‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 6 sur 94 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Saint Théodore naquit à Constantinople en 769, dans un siècle déchiré par de violentes querelles religieuses qui mirent en grand péril la foi de TEglise byzantine et l'existence de Tordre monastique. Presque sans interruption, durant les vingt premières années de sa vie, sous le règne de Constantin Copronyme et celui de Léon l'Arménien, il put voiries catholiques poursuivis cruellement dans leurs croyances, au nom de la théolo<j^ie impériale, et les monastères dépouillés de leurs biens au nom de la politique et des ustes lois, cependant que lui-même grandissait dans a crainte du Seiii^neur, sous la garde vigilante de son )ère et de sa mère, et allait bientôt devenir l'honneur le la profession religieuse, le défenseur intrépide de a liberté des consciences et de l'indépendance de 'Eglise.

r^a famille de Théodore était de noble race, riche et )ieuse. Son père remplissait à la cour les fondions l'intendant des finances. Il s'appelait Photin. Et ce mm qui signifie « homme de lumière », les anciens

biographes de Théodore se plaisent à remarquer combien Photin le mérita par l'élévation de son caractère, réclatde sa vertu, la splendeur de sa vie chrétienne : au miUeu même de la Cour impériale il brilla comme un phare, indiquant aux autres, par son exemple, le chemin d'une vie plus parfaite.

Photin plaçait, en efifet, la piété et le service de Dieu au premier rang de ses devoirs ; lorsqu'il vit qu'il nv pouvait plus rester au service du prince sans trahir la foi de ses jeunes années, il résigna ses fonctions à la cour, ne voulant plus des dignités qui eussent enchaîné la hberté de sa conscience.

Théoctiste, la mère de Théodore nous est plus connue que son père. Elle était sœur d'un moine fameux par son courage et sa vertu, saint Platon, qui était allé chercher, loin de la capitale, dans un monastère de rOlympe de Bith}nie, la liberté de prier Dieu avec d'autres âmes religieuses et d'honorer avec l'Eglise catholique les Saintes Images. La mort de leurs parents Sergius et Euphémia, emportés tous par la peste qui désola le commencement du règne de Constantin Copronyme, avait laissé orphelins, dans un âge très jeune, Théoctiste et Platon. Celui-ci fut élevé par les soins d'un oncle qui était trésorier-payeur impérial. La naturelle noblesse d'âme de l'enfant trouvait dans les honneurs du monde une occasion d'exciter son cœur à de plus nobles ambitions. « Il n'aban-^ donnait point son âme aux désirs sans frein de laj jeunesse, mais il sut se dompter lui-même, s'abstenirde la compagnie des jeunes fous de son âge et fréquenter les sages ; on ne le voyait pas aux banquets, ni à ces « beuveries » où chacun doit boire à longs traits pareils ; il ne dissipait pas son bien au jeu et dans le vin, ainsi que le font tant d'autres adoles-

cents* ». Mais, en toute sa conduite, il gardait une fière allure indépendante, embellie par un éclatant bon sens et le cbarme délicieux de ses relations. Au lieu de s'adonner aux sports à la mode, il nourlissait son esprit par la lecture; on le voyait assidu non aux spectacles, mais dans les églises ; fréquenter les assemblées pieuses et non pas les réunions des mondains ou des impies. Avant de partir pour son lointain monastère, il avait vendu tous ses biens qui étaient considérables, et distribué aux pauvres la plus grande partie de sa fortune. Il était moine déjà depuis un an lorsque Théodore vint au monde.

La sœur de saint Platon était digne d'un tel frère, par sa haute piété et par le zèle qu'elle sut apporter à la formation chrétienne de ses enfants. «Dès qu'elle nous eut donné le jour, écrit l'un d'eux, elle ne fit point comme les autres femmes qui, sous l'impulsion u démon, sefontdonnerlesprésagespour le nouveaué, attachent toutes sortes de talismans et d'amulettes lux lits et aux sièges, des chaînes et colliers porte- )onheur à l'enfant ; elle se contentait de nous marner du signe fortifiant et vivifiant de la croix qu'elle egardait comme une arme invincible et un bouclier nexpugnable. Et malgré toutes les femmes présentes, nalgré leurs menaces répétées elle ne voulut consenir à aucune de ces superstitions'. »

Théoctiste ne manquait point d'apporter ensuite une igilance inquiète à ouvrir aux pensées de la foi, à amour de Dieu et des pauvres le cœur de ses jeunes nfants; ses avis, ses encouragements les excitaient à lire toujours mieux; la verge même, quelquefois,

i . Laud. funeb. , 808.

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