T. XV, p. 115. — Dans la même lellre , il crilique encore
supériorité du moyen-âge sur rantiquilé grecque et latine '. Il faisait remarquer que le servage était un progrès sur l'esclavage antique^, que le clergé du moyen-âge était pris dans toutes les classes de la société, et par conséquent faisait une large part au mérite individuel. Il insistait sur les services rendus par le clergé à la civilisation : défrichement des terres, conservation des monuments, trêve de Dieu, etc. Il soutenait encore avec Joseph de Maistre que la papauté avait servi de lien moral entre toutes les parties du monde civilisé, que la société était alors une véritable république chrétienne-; que, si le moyen-âge n'avait pas été supérieur scientifiquement aux siècles passés, c'était lui cependant qui avait préparé le développement scientifique des temps modernes. Enfin une société, disait-il, n'est véritablement une société que lorsqu'elle a des idées communes, un système commun, un but d'activité,
justement dans Condorcet h théorie d'une perfectibilité indéfinie. 11 montre que le progrès n'existe que dans les sciences et l'industrie, et non dans les beaux-arts, a Les facultés se reaiplacent, dit-il, mais ne se cumulent point. »
i . Opinions littéraires, philosophiques et indtistrielles, tom. XXXIX, p. 53 et suiv.
2. C'est depuis la réforme de Luther, selon lui, que Ton voit commencer les grandes guerres ayant pour but la monarchie universelle. [Réorganisation de la société européenne, t. XX, p. 27o.)
lorsqu'elle sait où elle va, et qu'elle marche à ce but avec confiance, sous la direction du pouvoir social. Tel était le grand mérite de la société du moyen-âge.
Jusque-là Saint-Simon semblait marcher d'accord avec les chefs du parti rétrogade ; il s'en séparait dans ses conclusions. Il se contentait de louer leur système dans le passé; il reconnaissait qu'aujourd'hui ce système était caduc^ car il était fondé d'une part sur la guerre, de l'autre sur la foi : c'est-à-dire sur la force dans l'ordre temporel et sur l'hypothèse et la conjecture dans l'ordre spirituel. Ce système avait dû tomber devant deux faits nouveaux : d'une part le travail, de l'autre la science. Il n'y a que deux manières de s'enrichir : la conquête ou le travail, — deux manières d'atteindre la vérité, la conjoncture ou la science. Le moyen-âge était organisé pour la conquête et dirigé par la foi. La société moderne doit être organisée par le travail et dirigée par la science. Il ne suffit pas de détruire une société, il faut la remplacer : « 11 faut un système pour remplacer un système. » Or il n'y a que deux systèmes possibles : le système féodal et théocratique, et le système industriel et scientifique. Le premier a été l'œuvre du
moyen-âge; le second est la nôtre. C'est en 1819, dans l'Organisateur * , que Saint-Simon a exposé ces vues historiques avec le plus de force et de talent. Il les a plus tard reprises et développées ou fait développer dans le Système industriel et dans les Opinions ; car aucun écrivain ne s'est moins soucié de se répéter, et l'on ne peut guère ouvrir un de ses écrits sans retrouver quelques idées analogues à celles que nous indiquons ici.
Il n'y a donc que deux systèmes, et le problème est de substituer le second au premier, le système industriel et scientifique au système féodal et théologique ; mais, pour qu'un système se substitue à un autre, il faut que celui-ci ait disparu. C'est ici la part faite à l'école libérale : celle-ci a eu pour rôle de dissoudre l'ancien système ; elle a compris la nécessité de cette destruction, c'est en quoi elle a eu raison, mais elle s'y attarde, et c'est là son tort.
C'est au sein même de la société féodale et théologique du moyen-âge que le nouveau système a pris naissance, d'abord sous la forme la plus modeste, bientôt sous une forme plus hardie et plus mena-