I. Ép. I
des empereurs iconoclastes : toujours est-il que l'Eglise romaine, quelque piété qu'elle montre pour les saintes images, ne la pousse pas aussi loin que le moine studite : elle ne recommanderait pas h ses fidèles, elle ne les louerait pas deprendre des images ou des statues pour scr\ir de parrain au baptême.
La doctrine de saint Théodore sur les images n'est pas exposée seulement dans ses traités qu'il écrivit sur la matière, elle se trouve répandue dans la volumineuse correspondance de son troisième exil. Rien n'est plus précieux, pour la connaissance de cette époque troublée, que les lettres du Studite : l 5oy d'entre elles sont parvenues jusqu'à nous. Écrites au jour le jour, sans aucun souci de la publicité, sur tous les chemins de l'exil, les 52 premières, de l'automne 796 au printemps de 8i5 ; les 4^5 autres, du printemps 81 5, à l'automne 826, leur intérêt dogmatique même étant mis à part, ces lettres débordent de vie et de mouvement, de foi ardente, de courage intrépide ; le plus ferme bon sens s'y mêle aux vues les plus hautes et les plus nobles; tous les sujets les plus divers s'y rencontrent, et tous les tons, familliers ou solennels, celui de l'élégie, comme celui de l'action de grâces et du triomphe. Qu'il écrive aux empereurs, aux puissants personnages de la cour, aux évéques, aux religieuses, au plus humble ou au plus coupable des moines, jamais il ne le fait par plaisir ou manière de passe-temps; il a toujours un but plus haut, convertir ou consoler les âmes, encourager ou conseiller, avec la délicatesse d'un écrivain de race et le zèle infatigable d'un apôlre.
A sa mère, qui venait d'être frappée par une maladie grave, il adresse cette plainte touchante et vraiment filiale : « S'il se pouvait que mes larmes vous
fussent portées avec ma lettre, elle en serait toute remplie, ô vénérée, douce et pieuse mère. Je n'en puis plus d'impatience lorsque j'entends parler de votre maladie peut-être bien mortelle. Et il ne m'est pas possible, ô ma sainte mère, de venir vous voir; vous savez que je l'aurais voulu; mais, je ne sais vraiment pourquoi, une lourde charge pèse sur mon indignité : il est étonnant, dit l'Ecriture, que Saiil soit du nombre des prophètes » (I. Reg. x, ii) et aussi que Théodore soit du nombre des higoumènes. Voilà ce qui me retint et ce qui m'enchaîna. Car, si j'avais été lié par des chaînes de fer, je les aurais brisées et je serais venu en votre présence. Mais à ma place je vous envoie ce prêtre, pour vous consoler un peu; vous l'aimez et le vénérez, il vous assistera dans votre maladie et vous donnera tous les soins qu'il vous faut. Faites- moi bien vite savoir comment vous allez, afin que je sois un peu rassuré. Accordez-moi vos saintes prières et votre bénédiction, et embrassez-moi par votre lettre*. »
L'impératrice Irène ayant allégé les impôts, Théodore lui adresse une lettre où sa reconnaissance s'exhale dans les termes les plus pompeux et nous apprend les plus curieux détails sur la longue série des exactions impériales : « Votre empire tout entier est rempli de joie et d'allégresse, parce que vous avez ôté le joug inique placé sur lui, et la verge qui reposait sur son cou. Qui, sous un autre pouvoir, vit jamais une si belle et si droite action? Louez donc notre impératrice, ô vous tous; célébrez-la avec moi, princes et sujets, prêtres et moines, et tout le peuple chrétien. Ce qui est admirable, ce n'est pas seule-
T. Ep. I, 6, 925,
ment la remise de tant de talents d'or, quoique cela soit déjà incomparable, c'est surtout que par là une multitude d'injustices sont abolies. Il n'y a plus d'impôt sur les voyages par terre ou par mer. On ne dépouille plus injustement de leur argent ceux qui traversent des sentiers, où le pauvre voyageur était rançonné comme par des brigands ou des bêtes fauves. Les indigents ne demeurent plus enfermés chez eux par la crainte de honteuses exactions, loin des villes et des ports. Les navigateurs ne sont plus étranglés par les impôts et pour ainsi dire forcés de s'égorger. Les chasseurs aussi se trouvent plus libres de vaquer à leur occupation. Le pêcheur qui a pris peut-être trois poissons, et cela après un travail de toute une journée, n'est plus contraint d'en donner un. Tel autre qui a pris à la chasse, à l'aide de l'arc ou de la glu, quelques oiseaux qui lui sont nécessaires pour vivre, n'ayant plus rien à payer, sera désormais bien heureux. Les femmes de soldats qui perdent leur mari n'auront plus à pleurer, outre leur deuil, de cruelles et inhumaines redevances. Je ne parle pas des bouviers, des pasteurs de brebis, des marchands de vin. Je ne parle pas des bouchers, tisserands, forgerons, cordonniers, foulons, parfu- i meurs, architectes et entrepreneurs : pour tout dire d'un mot, et ne pas prolonger cette énumération, tous les arts et les métiers qui travaillent l'or, le fer, le bois et toute autre matière, vous ont applaudi de toutes leurs mains, ô très bonne souveraine, et ont éprouvé la joie la plus grande ^ »
L'évèque de Gnose, Anastase, avait consulté Théodore sur les devoirs de sa charge; le moine lui fait j