‹ Saint-Simon et le saint-simonismeChapitre 4 sur 23 · On trouvera à l'Appendice un résumé de ce travail · texte numérisé non relu

On trouvera à l'Appendice un résumé de ce travail

2. On trouvera ces écrits avec un portrait de Saint-Simon dans l'édition en trois volumes in-12, pubiée à Bruxelles on 1859 par M. Lemonnier. L'éditeur y a ajouté une grande élude sur les doctrines de Saint-Simon. Quant aux rapports de Sniut-Simon avec la pliilosopliie positive, on peut consulter le livre de M. Litlré, Auguste Comte et la pliilosopliie positive, cb. V, p. Ti.

que le Catéchisme industriel, déjà réimprimé sans doute, mais en partie seulement, avait été omis par l'éditeur, et vient seulement d'être publié à la suite des lettres d'Enfantin, séparé ainsi des autres œuvres de Saint-Simon par toute l'œuvre de celui-là *. C'est ainsi encore que l'éditeur ne nous a pas donné la troisième partie du Système industriel^ ni dans la seconde, la Lettre à messieurs les ouvriers^ très-significative, car elle indique le moment où Saint-Simon a commencé à se tourner vers le prolétariat; on peut signaler encore d'autres lacunes. Enfin il semble qu'une édition de ce genre devait comprendre nonseulement ce que Saint-Simon avait écrit lui-même, ce qui du reste est très-difficile à constater 2, mais encore tout ce qui avait été pubfié sous sa direction et fait par conséquent partie de son œuvre , par exemple les Opinions littéraires et philosophiques.

1. C'est M. Laurent Je l'Ardèche qui a repris ici l'édition. Il a introduit avec raison dans son dernier tome le troisième catiier du Catéchisme industriel, qui est de la main d'Auguste Comte, et qui a été l'occasion de la rupture entre les deux philosophes, mais qui doit faire partie intégrante des OEnvres de l'un et de l'autre.

2. Par exemple, les Lettres à un Américain (t. II de Saint-Simon, XVIII de la cûlleclion) sont données par l'éditeur comme de Saint-Simon, tandis que M. Charles Dunoyer, très en mesure d'être bien in''ormé, nous apprend qu'elles sont l'œuvre de M. Magnien, professeur de philosophie (Œuvres de Ch. Dunoyer, t. II, Notices d'économie sociale, p. 184).

OÙ rien n'est de sa main, mais où se trouve une exposition large et élégante de ses principales idées. Comme les plus vieux philosophes de l'antiquité, Saint-Simon est un nom et un mythe qui embrasse plusieurs personnes diverses, les unes dont il a emprunté la plume en leur suggérant ses idées, les autres dont il empruntait les idées en fournissant la plume : il s'appelait légion. Comme Pythagore, on ne sait au juste ce qui lui appartient en propre dans sa doctrine, sauf le souffle inspirateur; mais par cela seul il a mérité d'être la raison sociale de ses collaborateurs : les plus grands, les plus célèbres, Augustin Thierry et Auguste Comte, ne sont encore que lui-même tant qu'ils ont écrit sous sa direction. Ils n'ont eu de personnalité, et n'ont droit à leur propre nom que lorsqu'ils l'ont eu quitté i.

Malgré ce qui peut manquer à Fédilion nouvelle pour satisfaire la curiosité de l'érudit, reconnaissons que ce qui est publié constitue la partie la plus notable de l'œuvre de Saint-Simon , œuvre presque ignorée, et fournit amplement de quoi nous former aujourdhui une idée complète et fidèle de la philoso-

1. Aug. Thierry a signé de son nom plusieurs des ouvrages de son maître, en y ajoutant celte singulière qualification : fils adoptif d'Henri de Saint-Simon.

phie sociale de ce réformateur, et lui restituer sa véritable part, trop confondue dans les additions et exagérations de son école. Autre chose est la doctrine de Saint-Simon, autre chose est le saint-siraonisme. C'est cette philosophie sociale de Saint-Simon que nous essaierons d'abord de dégager dans les pages qui suivent, avec la même fidélité et le même désintéressement que s'il s'agissait d'une philosophie du moyen-âge ou de Tantiquité.

En 4817, époque où Saint-Simon a publié ses premiers écrits de réforme sociale, il n'y avait que deux écoles en présence : d'un côté, l'école aristocratique et théocratique^ l'école de Bonald, de Maistre, l'abbé de Lamennais, de l'autre, Técole libérale et philosophique, celle de Benjamin Constant, des écrivains de la Minerve. La première défendait la société de lancien régime et du moyen-âge ; la seconde , le xvm<^ siècle et la révolution. Pour les uns, la société la meilleure et la plus parfaite est celle qui est fondée sur la hiérarchie sociale et l'unité de croyance : dune

part la protection des faibles par les forts, organisée dans le régime féodal; de l'autre, la paix, l'union des âmes, la charité représentées par l'Église. Selon l'école libérale au contraire, la domination féodale n'était qu'oppression, et l'empire de la foi chrétienne, superstition. Le moyen-âge avait été une période de barbarie et d'anarchie. Voltaire était le philosophe de cette école, et Gondorcet lui-même, tout en défendant le principe de la perfectibilité, partageait sur ce point les vues de Voltaire. L'antiquité grecque et latine, selon les mêmes philosophes, avait été un temps de culture et de lumières, d'indépendance politique et de gloire littéraire bien supérieur au rnoyen-âge. Saint-Simon essaya de s'élever au-dessus de ces deux écoles, et tout en empruntant à la première ses prémisses, il en tira d'autres conséquences. Ce qu'il reprochait au xviiP siècle, et notamment à Condo rcet, c'est d'avoir dit que les reUgions avaient toujours été un obstacle au bonheur de l'humanité. « L'histoire au contraire, écrit-il en 1811 à M. de Redern, constate que c'est au moyen des institutions religieuses que les hommes de génie ont civilisé l'espèce humaine '. » Il n'hésitait pas à soutenir la

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