par la publication de sa correspondance, correspondance volumineuse dont l'intérêt n'est pas égala l'étendue. Il a voulu, selon toute apparence,
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laisser celte impression, que depuis 1831 , époque ob il paraissait avoir disparu de la scène, il n'a pas cessé de gouverner son école, et, par elle, d'influer sur l'histoire du monde. On y reconnaît son habilelé à tirer parti de tout, à tourner à lui tout ce qui se passait au dehors, à interpréter dans le sens saint-simonieu tous les événements, et à transformer l'isolemoit réel où il était en une sorte d'influence occulte, d'autant plus efficace qu'elle était plus cachée. Tandis qu'en réalité l'Église saint-simonienne était vraiment dissoute, et s'était noyée dans le mouvement général de ta société, tandis que la foi positive des saint-simoniens avait disparu, ne laissant après elle qu'une vague disposition d'humanitarisme et de religiosité commune à beaucoup d'écoles, tandis que le lien étroit et précis qui constitue une secte s'était relâché, chacun de son côté allant où l'appelait son goût et son génie, — en un mot, tandis que le saint-simonisme était mort et bien mort, Enfantin croyait ou faisait semblant de croire, et voudrait encore nousfaire croire aujourd'hui qu'il étaiiroracle caché d'où tout partait, que tout ce qui se passait dans le monde était la réalisation de ses prophéties et l'œuvre lointaine ou prochaine de son influence. Le vénérable Laurent de