‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 14 sur 96 · L ETUDIANT NAPOLITAIN · texte numérisé non relu

L ETUDIANT NAPOLITAIN

En même temps que son intelligence étendaitchaque jour le champ de ses conquêtes par l'acquisition des connaissances les plus variées, son âme, loin de fléchir et de descendre au contact d'une jeunesse dissipée et volage, s'affermissait dans la vertu et gravissait les sublimes degrés de la perfection.

Jamais il ne tirait vanité ni de sa naissance, ni de ses talents. On le voyait facile dans son abord, simple en ses manières, affable pour tous ses compagnons d'études, mais non jusqu'au point de former liaison avec des camarades aux mœurs équivoques ou à la foi douteuse. Fidèle aux saintes pratiques de son enfance, tout le temps qui n'était pas employé à feuilleter Aristote ou à transcrire les enseignements de la classe, il le donnait soit à Toraison, soit à l'exercice de la charité. Tandis que ses compagnons, durant leurs heures de délassements, couraient aux spectacles et aux plaisirs , le saint jeune homme pénétrait dans le réduit du pauvre, visitait quelque église ou monastère, et de préférence le couvent des Frères Prêcheurs.

La vie d'étudiant, au sein des grandes villes, a toujours été exposée à de tristes naufrages. Cette agglomération d'écoliers différant de mœurs et de caractères, la secrète jouissance d'avoir passé de la surveillance de la famille ou du collège à la période d'émancipation, l'effervescence d'un cœur de seize à dix-huit ans : autant d'éléments exploités par l'ennemi des âmes, pour tuer l'innocence du jeune hom.me chrétien.

L'Eglise, qui est la plus vigilante des mères, a constamment pris soin des étudiants, et à cette

époque en même temps qu'elle les recevait dans ses écoles, elle leur ouvrait tout à côté des asiles et des refuges pour affermir leur vertu et la retremper au besoin. Lorsque saint Dominique, fondateur d^un nouvel Ordre, dispersa ses Frères à travers le monde, en disant avec confiance : On doit semer le grain, il les dirigeatoutd'abord vers les villes célèbres parleurs Universités, afin d'exercer une action bienfaisante sur la jeunesse des écoles. Dans la suite, les fils de saint Dominique, héritiers de l'affection de leur père pourles jeunes étudiants, continuèrent envers eux l'office charitable de leurs devanciers, et aujourd'hui , rapprochementprovidentiel ! quand reparaissent sur le sol français les Universités catholiques, chacune des villes qui en sont dotées : Paris, Lyon, Toulouse, Angers, Lille, possède son couvent Dominicain.

A Naples, les Frères Prêcheurs s'étaient établis, en i23i, dans les dépendances de l'église Saint- Archange, concédéespar l'archevêque. Fort appréciés des fidèles, ils voyaient une foule nombreuse assister à leurs cérémonies. Thomas d'Aquin allait fréquemment prier dans leur église, il suivait assidûment les prédications ferventes de Frère Jean de Saint-Julien, alors en grande réputation, et même il s'était mis en relation avec plusieurs religieux, notamment avec le Prieur Thomas Agni de Lentino, homme en tout point digne d'éloges, qui devint archevêque de Cosenza et enfin patriarche de Jérusalem.

La vue de ces saints religieux, la gravité de leur maintien, le charme de leurconversation inspirèrent bientôt au jeune comte la pensée d'embrasser leur institut, lise disaitenlui-mêmeque cepourraitlui être

Page 1