I. Ép. I
cette réponse. « Pourquoi donc, ô père très saint, puisque je me suis excusé une ou deux fois de vous répondre, insistez-vous encore et voulez-vous entendre une parole utile de moi qui ne suis qu'un ignorant et un pécheur? C'est moi, plutôt, qui ai besoin d'être éclairé par vous, sur les devoirs de l'état monastique et de Tliigouménat. Car j'ai peur de ma charge, je me sens pris de vertige dans la conduite des âmes : comment, sur cette mer bouleversée par la tempête, conduire la petite barque spirituelle qui m'a été confiée, jusqu'au port du salut? Voilà qui m'excuserait de ne pas vous répondre.» Et Théodore finit par tracer un magnifique tableau des devoirs et des vertus de l'évêque ; « L'évêque, dit-il, à mon jugement, est le surveillant responsable de toute la conduite de ses subordonnés. C'est un ange qui ne se tait point, qui prêche toujours les justifications divines ; c'est l'œil sans sommeil, qui voit les actions de chacun de ses sujets; c'est le portrait vivant du Christ, et, ceux qui le suivent, en l'imitant confoiment leur vie h l'Evangile ; c'est le flambeau toujours brillant qui éclaire ceux qui combattent dans la nuit de l'ignorance et du péché; c'est la parole de doctrine, c'est la rosée salutaire qui rafraîchit ceux qui ont soif du salut. L'évêque, dit encore notre saint, donne sa vie pour ses brebis, risque sa tête pour chacune d'elles, ne craint pas les menaces des hommes, ne dissimule rien de la vérité en face de ses adversaires, il n'obéit qu'à la volonté de Dieu, son seul roi. Il reprend avec franchise, il châtie avec compassion; il ramène la paix et la concorde entre ceux qui sont divisés ; il remet dans le droit chemin celui qui s'en est égaré, fortifie les faibles, rattache ce qui était brisé. Oh!
quelle grande et noble fonction!... » Et le moine continue à ënumérer les lourdes obligations de la charge épiscopale et finit son épître en s'excusant de nouveau d'avoir osé l'écrire : « Pardonnez-moi, si, par mon ignorance, je vous ai fait rire de moi. Ce n'est pas de moi-même, c'est contraint par votre charité spirituelle ou, mieux encore, par votre ordre, que j'ai écrit ces lignes, non pour vous être utile, mais pour vous donner la preuve de ma sincère obéissance*. »
Une autre fois, h des religieuses, il adresse ce touchant éloge funèbre sur la mort de leur higoumène : « Votre lettre vénérée, votre salutation si cordiale, votre message, qu'en dirai-je? faut-il en gémir, faut-il m'en réjouir? Il est donc sorti de ce monde, mon père, lui le confesseur du Christ, un second Job, l'honneur des moines, ce héros de la charité. Il vient de s'en aller, et de retourner vers le Seigneur. Une maladie cruelle l'avait d'abord séparé de son troupeau, puis il avait été emprisonné dans la ville plus de deux ans, puis relégué dans une île, et c'est là que le vaillant confesseur du Christ a consommé sa course. Sa fin ne me cause point de tristesse, mais une joie singulière. Non, il n'est pas mort, mais parti pour la vie éternelle ; la terre ne le retient pas caché, mais le ciel l'a reçu. Il est parmi l'assemblée des confesseurs et le chœur des ascètes, il est dans la lumière seule véritable, dans le repos bienheureux, car pour y atteindre il a supporté dans son corps tous les labeurs et toutes les peines des confesseurs et des ascètes. Que l'Eglise tressaille de joie, car elle a encore des colonnes; que l'ordre