‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 36 sur 94 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

i/aCTIVITR intellectuelle de THÉODORE

Avant d'entrer au couvent, saint Théodore, on Ta vu, avait reçu une culture intellectuelle intense; à Saccudion, sous la direction de son oncle, il avait continué à se former à la science en même temps qu'à la vertu; par la lecture des Pères, par l'étude approfondie des dogmes de la foi, et surtout par la méditation des Saintes-Ecritures, il avait voulu se rendre capable de tenir tête aux subtilités de l'hérésie et de défendre contre elle la vérité catholique. Théodore savait que les controverses religieuses se succédaient presque sans interruption à Byzance, renaissant l'une de l'autre et semblant n'avoir jamais de fin assurée. Les Byzantins, esprits curieux et toujours en mouvement, s'intéressaient, parfois jusqu'à la passion, aux recherches ou spéculations de la théologie et volontiers prêtaient l'oreille à toute parole séduisante et facile. Or, les hétérodoxes aimaient à se glorifier de leur science par laquelle, disait Théodore, ces beaux parleurs flattent et caressent leurs auditeurs. « Il faut donc, concluait-il, que les orthodoxes ne le cèdent en rien pour la force de leur parole et soient capables de jeter à bas toutes machines de guerre. » Et très judicieusement l'higoumène de Stude ajoutait : « Ce que je vous conseille à vous, je ne le conseillerais

pas à tout autre moine, car à chacun selon ses aptitudes, et cela vaut mieux ainsi \ »

Pour arriver au but si nettement indiqué dans i cette lettre, Théodore eut bientôt fait de son monas- r tère une véritable école modèle, et, pour ainsi parler avec un de ses biographes, « une pépinière magnifique, fertile et variée, produisant toutes sortes de plantes spirituelles, et portant les beaux fruits mûrs de toute espèce de science* ». Si donc, dans ce couvent de Stude, fameux déjà parmi tous ceux de la capitale par les vertus de son supérieur et par la régularité de ses moines, on pouvait voir les plus beaux exemples de perfection religieuse, on y rencontrait aussi la plus admirable activité dans presque tous les genres littéraires. Les moines apprenaient avec le plus grand soin la grammaire qui enseigne à écrire correctement et forme à l'habitude de la lecture; puis, par la philosophie et la théologie, ils s'initiaient à la pratique de la discussion et à l'art du raisonnement nécessaire pour renverser les subtilités de l'hérésie. A côté des ateliers où l'on s'exerçait aux arts et travaux manuels, sculpture, architecture, tissage, cordonnerie, corderie et autres, Théodore avait institué des cours ou écoles de calligraphie et fondé une école de poésie religieuse où, sous sa direction, les moines qui en avaient les talents s'adonnaient à la composition d'hymnes liturgiques, de cantiques sacrés, de psaumes spirituels et de mélodies religieuses. S'il y a, au neuvième siècle, une véritable renaissance poétique et littéraire à Tonstantinople, le centre de ce mouvement est le mo-

1, Ép. I, 49, 1084.

2, Fita, 3-3.

l'activité intellectuelle de THÉODORE. 69

nastère de Stude et le chef autour duquel se groupent tous ces ouvriers de la pensée chrétienne, c'est Tabbé saint Théodore. Ce que lui-même fut comme écrivain religieux on essayera de le montrer ailleurs; on ne veut dire ici que l'organisation du travail intellectuel, tel qu'il fut réglé par l'higoumène pour sa communauté,

Pour une si grande multitude de moines, il était nécessaire que le couvent possédât un nombre considérable de livres. La conservation et la transcription des manuscrits devint un des principaux soucis de Tabbé Théodore, et les règlements qu'il inscrivit dans ses Constitutions montrent quelle importance il attachait au travail des calligraphes. Ceux-ci devaientobéirà l'un d'entre eux, le premier calligraphe, à qui revenait le soin de distribuer h chacun sa tâche, de préparer les parchemins et de tenir en bon état tous les instruments de travail. Il était recommandé à tous, sous menace de pénitence, d'avoir le plus scrupuleux souci de l'exactitude et de la propreté. La règle condamnait le copiste faisant de l'encre plus qu'il n'en fallait, ou la laissant se sécher, h cinquante mctanies ou génuflexions. S'il ne garde point parfaitement net sa copie et l'original qu'il transcrit, s'il ne les couvre pas soigneusement au moment voulu, s'il ne marque pas exactement les points et les accents, s'il n'observe pas les lignes et les intervalles, il doit faire une pénitence de cent trente métanies. La peine était plus sévère : trois jours d'exclusion de la communauté, si le copiste s'écartait du texte de son original. C'était le jeûne au pain et à l'eau, s'il lisait mal ce texte. S'il lui arrive, par colère, de briser sa plume, trente génuflexions. S'il s'attribue le cahier d'un autre calligraphe, sans son consente-

ment, cinquante génuflexions ; il est séparé deux jours de la communauté, s'il n'obéit pas exactement aux ordres du chef calligraphe. Celui-ci, de son côté, ne devait ni témoigner d'aucune amitié particulière dans la distribution des tâches assig^nées à chacun, ni donner aucun parchemin qui ne fût bien préparé; il veillait à ne rien laisser perdre de tout ce qui servait h l'atelier de calligraphie; ses négligences étaient punies de la séparation et de cent cinquante génuflexions^

Le travail des calligraphes est déjà une prière, plus encore, une prédication continuelle, car copier des livres, c'est prêcher de la main, c'est publier dans le silence les paroles du salut et lutter contre le démon avec l'encre et la plume; du reste, il eût été impossible de joindre la prière vocale, comme dans les autres ateliers, à leur occupation habituelle; les calligraphes accomplissaient donc en silence leur tâche quotidienne; et même, en Carême, ils étaient dispensés de la récitation du Psautier que la règle imposait h tous les autres ateliers après l'office déprime : dérogation qui témoigne éloquemment de l'importance que le législateur des Studites attachait à l'œuvre des calligraphes. Aussi, sous l'intelligente et vigoureuse impulsion de Théodore, l'école calligraphique de Stude devint bientôt, et demeura longtemps après lui, une pépinière de copistes renommés, dont les traditions faisaient autorité et dont les œuvres étaient particulièrement recherchées. Il est vrai que, malgré les soucis d'une administration considérable et des travaux sans nombre, le supérieur de la communauté donnait lui-même l'exemple à ses moines

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