LE DOCTEUR DE L UN'IVERSITE DE PARIS
nemeni indiqué offrait matière aux plus heureux développements. Il était facile d'en faire Tapplication au Verbe incarné, Jésus-Christ, Roi des Anges et des hommes, lequel, du trône de sa Majesté, arrose des turrents de sa gloire les montagnes célestes, c'est-à-dire les Esprits bienheureux, et rassasie en même tem.ps TEglise militante, c'est-à-dire la terre des vivants, du fruit de ses travaux et de sa mort. Mais aussi, ces paroles se rapportaient prophétiquement à l'Ange de l'école, qui, des hauteurs du Doctorat, déversant ses enseignements comme une pluie féconde, arroserait les montagnes, c'est-à-dire les esprits éminents, sans laisser pour cela de nourrir les âmes simples de la clarté de sa doctrine et de l'efficacité de ses exemples.
Notre Saint allait donc paraître dans la chaire du Docteur, lorsqu'éclata une tempête soulevée par l'envie. Certains maîtres et régents de l'Université, voyant les étudiants déserter leurs écoles, pour suivre les cours des réguliers, en furent outrés de dépit, et ne purent pardonner à ces derniers la supériorité de leur science et de leur enseignement. De là, mille chicanes, tracasseries odieuses, actes même d'insolence brutale contre les Religieux. La situation s'aggrava d'un incident fortuit.
Un soir de carnaval, les soldats du guet, garde nocturne chargée dans ces temps-là de veiller à la sûreté publique, surprirent des écoliers tapageurs au faubourg Saint-Marceau. Un des jeunes gens fut tué, trois autres furent blessés et conduits en prison.
D^s le lendemain, l'Université réclama, au nom
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de ses franchises, l'élargissement des captifs et le châtiment des meurtriers. En attendant que justice fût faite, les professeurs séculiers s'engagèrent par sermentà suspendre leurs cours, et ils tinrent parole. Les réguliers, mus par d'autres motifs, continuèrent d'enseigner dans leurs couvents. De là nouveaux griefs et nouvelles vexations. Un arrêté des Régents exclut bientôt Frères Prêcheurs et Frères Mineurs des [chaires et des écoles de l'Université.
Plainte fut portée auprès du Souverain Pontife, arbitre suprême de pareils différends. Innocent IV avait essayé vainement jusqu'alors de pacifier les esprits, par ses lettres, ses bulles, ses délégués extraordinaires. Il mourut sur les entrefaites ; mais son successeur. Alexandre IV. réussit à opérer une réconciliation momentanée, et à faire réintégrer les religieux dans leurs fonctions et dans la jouissance de leurs prérogatives.
Tandis que cette affaire se concluait à la cour du Pape, saint Thomas, étante Paris, en eut révélation. Il priait la Reine du ciel pour le rétablissement de la paix, quand il vit en esprit un grand nombre de ses Frères, accablés de tristesse et faisant monter vers Dieu des supplications mêlées de sanglots. Il les considérait attentivement, et voici que devant ses . yeux se déroule une banderole portant en lettres d'or : Dieu vous a délivrés de vos ennemis^ et des mains de ceux qui vous haïssent.
Ce ne fut néanmoins qu'une éclaircie pendant l'orage ; la tempête reprit bientôt, comme nous le dirons dans l'un des chapitres suivants, et Thomas