CHAPITRE X
En quittant ce monde, Théodore ne mourait pas tout entier. Il laissait, pour continuer après lui son apostolat sur les âmes, de nombreux écrits tliéologiques et liturgiques, des catéchèses ou instructions à ses moines, des poésies.
Si les étroites limites de cette biographie ne permettent pas de donner à Tétude des œuvres de saint Théodore les développements que mériterait leur importance, et si, d'ailleurs, il ne paraît guère possible d'essayer un jugement d'ensemble, un grand nombre de documents, lettres, discours, catéchèses, pièces ïambiques, étant, jusqu'à ce jour, inédits, peutêtre la revue rapide qui va suivre suflira-t-elle à montrer l'intérêt de ces ouvrages et l'étonnante activité intellectuelle de l'higoumène de Stude, dans les genres les plus divers ; au reste, plus que de les juger, il importe d'en faire connaître l'admirable variété, la pénétrante éloquence, le tour littéraire, et la bonne grâce onctueuse et charmante.
Théodore avait toujours gardé, de ses premières études, un goût très vif pour la poésie; il prenait plaisir à composer lui-même des morceaux poétiques, et nous avons de lui un nombre considérable de petites pièces ïambiques sur les sujets les plus divers, la vie monastique et les devoirs multiples qu'elle
impose à ceux qui l'ont embrassée, le culte dû aux saintes images, la Vierge, le Précurseur, les églises, les croix, Tapôtre saint Paul, saint Jean le Théologien, les plus illustres saints de TÉglise grecque, et principalement les saints moines, les monastères, leurs bienfaiteurs, les morts ou leurs tombeaux. Elles charmaient les rares loisirs que laissaient à Théodore ses graves occupations, elles faisaient un instant oublier les amertumes de l'exil, les souffrances de la prison. Malgré l'aridité de la matière, on y trouve une abondance facile, de la grâce, parfois une véritable éloquence; la diversité même de ces petites pièces, écrites h tout propos, adressées, pour ainsi dire, à tout venant, et leur grand nombre, témoignent que l'âme de Théodore, si ardente et si belliqueuse qu'on la suppose, demeura cependant toujours sensible aux délicatesses de Tanlique forme littéraire, facile à sémouvoir, et avide d'idéal comme une âme de poète.
Sur lui-même il écrit celte épigramme humble et touchante : « O ma pauvre âme, sois attentive, écoute bien ces paroles. Le temps s'enfuit comme un agile coureur, le but est proche, on ne va pas plus loin. Donc ne nous fatiguons point à de vaines pensées, ce serait porter l'eau à un tonneau percé, ou frapper dans le feu, risible folie. Mais songeons aux choses divines, aux vérités du salut, et poursuivons-les avec ardeur, afin de pouvoir nous présenter sans peur devant le Juge et Maître tout-puissant, afin d'échapper au feu de la géhenne et nous envoler vers l'ineffable lumière*. »
Il accompagne de ces vers une image du Christ :