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Chapitre I

France.

A l’époque du relèvement de l’état religieux vivement sollicité par le Concile de Trente, M. Olier parut en France comme un de ces réformateurs miraculeusement suscités de Dieu pour renouveler l’esprit de foi dans le royaume de la Fille Aînée de l’Eglise, chez les peuples et dans le clergé; et ses premiers travaux commencèrent par les missions.

Il en fit donner un grand nombre à ses frais, et de l’avis du Père de Condren il y travailla en personne pendant six ou sept ans. L Auvergne, le Vivarais, la Bretagne, les pays surtout où il possédait des bénéfices, furent les premiers théâtres de ses prédications, de son zèle et de sa charité. Il ne se contentait pas de nourrir les âmes du pain de la parole de Dieu, il nourrissait et soutenait les corps défaillants par d’abondantes aumônes.

Avant de fonder son séminaire, M. Olier, sortant transfiguré de son pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, se dépouilla de tout 1 attirail de sa vie d’abbé de cour, de ses ambitions; se réduisit à la simplicité de la vie d’apôtre, sous la conduite de saint Vincent de Paul, fondateur de la Congréga-

tion de la Mission; se donna aux Missions de l’Auvergne, où il entraîna les jeunes abbés ses amis, et se joignit, pour prendre l’expérience, aux missionnaires de Saint-Lazare.

N’était-il pas raisonnable qu’avant de former des prêtres au saint ministère il s’y exerçât luimême? Lorsque le temps de la fondation des séminaires serait venu, l’épiscopat et le clergé prendraient plus aisément confiance au succès de ces établissements qui devaient «lui mériter un jour l’estime universelle des peuples. »

N’était-il pas évident que l’élan universel qui, au dix-septième siècle, éclata dans les ordres religieux et les communautés d’hommes et de femmes, se serait promptement ralenti, s’il n’avait pas été soutenu par une réforme générale du clergé? C’est pourquoi Dieu suscita diverses sociétés destinées à travailler dans les séminaires à la formation, à la sanctification de l’ordre sacerdotal. Voilà pourquoi M. Olier plus tard devra créer Saint- Sulpice.

A vrai dire, cette oeuvre n’était pas une école de philosophes, purement spéculative; elle devait être pratique, pour connaître les besoins du prêtre dans le ministère paroissial et celui des missions. Ainsi, M. Olier commença par être missionnaire, puis curé, et enfin fondateur de séminaire; et mê-

me on peut dire qu’il y a toujours eu des curés et des missionnaires dans la Société, et surtout il y eut toujours un esprit apostolique latent; si bien que tous les vieux théologiens, docteurs de Sorbonne, professeurs, écrivains dans tous les genres de littérature religieuse, dispersés par la révolution de 1789 sur la terre étrangère, et transportés dans les savanes et les forêts vierges du Nouveau- Monde, devinrent tout à coup d’intrépides missionnaires parcourant l’Amérique septentrionale, du Canada à la Louisiane, évangélisant les trappeurs européens, les tribus indiennes; les groupant en villages, transformés bientôt en villes, en paroisses, en sièges épiscopaux, comme jadis avaient fait, en Europe, les ordres monastiques, en évangélisant et transformant les barbares et les païens de ses campagnes.

Dans cette mission d’Auvergne, M. Olier se conduisit en véritable apôtre; il s y réserva les fonctions les plus humbles et les plus pénibles, catéchisant de préférence les enfants, instruisant et confessant les pauvres, escaladant les montagnes les plus abruptes, pour aller chercher au fond de leurs cavernes ceux que la négligence, la pauvreté, ou la honte forçaient de négliger la mission.

Ses discours, ses exemples enflammaient le zèle de ses collaborateurs et la mission produisit des

fruits merveilleux. Saint Vincent de Paul, rompu à ces missions, cet homme si prudent et réservé dans ses paroles, en revoyant M. Olier, lui dit en l’embrassant: «Je ne sais comment vous faites, mais la bénédiction de Dieu vous suit partout où vous allez. »

Loin d’être détourné de sa véritable vocation, M. Olier trouva dans ses voyages les témoignages les plus authentiques de la volonté de Dieu, l’appelant à la fondation des séminaires. Quand un homme cherche en tout la volonté de Dieu, cette connaissance ne lui fait jamais défaut. Partout dans les visites qu’il dût faire à de saints personnages, il trouva les preuves et la certitude de sa vocation; son entrevue à Langeac avec la Mère Agnès fut décisive.

Au printemps de 1676, M. Olier partit pour Clermont. «Jours bienheureux!» s’écrie-t-il. Notre Seigneur, dans cette mission, fit de grands dons aux hommes. Il versa de telles bénédictions sur nos travaux que nous pouvions dire: le doigt de Dieu est là. «Les peuples accouraient de huit lieues, ils passaient les nuits dans l’église, couchaient sur le seuil de la porte et attendaient jusqu’à quatre jours avant de pouvoir se confesser, c’étaient des foules incroyables. »

Non content d’accueillir ces foules avec ten-

dresse, dès qu’il était libre, pendant les plus grandes chaleurs de l’été, il franchissait les rochers, et courait instruire les malades, leur rendant les services les plus répugnants, les traitant avec la tendresse d’une mère, leur donnant à manger et se nourrissant ensuite de leurs restes, imitant ce qu il avait vu pratiquer à M. Vincent, reproduisant son humilité, son désintéressement, son zèle et la charité des apôtres et du Sauveur du monde.

Les loisirs que lui laissaient libres la prédication, la confession, le soin des malades, il les consacrait à l’oraison, à la récitation du bréviaire, à la prière qui féconde les saints travaux d un ministère.

Vers 1635, M. Olier passa sous la direction du Père de Condren, sous l’impulsion d’une inspiration divine qui l’assurait que le Père de Condren «le mettrait en paix.» C’était lui en effet qui devait former M. Olier dans sa vocation pour la conduite des séminaires. Il le forma à la dévotion au très Saint Sacrement et à celle de la très sainte Vierge, il le fit renoncer au doctorat, à l’épiscopat, et, comme saint Vincent de Paul, l’envoya au ministère si laborieux des missions.

M. Olier retourna en Auvergne, malgré les murmures de sa famille. La mission s ouvrit encore dans le diocèse de Clermont. Il se préparait à la

La bannière des Cinq-Nations donnée à M. Picquet en 1749 et conservée à Oka.

prédication en priant, et il y puisait une « onction qui embaumait son âme et le fortifiait pour annoncer la sainte parole aux fidèles; et les peuples vivement émus par les missionnaires jetaient des larmes en abondance. » Ces grâces furent en si grand nombre qu’il ne pouvait se souvenir de toutes. A la prière, à ses travaux, il joignait des mortifications très rudes et de rigoureuses disciplines; et cette vie apostolique, de l’avis des contemporains, fut pour les contrées la plus efficace des prédications. Son exemple excita le zèle des six missionnaires qui l’assistaient et attira auprès de lui plusieurs prêtres des environs, entre autres M. de Foix et M. Meyster, un des plus célèbres missionnaires de cette époque. M. Olier se dévoua également aux diocèses du Puy et de Viviers et avec le même succès. Il y confondit un des ministres protestants, qui avait jeté un défi aux missionnaires, et son zèle s’en accrut pour la conversion de ces hérétiques dont le pays était rempli. Il en ramena beaucoup à la vraie foi, en même temps qu’il affermissait les catholiques dans la pratique de leurs devoirs.

La quatrième de ces missions amena plus de mille confessions générales. Partout, dans les granges, on entendait les paysans conférer ensemble des vérités prêchées dans les conférences et aux ca-

téchismes. La mission se faisait dans chaque famille' les bergers, les laboureurs chantaient les commandements de Dieu dans les champs ou s’interrogeaient sur ce qu’ils apprenaient dans la mission. Enfin la noblesse ne put laisser partir les missionnaires sans verser des larmes de reconnaissance.

Une fonction à laquelle M. Olier s’attacha de préférence fut l’instruction des enfants. Il communiqua ce zèle au clergé de ces provinces et jamais on ne vit les curés plus assidus à catéchiser 1 enfance et la jeunesse. Pour soutenir la ferveur de ces ecclésiastiques il fonda dans le diocèse du Puy des conférences semblables à celles de Saint-Lazare de Paris. Le chapitre du Puy devint un modèle fort

régulier pour tous ceux du royaume.

Les fruits de ces missions furent la réformation des maisons religieuses du pays, des chapitres. la conversion des paroisses, et quelques années plus tard la fondation des grands séminaires de Viviers, du Puy, de Clermont; ici encore M. Olier se retrouvait dans son oeuvre principale.

Pour éloigner ces jeunes abbés de leurs familles et les tenir toujours occupés, le Père de Condren les envoya exercer leur zèle dans les environs de la Capitale, jusqu’au-delà de Saint-Germain. La mission d’Amiens fut la première qui se donna dans une grande ville. Le fruit le plus écla-

tant, outre la conversion de la Cité, fut celle d’un colonel suédois et de ses huit cents cavaliers.

D’autres villes sollicitèrent la même faveur: Mont-Didier en Picardie, Mantes, Chartres, au pays des Druides.

La mission au monastère de la Regripière, au diocèse de Nantes, fut un des miracles les plus étonnants de la grâce.

Enfin cette première série de missions se termina au Faubourg Saint-Germain, le plus décrié de la capitale. M. Olier la fit prêcher par le vénérable Père Eudes, fondateur de la Société des Eudistes. L’effet le plus durable de cette prédication à Saint-Sulpice fut la création d’une association de charité, à laquelle une multitude de malheureux durent la santé du corps, et le salut de l’âme.

Quand le vénérable fondateur de Saint-Sulpice, lié par les devoirs de sa vocation et brisé par l’infirmité avant l’âge, se sentit incapable de se livrer au travail des missions, il ne cessa de les favoriser, car ni son zèle, ni son coeur faiblissaient; mais alors il comptait sur deux de ses enfants, qui lui étaient infiniment chers et étaient des collaborateurs d’élite et de premier choix.

Le premier était M. de Bretonvilliers, qui devint l’héritier de son esprit, de ses traditions, de

ses écrits et de ses charges en France et en Amérique. Lui surtout était par son immense fortune le soutien de toutes les oeuvres de M. Olier: il lui donna « sa personne et ses biens ».

Le second était membre de la grande maison de Lévi, de celle des Barons de Queylus, alliée aux familles royales et princières de la France et de l’Espagne, abbé de l’illustre abbaye de Loc-Dieu, grand par sa naissance, ses talents, sa fortune, ses vertus; le favori du Cardinal Mazarin, destiné, s’il restait à la cour, aux honneurs de l’épiscopat; si favorisé, qu’on l’a supposé créé Vicaire Général et Délégué au Canada, avant d’être prêtre. Il ne fut ordonné que le 15 avril 1645, et dès le 26 juillet, il quitta tout et se donna à M. Olier pour ne plus faire que la volonté de son supérieur. Dès lors, on le suit année par année à Saint-Sulpice ; Supérieur de la communauté de la paroisse; à Alet, où M. Olier l’envoie aider M. Pavillon; à Villefranche, où il réforme le chapitre et en accepte la Prévôté; à Nantes, a Viviers, où il fonde les grands Séminaires. De là son Supérieur l’envoie dans les Cévennes, où il ouvre une mission dont il paie les frais avec M. de Bretonvilliers. Là il accepte la cure de Privas: il n’y a là, depuis trente ans, presque plus de catholiques, plus de culte public; tous les ministres des Cévennes y accourent

à la défense de la Réforme, les missionnaires les confondent, les mettent en fuite, Privas se repeuple de catholiques et le curé y intronise le Culte public par une solennelle procession, à laquelle prennent part tous les prêtres, tous les religieux, tous les convertis de la province. En rendant Privas à Dieu, M. de Queylus la rend au Roi de France. La fondation du Séminaire de Clermont est le fruit précieux de cette mission. C’est alors que le Clergé de France, publiquement assemblé à Paris, fait deux fois son éloge et le propose au Cardinal pour être le successeur de Mgr Le Gaufre et évêque du Canada. M. Olier à son tour le choisit pour tenir sa place, accomplir ses voeux en l’envoyant au Canada pour la première fois, fonder le Séminaire de Montréal, en 1657.

M. Olier meurt en 1657 et son successeur, M. de Bretonvilliers, «demande à Dieu que le Séminaire demeure toujours une maison apostolique.» Il soutient les missions du Levant, leur envoie de ses prêtres; il encourage le Séminaire des Missions étrangères et lui envoie des élèves; il devient Seigneur de Montréal et, comme nous le dirons, assure l’existence de l’oeuvre admirable de M. Oliei.

M. Tronson (1676), succède à M. de Bretonvilliers et à son esprit apostolique: il poursuit

les missions du royaume, et le 21 août 1685 écrit à M. Coudère, le grand missionnaire sulpicien du midi: «Je vous ai déjà écrit pour huit de nos Messieurs, qui vont travailler dans les missions du Languedoc. On nous a accordé la grâce que nous avons demandée qu'ils travaillent dans le Vivarais et sous votre conduite.»

Parmi les missionnaires, se trouve M. Beaudoin, qui veut aller à la Chine; mais le jeune mousquetaire ira mourir à 1 Acadie.

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